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OGM : La pression des semenciers

Débattu au Sénat début février, un projet de loi autorisant la culture de maïs OGM en plein champ sera présenté devant l’Assemblée le 1er avril, après la trêve des municipales. Un véritable retour en arrière par rapport aux promesses du Grenelle de l’Environnement. Député de Dordogne et secrétaire national à l’Agriculture au PS, Germinal Peiro s’élève contre ce total revirement du gouvernement.

Comment expliquez-vous l’attitude du gouvernement ?

Ce projet de loi montre évidemment l’incohérence totale qui règne au sein du gouvernement sur le dossier des OGM. Il a procédé en janvier à l’activation de la clause de sauvegarde (qui doit encore être acceptée ou pas par l’UE) qui permettrait un moratoire sur les cultures d’OGM en plein champ. Mais, parallèlement, arrive ce projet de loi, adopté en conseil des ministres le 19 décembre dernier, et qui de fait légalise ces mêmes cultures ! La pression des grands semenciers a été forcément très importante et le gouvernement a cédé.

On retrouve un peu la même cacophonie que lors du Grenelle entre Jean-Louis Borloo et Michel Barnier.

Oui,tout à fait.Dans les conclusions du Grenelle, il était prévu que l’on puisse cultiver etmanger sans OGM, donnant finalement satisfaction aux associations et non au lobby agricole. Mais là,dans ce projet de loi,on assiste à une inversion de la logique du Grenelle : il introduit la liberté de produire des cultures avec OGM.

Et, selon vous, seul un moratoire permettrait de garantir des cultures exemptes d’OGM.

Selon les dernières études de l’INRA, du fait de la dissémination et de la pollinisation, la coexistence des deux à l’échelle locale est impossible. Le pollen dépasse largement la distance des 50 mètres prévue. Aujourd’hui, il y a 22000hectares de maïs OGM, soit 0,75% de la surface plantée en maïs. Si on permet une généralisation des cultures en plein champ, au bout de quelques années, il n’y aura plus demaïs sans OGM. La liberté de produire et manger sans OGM sera réduite à néant. Et preuve que ce risque existe, le projet de loi prévoit un régime assurantiel : en cas de contamination, une indemnisation serait versée. Mais aucune compagnie d’assurance ne veut couvrir le risque!

Considérez-vous que les connaissances sur les OGM sont encore trop limitées et que cette légalisation des cultures signifie l’abandon du principe de précaution ?

Absolument. Le maïs Monsanto 810 porte en lui le gène pesticide BT : c’est une plante pesticide. Aupartisocialiste,nousfaisons partie de ceux qui considèrent que nous ne sommes pas encore allés assez loin en matière de recherche sur les conséquences sur la santé humaine et animale de la consommation de tels OGM. Il faudrait imposerlesmêmesprotocoles que pour les médicaments et surtoutmettre l’accent sur la recherche publique, car nous pouvons douter des résultats des recherches menées en interneparlesgrandesfirmesde biotechnologie.

Propos recueillis par Mona Buckmaster

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