Archives de l'hebdo des socialistes
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Que chaque citoyen puisse s’engager dans la cité

À quatre mois des élections municipales, les listes se préparent dans les 36782 communes françaises. Ce grand élan de démocratie fait appel au sens citoyen de milliers d’hommes et de femmes. Martin Malvy préside l’Association des petites villes de France (APVF) qui fédère les villes de 3 000 à 20 000 habitants. Si l’on ajoute, à ces petites villes, celles de moins de 3 000 habitants, on obtient le panorama diversifié des 95 % de communes françaises, bien moins médiatisées que les grandes agglomérations, mais qui sont pourtant le premier niveau de la vie démocratique sur l’ensemble du territoire. Martin Malvy évoque, sans tabou, les questions que pose la multiplication des échelons administratifs, ainsi que les missions des élus, mais aussi les difficultés auxquelles il sont confrontés, et les pistes pour y remédier.

Vous présidiez les premières rencontres européennes des petites villes, qui se sont déroulées à Bordeaux, les 8 et 9 novembre. Or la moitié des communes européennes étaient françaises en 1999. Comment explique-t-on cet attachement très français à l’échelon de la commune ?

C’est tout simplement notre histoire. Nos concitoyens sont attachés à leur commune. La vie communale est souvent intense. Le phénomène associatif, très puissant en France, est majoritairement d’essence communale. Que cela pose problème, pour des raisons qui peuvent d’ailleurs être opposées, est évident. Les trop petites communes ne peuvent isolement répondre à certains besoins et les plus grandes ne peuvent penser leur développement en limitant la réflexion et l’action à leur seul territoire. Nous en avons pris conscience. Certains pays européens ont procédé par réduction autoritaire du nombre des communes. Nous avons fait, nous, le choix de la coopération. Nous avons eu raison.

Les communautés de communes et d’agglomération prennent un poids de plus en plus important. Peut-on à l’avenir imaginer des élections intercommunales ? Certains responsables politiques, dont des socialistes, affirment que les conseils généraux deviendraient inutiles. Qu’en pensez-vous ?

Chaque fois que l’on aborde le dossier de la décentralisation ou celui de nos institutions en avançant que l’une des collectivités doit disparaître, on retarde de plusieurs années les solutions. Il y a en France un problème de compétences à afficher clairement. Qui fait quoi et pourquoi ? Il y a des sujets qui ne peuvent être traités qu’à la dimension d’une région, d’autres qui doivent l’être à l’échelon départemental. Il en va de même pour les communautés de communes. Je ne suis pas favorable à la désignation de leurs membres par une élection qui leur serait propre. Elles doivent être le prolongement des conseils municipaux. Par contre, les citoyens doivent savoir qui y siégera, c’est eux qui doivent les désigner. Cela pourrait se faire à l’occasion des élections municipales où les noms des candidats qui représenteraient la ville à la communauté d’agglomération seraient mis en avant.

Les élections municipales approchent. Comment se préparent-elles dans les petites communes ? Trouve-t-on toujours assez de citoyens pour constituer les listes ?

Les candidats ne manqueront pas. Et comme toujours, le corps électoral se mobilisera. Par contre la grande difficulté réside dans le renouvellement et le rajeunissement des listes. La fonction municipale exige sans cesse une plus grande disponibilité et confronte celles et ceux qui l’exercent à des risques professionnels et judiciaires qui éloignent des hommes et des femmes dont la démocratie locale devrait pouvoir s’assurer la participation. Il faut de plus en plus de temps, hors ou pendant le temps de travail pour les actifs.

N’assiste-t-on pas à une crise des vocations ?

Non, mais il y a, pour les raisons que je viens d’expliquer, un vieillissement de la représentation, et une sous-représentation de certaines catégories socioprofessionnelles.Une réforme en deux points me paraît indispensable si l’on considère qu’il est nécessaire, pour que la démocratie fonctionne bien, que chaque citoyen puisse à un moment de sa vie s’engager dans la cité. C’est, d’une part, la reconnaissance pour les élus des «acquis de l’expérience ». C’est, d’autre part, la prise en compte de ces acquis pour la réinsertion professionnelle. On ne peut attendre d’hommes et de femmes qu’ils s’engagent si on ne leur apporte pas certaines garanties pour la suite. Certains pays européens sont allés très loin en ce sens.

Vous parlez de risques professionnels et judiciaires auxquels sont exposés les élus municipaux. Quels sont-ils ?

Les premiers concernent les évolutions de carrière des élus, compte tenu du temps que ceuxci doivent consacrer à leur fonction, et ce d’une manière directe pour celui qui exerce une profession libérale par exemple, ou indirecte pour un salarié dont l’employeur estimera sa disponibilité amputée par sa fonction. Les seconds relèvent de la judiciarisation de la société et des interprétations des textes sur la responsabilité des élus.Ce sont des risques réels et qu’il est difficile d’évaluer, de prévenir et d’éliminer.

Quel est le rapport de force gauche/droite dans l’ensemble des petites communes ?

Les citoyens qui se présentent sans étiquette sont nombreux dans les petites communes… Les candidats apolitiques sont rarement des candidats de gauche. Je pense aux maires notam ment. Il y a des exceptions. Mais personne ne trompe personne. Les élections municipales sont évidemment, dans les petites communes et les petites villes, moins politiques que des législatives. Mais dire qu’elles ne le sont pas reviendrait à ignorer comment elles se préparent. Elles orientent souvent les cantonales. Et elles sont déterminantes pour les sénatoriales.

Y a-t-il un clivage entre une politique de gauche et une politique de droite dans la gestion des petites communes ?

Il en va de même que pour les politiques départementales ou régionales. On ne dit la loi dans aucune de ces collectivités. Mais les sensibilités s’y expriment, et qu’il s’agisse entre autres du logement, de l’école, du développement durable, de la citoyenneté, de l’action en direction du monde associatif, on peut trouver des exemples d’approches différentes. Qu’une assemblée soit municipale, intercommunale, ou autre, c’est aussi un lieu de débat, d’explication, d’application ou de contestation de la vie publique dans son ensemble. C’est à ce titre d’ailleurs que les associations d’élus exercent elles-mêmes un pouvoir politique reconnu par les pouvoirs publics.

Propos recueillis par Damien Ranger

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