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Tchad : le scandale Sarkozy

Le soutien manifeste de Nicolas Sarkozy au président tchadien, Idriss Déby, montre que la Françafrique a, une nouvelle fois, triomphé. Au détriment de l’établissement d’une vraie démocratie dans ce pays. Le pouvoir en place étouffe ses opposants. Trois d’entre eux ont disparu. Responsable du département international de la Fondation Jean Jaurès, Gérard Fuchs tient Nicolas Sarkozy pour responsable de la vie de ces hommes.

Le 1er février dernier, une colonne de l’opposition armée au président du Tchad, Idriss Déby, affrontait victorieusement les forces présidentielles à Massaguet, à cinquante kilomètres de N’Djamena. Les jours suivants, elle occupait une partie de la capitale.
Le 2 février, les autorités françaises proposaient à Idriss Déby, au bord de l’effondrement militaire, de le faire sortir du Tchad. Puis, devant son refus, elles décidaient d’engager notre pays à son côté, sans aucune condition ou contrepartie, inversant en sa faveur le rapport de force militaire.

Dans la nuit du 3 au 4 février, des éléments armés de la garde présidentielle arrêtaient à leur domicile, et avec une grande brutalité, selon le témoignage de leurs proches, Lol Mahamat Choua, ancien président de la République, Ngarlejy Yorongar, député, et Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de l’opposition démocratique et lié à l’Internationale socialiste. Ces trois hommes symbolisaient l’espoir de l’instauration pacifique d’une démocratie au Tchad. Ils étaient les principaux négociateurs de l’accord du 13 août 2007, signé avec Idriss Déby, qui prévoyait la tenue en 2009 d’élections enfin non truquées.

A la mi-janvier, j’étais à N’Djamena où Ibni Saleh m’expliquait les espoirs que portait l’accord du 13 août. Il me disait aussi les difficultés de sa mise en oeuvre, d’arriver à établir des listes d’électeurs incontestables, d’obtenir le remplacement prévu de l’administration militaire par une administration civile. Il me confiait, cependant, sa conviction que cet accord était la seule voie pour mettre fin à plus de quarante ans de luttes militaires fratricides dans son pays.

Mais, le 3 février 2007, le président de la République Nicolas Sarkozy a tranché. A l’encontre de tous ses discours de campagne, la continuité l’a emporté sur la rupture, la Françafrique a une nouvelle fois triomphé, une dictature sanglante a été sauvegardée, un espoir de démocratie a vécu.

Mercredi dernier, Nicolas Sarkozy s’est arrêté à N’Djamena, pour discuter avec ce qu’il ose appeler « le gouvernement légitime du Tchad » : un gouvernement arrivé au pouvoir par la force, un gouvernement qui ne s’est maintenu au pouvoir qu’à travers des élections de plus en plus pipées (en 2001 et en 2006) et une modification de la Constitution obtenue dans des conditions scandaleuses, qui autorise aujourd’hui Idriss Déby à être président à vie !

Mercredi dernier, Nicolas Sarkozy a osé demander « une reprise du dialogue politique »! Mais avec qui? Il a osé reprocher à l’opposition de ne pas s’être présentée à une réunion du comité de suivi des accords de 2007, indiquant que « pour se rencontrer, il faut être deux »! Mais l’opposition ne demande que cela, que ses leaders disparus puissent, dans ce cadre, reprendre le dialogue!
Nicolas Sarkozy, à qui Idriss Déby doit d’être aujourd’hui encore au pouvoir, s’est contenté de la promesse d’une commission d’enquête sur les disparus, présidée par le bras droit de Déby, alors qu’il aurait dû refuser de revenir au Tchad tant qu’il n’avait pas de leurs nouvelles !

Je tiens le président de la République française pour responsable de la vie de ces hommes.

Gérard Fuchs
Ancien Secrétaire International du PS
Responsable du département international de la Fondation Jean Jaurès

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