Archives de l'hebdo des socialistes
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« Le capitalisme financier s’emballe » par Bernard Soulage

Secrétaire national adjoint à l’économie internationale et à l’industrie, Bernard Soulage revient sur les raisons de la crise financière internationale.

 » Depuis des années, tous les spécialistes s’accordent sur un point : le marché hypothécaire de l’immobilier nord-américain se retournera brutalement, en raison de son caractère hautement spéculatif. Si la crise était aussi prévisible, pourquoi s’est-elle donc produite ?

Parce que le capitalisme financier d’aujourd’hui :

• est trop «glouton». On ne peut indéfiniment exiger du capital qu’il soit trois fois plus rentable que ne l’est l’économie réelle, c’est-à-dire qu’il rapporte 15% par an quand la croissance moyenne de l’économie mondiale est de 4% à 6% ;

• rémunère mieux les mauvais risques que les bons risques. Les banques ont donc trop investi dans ce marché hyper spéculatif. Elles ont tenté de se décharger de ces risques en revendant ces crédits à des fonds d’investissements spéculatifs.Lorsqu’elles se sont rendues compte qu’elles finançaient ces mêmes fonds, la confiance s’est effondrée et elles ont cessé de se prêter de l’argent entre elles :la crise était là ! ;

• son propre jugement compte moins que celui que l’on porte à celui des autres. Comme disait Keynes, imaginons que tout le monde croit que tous les arbres montent au ciel,… alors il peut être intéressant d’acheter des arbres avant qu’ils ne montent ! Dans la finance d’aujourd’hui, mieux vaut se tromper avec les autres que d’avoir raison tout seul.

Ce mode de fonctionnement rend inévitable le développement d’une bulle spéculative.

De cette crise, on peut tirer deux leçons essentielles :

• il n’y a pas de croissance durable s’il n’y a pas de répartition équilibrée de la richesse produite entre le capital et le travail, entre l’investissement et l’épargne ;

• le capitalisme est incapable de se réguler seul. Ses prétendues sécurités internes et règles prudentielles sont contournées par des agents économiques qui cèdent toujours au vertige de l’argent.

En conséquence, la régulation politique et démocratique est plus essentielle que jamais, et doit être conduite à la bonne échelle. Dès lors, trois pistes d’actions paraissent s’imposer :

• la négociation collective et tripartite sur le partage de la richesse produite doit être à la base du contrat social. Elle suppose non seulement de négocier sur les salaires mais aussi de travailler à une réglementation de la rémunération du capital et des entrepreneurs.

• la régulation des marchés financiers doit être organisée. Le travail fait au sein du PS et du PSE a permis d’élaborer des propositions qu’il nous faut populariser : lutte contre les paradis fiscaux,création d’un Conseil de Sécurité économique et sociale qui imposerait des normes à un système devenu fou.

• la politique économique européenne doit devenir une priorité absolue.L’absence d’un gouvernement économique européen et l’inexistence d’objectifs économiques adossés à notre politique monétaire paralysent nos pays. « 

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