Archives de l'hebdo des socialistes
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Travail, éducation : la prison est une zone de non-droit

Jean Bérard, enseignant chercheur en histoire et coordinateur pour l’Observatoire international des prisons (OIP) des états généraux de la condition pénitentiaire, décrit les conditions de détention alarmantes qui prévalent dans les prisons françaises.

Dans un rapport récent sur les conditions de vie des détenus en France, le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) évoque des traitements inhumains et dégradants…
Ce n’est pas nouveau. La première fois que ce terme a été employé pour désigner les prisons françaises, c’était en 2003. La surpopulation carcérale était déjà montrée du doigt comme principale cause de cette situation. Depuis, rien n’a changé, les choses ont peut-être même empiré. En employant cette expression, le CPT dénonce également les conditions dans lesquelles sont soignés les détenus à l’hôpital, la situation des malades psychiatriques, dont la place serait plus dans une unité de soin spécialisée que dans le système carcéral… C’est une grande partie du système pénitentiaire qui est remis en question dans ce rapport.

On oublie souvent que les détenus peuvent travailler. Qu’en est-il ?
Sur ce sujet aussi, la prison est une zone de non-droit. Le droit du travail est inexistant. Pas de salaire minimum, pas de droit de grève,et bien sûr aucune indemnisation du chômage ne sont prévus par la loi.Le travail en prison n’est pas une activité qui prépare à retravailler à l’extérieur mais qui permet à des entreprises de s’affranchir des contraintes du droit du travail. On ne pourra sortir de cette situation moyenâgeuse que si l’administration met le paquet sur la formation professionnelle. L’administration n’a pas non plus assez d’entreprises sous contrat pour fournir du travail à tous, et là encore, avec moins de personnes dans les centres de détention, il serait plus aisé de proposer une activité professionnelle à tout le monde. Mais la situation va encore plus loin : la protection sociale des détenus n’est même pas assurée. Et il faut savoir qu’à partir de 60 jours de détention, un individu ne touche plus de RMI.

Rien n’a été fait ces dernières années pour améliore la vie en prison, que doiton attendre de l’avenir ?
C’est très difficile d’être optimiste. Depuis 2002, le gouvernement montre un penchant très fort pour les politiques répressives et le début de mandat de Nicolas Sarkozy va dans ce sens. Ce ne sont pas des mesures comme les peines plancher qui vont permettre d’inverser la courbe de la surpopulation carcérale. De plus, le Parlement s’apprête à voter une loi qui permettra de garder derrière les barreaux des détenus qui ont purgé l’intégralité de leur peine, au motif qu’ils seraient dangereux pour la société. Les répercussions dans les prisons vont être terribles.

Propos recueillis par Damien Ranger

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