Archives de l'hebdo des socialistes
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L’écologie politique, une préoccupation socialiste durable

L’écologie et le rapport philosophique à la nature font partie intégrante de l’histoire de la gauche depuis près de quarante ans. L’effet de serre, la pollution, les transports ont progressivement émergé dans les préoccupations socialistes pour occuper aujourd’hui une place majeure dans le débat politique.

Inventé en 1866, au coeur de la révolution industrielle, par le biologiste allemand Ernst Haeckel, le concept d’« écologie », qui était à l’origine l’étude scientifique des relations des êtres vivants à leur environnement, a gagné peu à peu le champ de la politique et de l’économie. Circonscrit pour l’essentiel, dans les années 1970, aux militants antinucléaires, le débat s’est étendu progressivement à de multiples causes. Au point d’imposer un changement de perspective radicale dans les esprits, fondé sur une gestion éclairée de l’environnement.

Combat antinucléaire

Longtemps marginale, l’écologie s’est affirmée sur le terrain politique à la faveur d’une remise en cause de la société de consommation, au tournant des années 1970. Subitement, le rapport de l’homme à son milieu devint une préoccupation essentielle à tous points de vue. Dès lors, plusieurs mouvements et partis politiques en firent leur principal mot d’ordre. En France, la première candidature écologiste fut incarnée en 1974 par René Dumont, professeur d’agronomie émérite, proche du PSU, qui s’indignait des « menaces extrêmement graves qui pèsent sur notre civilisation, la destruction inconsidérée de notre environnement ». Le candidat n’en fut pas moins balayé à la présidentielle, atteignant le score de 1,32% des suffrages. Mais l’essentiel était fait. Et l’adhésion d’une large frange de la génération de Mai 68 à ces idées ne fit qu’accélérer le mouvement.

Autant dire qu’avant de devenir un courant politique autonome, l’écologie militante fut liée à d’autres formes de lutte: défense du cadre de vie,protecn 29 tion de la nature, féminisme, tiers-mondisme, antimilitarisme, contestation de la société de consommation. Et, par-dessus tout, le combat antinucléaire, comme en témoignèrent les rassemblements de Plogoff, en 1980, en opposition à un projet de centrale sur le site de la pointe du Raz, en Bretagne. Principal représentant de cette mouvance, Brice Lalonde fit de l’écologie un véritable casus belli avec la classe politique française. Il s’était d’ailleurs illustré en dirigeant la campagne présidentielle de René Dumont en 1974, avant de se porter candidat, sept ans plus tard, pour recueillir 3,88% des suffrages. Opposé en 1986 au ministre de la Défense, Charles Hernu, accusé d’avoir commandé aux services secrets français de couler le Rainbow Warrior, Brice Lalonde fut néanmoins nommé secrétaire d’État puis ministre à l’Environnement des gouvernements Rocard, de 1988 à 1992, avant de virer définitivement à droite.

Principe de précaution

Sa participation au gouvernement n’en souligne pas moins l’intérêt que François Mitterrand portait à l’écologie politique. En témoignent les nominations aux postes de ministres ou de secrétaires d’État de Michel Crépeau (1981-1983), d’Alain Bombard (1981), d’Huguette Bouchardeau (1983-1986), d’Haroun Tazieff (1984-1986) qui marquèrent la volonté du président d’imprimer sa marque sur la politique environnementale.

Avant que Ségolène Royal n’occupe des fonctions similaires au sein du gouvernement Bérégovoy (1992-1993), en concentrant ses efforts sur les questions de traitement et de recyclage des déchets, les nuisances sonores et visuelles et les problèmes liés à l’eau.Preuve que les notions ô combien sensibles de développement durable et de principe de précaution occupaient désormais les esprits. Et que le sommet de Rio (1992) avait atteint, en partie seulement, ses objectifs. Le gouvernement Jospin en fut d’ailleurs un bon relais.Au ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Dominique Voynet (1997-2001) eut à coeur de négocier les contrats de plan État-région intégrant des mesures de diversification des modes de transport et des initiatives favorables aux énergies renouvelables et à l’agriculture biologique. Elle ne put, en revanche, faire aboutir son projet de réforme de la politique de l’eau, préparé depuis mai 1998 et adopté en conseil des ministres le 27 juin 2001. Son successeur, Yves Cochet (2001-2002), pris part à d’importants rendez- vous internationaux – conférences climatiques de Bonn et de Marrakech,G8 environnement de Banff (Canada), colloque sur la biodiversité à La Haye.

Dès lors, l’engagement des socialistes et de leurs partenaires pour la cause écologique ne fit que se renforcer.

Bruno Tranchant

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