Archives de l'hebdo des socialistes
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Déplacement de Ségolène Royal à Aix, Correns, Nice et Villeurbanne : récit

Ségolène Royal en déplacement dans le sud-est a décliné différents thèmes de son Pacte présidentiel. À Aix elle a évoqué la France qui doit retrouver l’envie d’entreprendre. À Correns, commune rurale, et premier village bio de France, elle a souhaité que la France montre le chemin de l’excellence environnementale. À Nice elle est revenue sur la VIe République qu’elle veut construire sur de nouvelles règles morales. Enfin à Villeurbanne, devant le parlement des quartiers populaires, elle a redit sa volonté de faire respecter l’égalité républicaine et rencontré « une force en train de se lever ».

« Echapper à la médiocrité » (Aix, le 23 mars à midi)

Ségolène Royal descend de sa voiture, salue les passants. Deux jeunes écarquillent les yeux, incrédules. « Ségolène, je l’aime, c’est ma femme », nous confie l’un d’eux, sourire aux lèvres, la main sur le cœur. Quelques minutes plus tard, la candidate entame son discours devant « la Fabrique », le siège de la fédération socialiste, aux côtés de Michel Vauzelle, président de la région. Sous les platanes et le soleil. Dans la ville du célèbre peintre, elle cite Paul Cézanne : « Lorsqu’on a envie d’absolu, on échappe à la médiocrité ». « C’est de cela dont la France a aujourd’hui envie : échapper à la médiocrité. Elle est capable de bien mieux, elle a de l’énergie, du talent, du génie », poursuit-elle. Ségolène Royal déroule ses propositions économiques, affirmant vouloir instaurer de « nouvelles règles ». « Les entreprises qui ont touché des aides publiques et qui délocalisent devront les rembourser », martèle-t-elle. Si elle est élue, le pays ira alors dans la même direction que les régions dont l’une des mesures phares est la création d’emplois-tremplin. « Je veux que la France retrouve le goût du risque, les jeunes l’envie d’entreprendre ». Une mutation possible à condition que « la solidarité nationale tienne bon ». « Je ne suis liée à aucun groupe de pression, à aucune puissance de l’argent, je n’ai personne à caser : je suis une femme libre ! » scande-t-elle. Ségolène enchaîne ensuite sur le pacte avec les jeunes, le rétablissement des moyens confisqués par la droite à l’Education nationale, la traque aux gaspillages, une diplomatie plus active. Evelyne, dans l’assistance, est ravie : « Oui, il faut plus de justice et ne pas laisser les jeunes sur le bord du chemin ». Marie-Jo complète : « On se retrouve dans ce qu’elle dit : on a l’impression qu’elle a le même parcours que nous ». « Elle a quand même cinq ans de moins », précise, grinçante, sa copine. Leurs hommes, en retrait, laissent les dames parler. « Ils sont tout aussi convaincus », tranchent-elles. Dans le sud aussi, c’est le temps des femmes…

Ségolène Royal pour une agriculture bio moins chère (Correns, le 23 mars à 15H)

Le Chili est loin de Correns, une petite commune du Var (661 habitants). Mais lorsque Ségolène Royal fait une halte pour un discours devant la mairie, ses premières pensées vont à Michelle Bachelet qui a fait aussi campagne « sur des places de village ensoleillées, recevant un accueil simple et chaleureux et prononçant des discours forts ».
Correns n’a jamais vu d’hommes politiques d’envergure nationale. Mais Ségolène a choisi de le mettre à l’honneur car c’est le premier village bio de France. Un choix innovant de société, opéré en 1997 par plus de 90 % des vignerons de la coopérative. « Nous devons nous assurer que la terre produira du pain et du miel pour les générations suivantes », indique le maire. Ségolène Royal abonde dans ce sens, souhaitant multiplier par quatre les aides à l’agriculture biologique. Celle-ci est encore trop chère, regrette-t-elle, à l’origine d’inégalités sociales face à la nourriture. La candidate proclame le droit de tous à une alimentation saine et à une eau potable. Une volonté qui s’inscrit dans son projet d’excellence environnementale et de prévention de la santé. Elle dessine une piste : si le bio est davantage acheté par les hôpitaux et les écoles, son prix baissera mécaniquement. Ségolène se prononce pour une réforme de la politique agricole commune – les aides seront régionalisées pour profiter directement aux agriculteurs. « Aux vrais agriculteurs, précise-t-elle. Et pas aux hommes politiques à plein temps et qui se revendiquent exploitants pour échapper à l’impôt sur la patrimoine ». Et pan sur le candidat béarnais ! Assis sur une marche, Jean-Pierre observe le public et s’étonne du nombre élevé de femmes. « Ségolène les touche », assure-t-il. « J’en connais qui n’ont jamais voté et qui ont pris leur carte d’électeur ».

Pour une VIe République et de nouvelles règles morales (Nice, le 23 mars à 19h)

Forte affluence au meeting de Nice : ils sont nombreux à le suivre sur les écrans géants placés à l’extérieur de la salle, faute d’avoir pu entrer. La 5e ville de France n’a, il est vrai, pas accueilli de meeting national depuis 33 ans, rappelle la candidate en préambule. « Dans ce lieu qui a tant souffert de corruption, je veux évoquer cette VIe République que nous construirons avec de nouvelles règles morales. Tous les élus devront rendre des comptes ». Ségolène Royal s’engage à lutter contre les gaspillages, les détournements et la corruption. « Le cumul des mandats ne sera plus possible : chaque élu devra se consacrer à son mandat à plein temps ». Une mesure qui provoquerait, selon elle, l’arrivée aux responsabilités de femmes et de Français de toutes origines.
L’actualité s’invite alors : réagissant à la garde à vue de la directrice d’école du XIXe arrondissement de Paris, elle grince : « les enseignants ne sont pas des auxiliaires de police ». « Ce pays où l’on interpelle un grand-père venu chercher son petit-fils à la sortie de l’école, ce n’est pas la France que nous voulons », ajoute-t-elle. Selon elle, la réduction des écarts de richesse entre le nord et le sud est la seule réponse à l’immigration de la misère. « L’Europe ne peut pas se désintéresser de l’Afrique », martèle-t-elle, évoquant « le scandale du Darfour » et mettant en avant la coopération décentralisée, le micro-crédit et la réforme de l’aide au développement. S’attardant sur les services publics, elle insiste pour que l’école retrouve des moyens supplémentaires « dès la rentrée prochaine », s’insurge contre la « paupérisation » de la justice et déplore que la police soit affaiblie par la suppression de la police de proximité qu’elle rétablira sous la forme d’une « police de quartier ». Revenant sur son pacte en direction de la jeunesse, Ségolène Royal regrette que 40 % des étudiants ne se trouvent en situation d’échec lors des deux premières années universitaires. « C’est un découragement pour eux-mêmes et pour les familles qui ont du mal à leur offrir des études », souligne-t-elle. D’où sa proposition d’allocation jeunes adultes. Et un effort sera réalisé en faveur d’une meilleure orientation. Selon sa vision du « donnant-donnant », l’étudiant ainsi aidé pourrait s’investir dans la vie associative et le soutien scolaire. Au sortir de la réunion publique, Evelyne s’attend à « cinq belles années pour la France avec elle ». La soirée a connu son moment de grâce lorsque Ségolène Royal a salué la présence dans la salle de personnes malentendantes qui l’ont aussitôt applaudie à leur manière, levant leurs mains et les faisant tourner. La candidate socialiste a alors demandé au reste du public de leur rendre hommage : une armée de mains s’est levée et s’est agitée, dans un joli moment de silence.

Un patriotisme de gauche

« Un moment historique, une forte émotion », commente la candidate. C’est un élément très important pour la gauche de reconquérir le droit de chanter la Marseillaise qu’on a failli abandonner à l’extrême droite ». Ségolène Royal a souhaité en particulier expliquer le sens des paroles, souvent mal interprétées. « Je ne suis pas favorable à ce qu’on en change, comme ça a été proposé », glisse-t-elle. Poursuivant sur cette veine patriotique, elle estime que « tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore, comme dans d’autres pays européens ». « On pourra d’autant plus facilement revenir à la table de l’Europe qu’on sera bien au clair sur notre identité nationale », estime-t-elle. Celle-ci ne s’oppose pas non plus aux identités territoriales. « Le moment est venu d’un dépassement ». Si elle est élue, elle ratifiera la charte sur les langues régionales. Elle confie ensuite qu’elle souhaite, en cette fin de campagne, prendre le temps de se rendre dans des lieux identitaires, « à force émotionnelle ».

Ségolène Royal au parlement des quartiers populaires (Villeurbanne, le 24 mars à 15h)

6 octobre 2001 : la Marseillaise est sifflée au stade de France. Un événement que n’ont pas supporté les fondateurs d’Agir Pour la Citoyenneté (APC). Un travail est mené, qui s’est conclu par le pacte de Bondy en novembre 2006. Le président d’APC, Karim Zéribi, y accueillit Ségolène Royal habitée par « une volonté d’écoute ». La candidate socialiste s’est alors engagée à revenir avec des propositions. Ce qu’elle fit à Villeurbanne samedi dernier, pour le 9è parlement des quartiers populaires.

Sur la tribune, plusieurs témoignages émouvants. « Pour nous France invisible, notre force est là », assène une militante marseillaise qui brandit sa carte d’électeur. Farid Lhaoa, ancien porte-parole de la marche des beurs, s’agace que l’on parle encore d’immigrés de 2e ou de 3e génération. « Vous êtes tous Français », martèle-t-il. Karim Zéribi se déclare favorable à un desserrement de la carte scolaire « pour que les enfants des cités puissent aller aux collèges de centre-ville ». « Nous avons notre cœur à gauche, il n’y a pas d’ambiguïté », reconnaît-il. A l’adresse de Ségolène Royal : « permettez-moi de vous sentir différente ». Il enchaîne, offensif, sur ses exigences : « Ce que veulent les habitants de ces quartiers, c’est d’être être Français à part entière et pas entièrement à part ». Evoquant la campagne présidentielle, il vise le candidat de droite : « Quand j’entends « la France, on l’aime ou on la quitte », pourquoi ne dit-on pas que ceux qui l’ont quittée pour payer moins d’impôt ne l’aime pas ? » ». Effet garanti sur une salle qui l’applaudit à tout rompre.

Vient le tour de Ségolène Royal. Les discriminations, elle connaît, à commencer par celles que subissent les femmes en politique. « Il est temps que la politique ressemble à la France dans la diversité de ses talents », déclare-t-elle. La veille à Nice, elle s’est prononcée pour « une identité nationale qui ne demandent pas aux citoyens d’où ils viennent mais où ils veulent aller ensemble ». A Villeurbanne, « vous n’êtes pas un problème, vous êtes une grande partie de la solution », indique-t-elle. Et de commencer par l’éducation. Figurent dans son programme le soutien aux familles en difficultés, l’accompagnement scolaire et la remise à niveau des services publics « là où il y en a le plus besoin ». « Il faut faire du sur-mesure et permettre les expérimentations dans les écoles et les collèges », propose-t-elle. Mais ces libertés pédagogiques iront de pair avec une évaluation des actions engagées. Selon son principe du « donnant-donnant », elle enjoint son auditoire à « se prendre en main ». Aux coupables de discrimination, Ségolène Royal se fait comminatoire : « seront rendus publics les noms des entreprises qui ne respectent pas l’égalité républicaine ». Autre proposition : qu’aucun jeune qualifié ne reste sans emploi plus de six mois au sortir de sa formation. Pour subvenir à la crise de l’habitat, Ségolène Royal affirme que l’Etat se substituera aux communes qui ne construisent pas de logement social. Et « les locataires qui ont toujours payé leur loyer pourront devenir propriétaires dans des conditions privilégiées ». En lien avec ses priorités sur l’environnement, la candidate socialiste regrette que les énergies renouvelables soient trop peu présentes dans les cités, alors même qu’elles réduiraient les charges locatives. « Une force est en train de se lever dans ces quartiers », conclut Ségolène Royal. « Je veux que vous soyez tous fiers d’être Français ». En réponse, le Parlement des quartiers se conclut par la Marseillaise, reprise par toute la salle.

FF

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