Archives de l'hebdo des socialistes
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Des politiques locales avec une longueur d’avance

Devançant les exigences de la loi sur le handicap de février 2005, notamment en matière de transports collectifs et d’accessibilité des espaces publics, certaines collectivités ont intégré la question du handicap depuis plusieurs années au coeur de leur politique locale. Gros plan sur trois précurseurs : Dunkerque dans le Nord, La Rochelle en Charente-Maritime et les départements franciliens.

A Dunkerque, chacun trouve son toit

Dunkerque apparaît comme une ville pionnière concernant le logement des personnes handicapées. Depuis le début des années 1990, la municipalité et la communauté urbaine de Dunkerque (CUD) travaillent avec une association locale, l’Apahm, pour développer une offre de logements adaptés aux contraintes d’un handicap moteur.

Créée en 1990, cette Association pour l’aide aux personnes à handicap moteur est née « d’une demande de certains patients que je suivais en rééducation à l’hôpital tout proche de Zuydcoote, explique Gilles Canet, un des fondateurs et actuel directeur de l’Apahm. Une fois sortis du milieu hospitalier, ils se plaignaient de l’absence totale de solution de logement adapté au fait, par exemple, de se déplacer en fauteuil. Certains, après un accident, ne pouvaient plus retourner dans leur ancien appartement. »

Le but était alors non de construire des immeubles « réservés » aux personnes handicapées mais de jouer la carte de la mixité. « Il était hors de question de créer un bailleur spécialisé pour ces personnes. Nous voulions les intégrer dans l’offre locative existante en disposant de logements adaptables », explique Vincent Leignel, adjoint à l’urbanisme à la mairie de Dunkerque qui a aussi participé à la création de l’Apahm. « Etant moi-même en fauteuil,j’ai joué le rôle de personne ressource auprès des autres élus et incarné une volonté politique collective de prise en charge globale du handicap », ajoute l’élu socialiste, également vice-président de la CUD. « Avoir Michel Delebarre comme maire, un ancien ministre du Logement, nous a beaucoup aidés. », reconnaît aussi Gilles Canet.

Un partenariat est instauré entre la CUD et les bailleurs sociaux. L’idée est de construire des HLM, de l’habitat classique mais dont les appartements sont modulables, pour loger n’importe quel locataire. En évitant par exemple les marches, les ressauts, ou en prévoyant des sanitaires assez larges pour un fauteuil.

Aujourd’hui, l’Apahm est propriétaire de six logements dits d’évaluation. « On y accueille des personnes handicapées qui rêvent d’une vie autonome dans un appartement mais qui ne savent pas comment cela peut se concrétiser », explique Gilles Canet. Elles y restent entre trois mois et un an, le temps d’évaluer les équipements dont elles ont besoin. L ’Apahm monte en parallèle un dossier et les aide à trouver auprès des bailleurs sociaux un logement adéquat. « La CUD verse 1000 euros par dossier. Une somme qui permet de réaliser bon nombre d’aménagements dans ce nouvel appartement », précise Gilles Canet. Bilan : les 92 personnes qui sont passées depuis quinze ans par les appartements tests de l’Apahm ont toutes trouvé à se loger.

La Rochelle sur tous les fronts

Les labels, la ville de La Rochelle les collectionne. En 2005, elle a reçu « l’Etoile de l’accueil » décernée par le ministère du Tourisme pour les aménagements des abords de la plage des Minimes. Et cette année, le « Label tourisme handicap » pour le handicap mental, en récompense du travail sur la signalétique à base de pictogrammes sur la plage. En 2008, la municipalité compte obtenir ce même label pour les handicaps moteur et visuel. Récemment, le service transports de la communauté d’agglomération (CDA) a également été primé.

Depuis le début des années 2000, l’équipe municipale rochelaise a fait de l’accessibilité de tous aux lieux et aux services son cheval de bataille. À l’initiative de l’adjoint en charge du handicap, Patrick Larible, des « référents handicap » ont été nommés dans chaque service de la mairie, au sein du centre communal d’action sociale (CCAS) et dans les services mobilité, transports et culture de la CDA.

Ces agents remplissent le rôle d’interlocuteurs privilégiés pour chaque domaine de la vie sociale : école, culture, tourisme, aides à domicile… Ils sont aussi en lien avec les associations et peuvent relayer leurs avis sur tel ou tel chantier (voirie, école…) que la mairie compte mettre en oeuvre. Chaque année, une réunion avec les référents et les associations permet de définir les priorités à venir. Ce fonctionnement est pratiquement unique en France. En 2005, à la suite de la loi sur le handicap, un poste de coordinatrice de la mise en oeuvre de la politique municipale du handicap a été créé. Anne- Sophie Barbot chapeaute ainsi les référents et les différents projets. « Nous essayons d’aller au-delà de l’obligatoire contenu dans la loi, explique-t-elle. Par exemple, nous voulons que toutes les écoles et l’ensemble des équipements sportifs (stades extérieurs, plages, piscine), soient accessibles à tous.

Nous avons engagé un processus de diagnostic de l’accessibilité de la voirie et des bâtiments publics pour obtenir un état des lieux précis en 2008. Nous saurons ainsi où nous en sommes exactement et quels sont les travaux à engager. » Anne-Sophie Barbot insiste sur le fait que tous les types de handicap doivent être pris en compte. Plusieurs exemples de réalisations illustrent cette volonté. Pour les malentendants qui souhaitent aller au cinéma, la salle bleue de La Coursive a été équipée d’une boucle magnétique. A la plage des Minimes, un guidage vocal (repères sur la plage et balises en mer) permet aux déficients visuels de se baigner seuls. Un ponton en bois et des fauteuils amphibies rendent également la plage accessible aux personnes se déplaçant en fauteuil.

Dernière nouveauté : pour toutes ses démarches à la mairie, de l’état civil à la bibliothèque, il est possible de bénéficier d’une interprète en langue des signes.

L’Ile-de-France se bouge pour la mobilité

Lancé en octobre 2007 en Seine-Saint- Denis, le « PAM 93 » est le dernierné en Ile-de-France de ce système public de transports « pour aider à la mobilité », initié en 2003 par la Région et déjà adopté par plusieurs départements (Paris, Hauts-de-Seine, Val-de- Marne, Seine-et-Marne, Yvelines et, en 2008, Essonne). Grâce à des bus aménagés et un système de réservation, il s’agit de proposer un moyen de se déplacer aux personnes présentant une invalidité d’un taux de 80% ou plus. « Ce sont des gens qui ne sortaient pas de chez eux car il leur était impossible de prendre les transports en commun. Avec le PAM, ils peuvent avoir une vie sociale, comme se rendre chez le coiffeur ou chez des amis », explique Serge Méry, conseiller général de Seine- Saint-Denis et vice-président à la Région, chargé des transports.

L’élu socialiste revient sur la genèse de ces réseaux PAM. « En arrivant à la Région, en 1998, il y avait un vrai discours en faveur de la mobilité pour tous mais peu de financements, rappellet- il. Le dispositif pour les personnes handicapées correspondait à une agglomération de 400000 habitants, comme Rennes. Sans rapport avec les 11,5 millions de franciliens! J’ai dit à Jean-Paul Huchon (Président de la région) qu’il fallait vraiment monter en pression. » D’après Serge Méry, le budget consacré à la mobilité est passé de 9 millions de francs en 1997 (environ 1,5 million d’euros) à 130 millions d’euros en 2008. Deux voies d’action ont été retenues : rendre accessible à tous les publics une grande partie des transports collectifs et développer un réseau de bus spécifiques pour les personnes les plus handicapées. « Quand nous avons réuni les associations au départ, elles demandaient que les handicapés puissent se mouvoir avec les mêmes moyens que les valides, raconte Serge Méry. Mais tout n’est pas adaptable, comme le métro. Nous avons dû les convaincre de la nécessité d’adopter un système parallèle : le PAM. » Depuis trois mois qu’il existe, le PAM 93 est déjà un succès au vu du nombre de réservations.

D’autre part, sur 4000 bus de la Ratp, 3600 sont désormais accessibles à tous et la mise en conformité des arrêts est effective pour une centaine de lignes. L’ensemble des travaux d’accessibilité concerne en fait 30% des usagers : les déficients visuels, auditifs, les handicapés moteur, mais également les gens temporairement en fauteuil roulant ou les parents avec des poussettes. Objectif pour la Région : rendre 290 gares SNCF, qui accueillent 95% des usagers, complètement accessibles à tous, de la rue au train.

Mona Buckmaster

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