Archives de l'hebdo des socialistes
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Dijon : un présence humaine au coeur de la nuit

Les correspondants de nuit patrouillent dans cinq communes du Grand Dijon, à la rencontre de personnes en détresse, et assurent unemédiation en cas de conflit. Mis en place par l’équipe socialiste de François Rebsamen, ce dispositif est unique en France.

Ils sortent à la tombée du jour, à 19h30, déambulant dans les allées sombres jusque tard dans la nuit – 1h30 du matin en semaine, 3h le week-end. Ils agissent en petites équipes tous les jours de l’année, à l’affût d’attroupements ou de personnes en détresse. Ces dix-sept agents sont des correspondants de nuit, mis en place depuis janvier 2004 par le Grand Dijon, seule agglomération de France à proposer un tel service. Le dispositif concerne un parc de 11000 logements sociaux réparti sur cinq communes,Dijon, Chenôve, Longvic, Talant et Quetigny.

Ces professionnels, aisément reconnaissables à leur blouson jaune fluo, assurent une présence humaine la nuit aux abords des grands ensembles. Ils portent assistance aux personnes en difficulté, gèrent des conflits de voisinage, s’emploient à faire cesser les nuisances sonores et assurent une veille technique du patrimoine, signalant dès la première heure du lendemain : ici un ascenseur bloqué, là une ampoule grillée. «Les locataires n’ont pas ainsi un sentiment d’abandon», observe Yves Berteloot, vice-président du Grand Dijon encharge des correspondants de nuit.

«Mission de tranquillité»

«Ils participent aussi à la lutte contre l’insécurité et contre le sentiment d’insécurité», ajoute Alain Millot, premier adjoint au maire en charge de la tranquillité publique et initiateur du dispositif. « Ils exercent une mission de tranquillité, pas une mission de sécurité», résume le directeur, Dominique Michel. Ils ne sont évidemment pas armés, ne verbalisent pas. Lorsqu’ils constatent une situation conflictuelle qui ne peut être résolue par le dialogue, ils quittent les lieux et appellent la police. Mais ils ne restent pas passifs devant une agression. Un exemple survenu en janvier : les correspondants de nuit ont surpris un homme, armé d’un couteau, à la poursuite d’un autre. Pendant qu’ils ont essayé – avec difficulté – de raisonner l’agresseur, la victime a pu prendre la fuite. Un drame a sans doute été évité. « Pour nous, il n’y a clairement pas de zone de non-droit, tient à préciser le chef de service Daniel Ferrari. Même si nous sommes parfois caillassés, nous tenons à rester pour marquer notre présence à long terme. »

Toute la difficulté de leur tâche consiste à éviter d’être assimilés aux forces de police aux missions bien différentes: il les appellent en cas d’agression mais évitent d’afficher avec elles une forme de complicité. Les actes délictueux ne sont toutefois pas légion: «Depuis 2006, je n’ai assisté qu’à un seul vol avec violence : un car-jacking», affirme Daniel Ferrari. Les situations de détresse sont plus fréquentes. Les habitants peuvent joindre les correspondants de nuit par téléphone.

De nombreux appels proviennent de personnes seules, en situation de fragilité. Ils sont les seuls travailleurs sociaux à être en service la nuit. « Les agents rencontrent ces habitants et contactent le lendemain les services sociaux pour qu’ils soient rapidement pris en charge», raconte Yves Berteloot. Une fiche de tranquillité publique est d’ailleurs réalisée tous les matins, recensant les événements de la nuit.

Un financement 100 % local

C’est une association spécialisée, l’Acodege,qui a décroché le marché public et qui assure le service. Une opération au coût annuel de 1,12 million d’euros, supporté par les communes, le Grand Dijon, le conseil général et cinq bailleurs sociaux. «L’État n’a pas mis un centime pour son financement, alors même que le service décharge la police de nombreuses missions », tacle Alain Millot. Satisfaite du dispositif, la municipalité de Dijon songerait à monter une équipe analogue en centre-ville. Pour gérer notamment les troubles liés à l’ivresse sur la voie publique.

Fabien Fournier

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