Archives de l'hebdo des socialistes
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Histoire : Les GAM, la démocratie participative avant l’heure

Les GAMLa démocratie participative prônée par Ségolène Royal suscite les critiques de la droite et les railleries d’une presse aux ordres,qui ne voudrait voir là qu’une démarche démagogique. Il est nécessaire de rappeler que la démocratie participative est de longue date au coeur du projet de la gauche,notamment par la création des GAM, groupes d’action municipaux.

Le slogan de François Mitterrand, « rendre le pouvoir aux citoyens », était constitutif du renouveau du Parti socialiste et de la gauche dans les années 1970. Il établissait le lien entre les utopies mobilisatrices de l’après-68 et la reconstruction du Parti qui avait vocation à amener la gauche au pouvoir.

Un des meilleurs exemples de cette volonté d’expertise citoyenne portée par la gauche fut la création des groupes d’action municipale, les GAM, dans les années 1960. Je suis fier que le premier GAM de France soit né à Grenoble et qu’il ait été à l’origine d’une politique municipale innovante, qui montra la voie à la décentralisation réalisée plus tard par Pierre Mauroy.

« Je suis devenu maire de Grenoble parce que ma femme devait se lever tôt pour chercher l’eau», se plaisait à résumer mon prédécesseur, Hubert Dubedout. Dans la capitale des Alpes, les services publics étaient si défaillants que l’eau ne montait pas dans les étages! Les militants associatifs qui se mobilisèrent sur cette action établirent bien vite un lien entre ce problème et l’inefficacité municipale, et donc la problématique de la gestion d’une ville. En 1963 le GAM de Grenoble était né, rassemblant des personnes venues de La Vie nouvelle,Peuple et Culture,Économie et Humanisme, la CFDT et les Unions de quartier. Deux ans plus tard, dans un contexte difficile, alors que la ville devait faire face à l’organisation des Jeux olympiques, le GAM remportait l’élection municipale et portait Hubert Dubedout à la mairie. Il avait triomphé des appareils classiques en raison de l’inadéquation de la réponse aux questions d’urbanisme, de développement et de démocratie locale qui se posaient aux citoyens. Ces questions étaient prépondérantes à la suite de la croissance économique et des modifications sociales profondes des trente glorieuses.

Si Grenoble, ville de chercheurs et de cols blancs,était prédisposée à anticiper ce mouvement, les GAM essaimèrent à partir de notre ville. Les GAM de Valence (Drôme) et de Chambéry (Savoie) – avec Louis Besson parmi ses premiers animateurs – virent bientôt le jour avant que le phénomène ne devînt national, tant il correspondait aux besoins sociaux de l’époque. L’immobilisme de la SFIO jusqu’au congrès d’Épinay et la rigidité du Parti Communiste avant la tentative d’eurocommunisme expliquent ces naissances de structures nouvelles. En 1971, il existait 150 GAM, qui participaient aux élections municipales.

Bien des responsables et militants des GAM ont rejoint le nouveau Parti socialiste dans les années 70 (Hubert Dubedout deviendra même le président de la Fédération des élus socialistes). De plus, la politisation nationale des scrutins municipaux, à partir de 1977, n’allait pas jouer en faveur de la pérennité d’associations de citoyens. Après les GAM, nés à côté et parfois contre les partis, on en vit certains se créer à partir du PS et du PSU. Il n’en existe plus qu’une trentaine aujourd’hui et aucun GAM n’est plus à la tête d’une grande ville de France. La raison en est simple : les équipes municipales socialistes sont les héritières de l’originalité de ces associations. Ce sont les GAM qui ont restitué aux pouvoirs locaux l’enjeu de faire avancer la démocratie pour tenir compte des besoins et des attentes des citoyens. Comme le déclarait le secrétaire général du GAM grenoblois, il s’agissait de se mettre au service des citoyens pour qu’ils reconquièrent le pouvoir dans leur cité. Le goût du concret,la volonté d’associer les habitants à la gestion municipale et, dans le même temps, la perspective socialiste dans laquelle s’inscrivaient les GAM, tout cela est bel et bien à l’origine de nos pratiques.Si le bilan de la participation électorale des GAM a été modeste, nous leur devons le renouvellement de notre projet urbain.

Bien sûr, la pratique des GAM n’était pas toujours prise au sérieux par la classe politique établie et les médias : la participation des citoyens aux décisions régissant leurs vies n’entrait pas dans les schémas de pensée habituels,mais elle n’en fut pas moins féconde et promise à un bel avenir. Etre socialiste en 2007, n’est-ce pas espérer que l’histoire se répétera à l’occasion de l’élection présidentielle ?

Michel Destot, député-maire de Grenoble

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