Archives de l'hebdo des socialistes
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Réforme de l’université : mention « doit mieux faire »

Nicolas Sarkozy, après avoir reçu le 26 juin les représentants de la communauté universitaire qui, dans leur ensemble, s’opposaient au projet de loi sur la réforme des universités, a remanié le texte en 24 heures. Pour Alain Claeys, responsable national PS à la recherche, la nouvelle mouture n’est toujours pas à la hauteur des enjeux.

Le projet de loi sur l’autonomie des universités sera examiné le 12 juillet au Sénat et aux alentours du 24 juillet à l’Assemblée nationale. Les trois mesures les plus critiquées, à la fois par les syndicats d’étudiants et d’enseignants et les présidents d’université, ont été modifiées. C’est un progrès ?

Effectivement, la sélection à l’entrée en master a été supprimée, l’autonomie n’est plus optionnelle mais obligatoire d’ici 5 ans et le conseil d’administration passe de 20 à 30 membres. Mais ces négociations sont loin de répondre aux besoins de l’enseignement supérieur en France car le projet de loi s’attaque uniquement au thème de la gouvernance. La situation exige un texte beaucoup plus audacieux que celui qu’on nous propose et des moyens supplémentaires dans l’immédiat, ce qui n’est pas le cas. L’université doit être réformée, c’est une nécessité dont plus personne ne discute, mais réformons-la vraiment !

Est-ce dans ce sens que le président de l’Unef, Bruno Julliard, a déclaré : « Cette réforme n’est pas la priorité » ?

Je ne vais pas parler pour lui, mais je tiens à évoquer les conditions de vie des étudiants, totalement absentes du projet de loi. La précarité en matière de logement, de santé, de transports, parfois même d’alimentation, est aussi responsable de l’immense taux d’échec en premier cycle. Jusqu’à 50 % des inscrits n’obtiennent pas leur diplôme. La France est un des pays développés qui dépense le moins pour ses étudiants : 1,1 % de son PIB en moyenne. Il faut donner plus de moyens pour l’encadrement des étudiants et revoir le système des bourses. Nous sommes hostiles au principe de sélection. En revanche, l’université doit développer, en liaison avec les collèges et les lycées, un véritable service d’orientation, avec des activités de discussion, d’évaluation, d’orientation pour chaque étudiant, sous la responsabilité d’un tuteur.

N’est-ce pas une satisfaction d’entendre le Président promettre 5 milliards sur 5 ans pour les universités ?

On vient surtout d’entendre que ces nouveaux crédits ne seraient pas votés avant la loi de finances 2008. Pourquoi attendre, alors qu’il suffirait d’un collectif budgétaire pour lever plusieurs centaines de millions d’euros ? Soit on fait de l’enseignement supérieur et de la recherche une priorité, comme l’a répété Nicolas Sarkozy pendant sa campagne, et dans ce cas-là on débloque des fonds tout de suite, soit on attend que les mois passent… Cela n’augure rien de bon.

Quel effort serait requis pour réellement favoriser la recherche ?

Pour rattraper son retard, la France doit augmenter de 10 % par an le budget consacré à la recherche. Elle reviendrait ainsi au niveau des pays développés, qui lui accordent en moyenne 3 % de leur PIB. Actuellement, vu la faible rémunération et le peu de reconnaissance accordées aux doctorants, un élève de classe prépa n’a aucun intérêt à faire une thèse. Et lorsque les postdoctorants partent à l’étranger pour obtenir une meilleure situation, ils peinent à revenir mettre à profit leur matière grise en France, ce qui fait que la recherche privée est également très peu développée. Face à cela, le projet de loi ne promet aucune politique de recrutements supplémentaires d’enseignants-chercheurs, mais au contraire va jusqu’à remettre en cause certaines de leurs missions.

Ce texte peut-il créer un système à deux vitesses ?

Assurément. Le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup-FSU) juge d’ailleurs ce texte inacceptable. Accorder tous les pouvoirs aux présidents d’université, notamment en matière de recrutement et de choix scientifiques, et favoriser le développement de nos universités sur le seul principe de la compétitivité, va à l’encontre de la réussite. Ce projet de loi est une remise en cause indirecte du statut de la fonction publique à travers un développement excessif des postes contractuels au détriment des postes statutaires. Or, l’ennemi de l’enseignement supérieur et de la recherche, c’est la précarité.

Propos recueillis par Julie Chevallier

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