Archives de l'hebdo des socialistes
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Tibet : silence, on tue

Les Tibétains sont de nouveau victimes de la répression orchestrée par les autorités chinoises. Les journalistes ne peuvent se rendre sur place. Face à cette attitude autoritaire, les réactions doivent être claires : condamner la Chine pour non-respect des droits de l’homme, et veiller à ce que ces exactions ne se répètent, une fois l’attention médiatique retombée.

Depuis le 10 mars dernier, les manifestations antichinoises de Tibétains ont donné lieu à une répression intense. On parle officiellement de 13 morts, mais les associations de Tibétains en exil évoquent le chiffre de cent tués, voire plus. Les manifestants auraient utilisé la violence selon les autorités chinoises, qui auraient légitimement répondu. Mais le défaut d’informations autour de ces événements laisse à penser que la Chine utilise cet argument pour sa propagande.
Pourquoi aurait-elle empêché les médias du monde entier de pénétrer sur le territoire tibétain, si ce n’est pour masquer la réalité des faits ?
Inquiétant, ce constat n’empêche pas les élus socialistes de faire preuve d’inventivité pour compenser cette perte d’investissements.
Il faut rappeler que la Chine a mis la main sur le Tibet en 1949. « Ce n’était autre chose qu’une colonisation forcée, analyse Thierry Aube, membre de la commission Asie- Pacifique du PS. Il y a eu une sinisation qui n’a fait que se confirmer au cours des décennies suivantes. Il faut savoir que les manifestations du 10 mars dernier signaient la commémoration de la rébellion tibétaine de 1959, qui a marqué l’exil du Dalaï Lama en Inde. Et de telles protestations ne s’étaient pas produites depuis 1989. À cette époque, c’est le chef de l’État chinois actuel, Hu Jintao, qui les avait réprimées dans le sang. Aujourd’hui c’est un rasle- bol des Tibétains qui se manifeste. »

La vision paranoïaque de la Chine

Cette démonstration de force des autorités chinoises prouve que leurs promesses en matière de droits de l’homme n’étaient que poudre aux yeux. Pourtant, lors de l’attribution à l’empire du Milieu des Jeux olympiques d’été 2008, la Chine s’était engagée à laisser les journalistes faire leur travail. Et elle a signé, sans contraintes, les accords internationaux sur le respect des droits de l’homme. « La stigmatisation virulente du Dalaï Lama, accusé d’être l’instigateur des émeutes par le régime chinois, montre bien que la Chine ne veut pas voir ou donner à voir ce qui est en jeu. C’est la manifestation d’une mauvaise foi et d’une une vision paranoïaque très caractéristiques de la mentalité du régime. Cette attitude prouve que les autorités chinoises ne veulent pas changer d’un iota. Car le Tibet, comme d’autres sujets, interpelle. Ils sont évocateurs des fractures béantes qui existent au sein du régime politique chinois », explique encore Thierry Aube.
La réaction chinoise souligne bien à quel point elle n’en a pas fini avec l’autoritarisme.
Une pratique qu’elle applique d’autant plus au Tibet, province stratégique par excellence.
Riche en ressources naturelles, elle est surtout une sorte de mirador pour surveiller les voisins de la Chine.

Condamner sans complaisance

Face à ce constat accablant, les réactions internationales doivent s’abstenir de toute complaisance.
Les intérêts économiques considérables que représente le marché chinois pour de nombreux pays occidentaux ne peuvent justifier un mutisme coupable.
« On estime encore que la Chine n’est pas comme nous. Et on explique tout par le relativisme culturel. Ce qui est en jeu, c’est une remise en cause de l’universalité des droits de l’homme. Ce n’est pas parce que la France ou d’autres pays ont eux-mêmes leurs démons, qu’ils ne doivent pas se prononcer contre toute atteinte faite aux droits de l’homme », s’insurge Thierry Aube.
Alors, comment réagir ? D’abord, condamner publiquement ces exactions. Mais la réaction ne doit pas seulement être événementielle. « Il faut réfléchir au long terme, et enfin établir une profonde
réflexion quant à notre attitude à l’égard de la Chine », rappelle Thierry Aube.
Aujourd’hui, le Parti socialiste estime qu’il convient d’envisager tous les moyens de pression
internationale en cas de poursuite de la répression contre les Tibétains. Mais une concertation sur l’avenir du Tibet entre les autorités chinoises et les responsables tibétains en exil, notamment
le Dalaï Lama, serait sans nul doute la meilleure solution.
Car, faut-il le rappeler, le chef spirituel bouddhiste ne réclame pas l’indépendance mais seulement le droit à une autonomie culturelle.

Fanny Costes

RSF appelle au boycott de la cérémonie d’ouverture des JO

Reporters sans frontières avait déjà lancé sa campagne contre la censure médiatique en Chine (voir l’affiche ci-contre). Mais l’organisation réagit aujourd’hui avec vigueur aux évènements tragiques du Tibet. « La Chine n’a respecté aucune des promesses qu’elle avait faites en 2001, lorsqu’elle avait été choisie pour organiser les prochaines olympiades. Au contraire, le gouvernement réprime dans la brutalité les manifestations tibétaines et impose un black-out total sur l’information. (…) Les responsables politiques du monde entier ne peuvent plus rester silencieux face à une telle situation. Nous les appelons à exprimer leur désapprobation de la politique chinoise en annonçant leur intention de ne pas assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Le Prince Charles, en Grande-Bretagne, a déjà indiqué qu’il n’irait pas à Pékin le 8 août prochain. D’autres doivent suivre », a déclaré Reporters sans frontières.

Fanny Costes

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