Archives de l'hebdo des socialistes
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« On sent une angoisse chez les enseignants »

Amine Bouabbas, professeur d’histoiregéographie dans le Valde- Marne, confie ses craintes face à la vision de Nicolas Sarkozy sur l’éducation.

«La position de Nicolas Sarkozy sur l’éducation est démagogique. Il demande, par exemple, que les élèves se lèvent lorsque le professeur entre en classe.Or c’est déjà le cas. L’année dernière, j’étais professeur d’histoire- géographie en cinquième dans un collège du Val-de- Marne. Pas un seul élève ne s’assied avant qu’on ne lui en ait donné la permission. Ça va même plus loin: aucun élève ne s’assoit tant que le calme n’est pas fait. Alors, nous parler de discipline et de respect, c’est l’exemple même d’un faux débat organisé par les conservateurs.

Je revendique l’héritage de 1968, et même les « pédagos » les plus extrémistes ne sont pas contre l’autorité. Tous les enseignants sont d’accord : sans discipline, il ne peut pas y avoir de travail. La droite met donc un voile sur les problèmes essentiels et détourne l’attention sur des valeurs de morale ou autre. Mais en réalité, ce sont toujours les questions matérielles qui posent problème dans l’éducation nationale.

Classes surchargées

Le nombre d’élèves par classe est l’une d’entre elles. J’avais 27 élèves pour une classe de cinquième. C’est considérable. Et certaines classes en comptent plus de 30. Si on pouvait diminuer cet effectif de seulement trois ou quatre élèves, ce serait déjà plus simple d’enseigner efficacement. Les suppressions de postes annoncées sont donc loin de nous enchanter. Avec moins de professeurs, les classes seront plus surchargées. D’autant que la fécondité française est aujourd’hui la plus élevée d’Europe avec celle de l’Irlande. Cela signifie que, dans cinq à dix ans, nous manquerons de professeurs pour la nouvelle génération d’élèves.

Élèves défavorisés

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy souhaite casser la carte scolaire. Cela ne peut qu’accroître la concurrence entre les établissements. Si un collège avec peu de moyens n’est pas classé en ZEP, et que les familles refusent un établissement ZEP pour leurs enfants, ce collège risque d’être victime de son succès et trop pauvre pour offrir un cadre de qualité aux enfants. Or de nombreux enfants connaissent des situations familiales et sociales difficiles. Certains ont un capital culturel inférieur à leurs camarades de classe. Mais sans davantage de moyens pour l’école, notre réponse ne peut être que limitée. Si les élèves les plus défavorisés ne peuvent plus compter sur l’école, sur qui peuventils En cette rentrée, on sent donc une certaine angoisse des enseignants à l’égard de ce que va faire Sarkozy. Tout ce qu’il met en oeuvre est contraire aux valeurs que nous promouvons auprès des élèves. À mon avis, dans les cinq ans qui arrivent, il y aura un mouvement majeur de l’éducation face à la droite. »

Propos recueillis par Fanny Costes

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