Archives de l'hebdo des socialistes
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Invitée de la semaine, Delphine Batho, secrétaire nationale du PS chargée de la sécurité, a répondu aux questions des internautes

Delphine BathoMalgré des tentatives de diversion, le gouvernement a bien du mal à masquer les chiffres alarmants de la délinquance, comme les questions d’internautes semblent le montrer. Ces questions traduisent également une profonde inquiétude des Français et interrogent Delphine Batho, secrétaire nationale du PS chargée de la sécurité, sur le projet socialiste en matière de prévention et répression.

Prochaine invitée : Martine Aubry, en charge des questions sociales au PS. Envoyez vos questions jusqu’au jeudi 28 à 12H à redaction@parti-socialiste.fr.

« Tout d’abord un grand merci à toutes et tous pour vos témoignages, vos questions, et pour votre participation à cette discussion. Plusieurs personnes m’ont demandé comment participer plus activement au travail du parti dans ce domaine. J’invite celles et ceux qui souhaitent apporter leur expérience à la commission nationale « sécurité » à nous contacter par mail : citoyennete@parti-socialiste.fr »

Delphine Batho

de : Policier 95

« Militant au PS, j’aimerais vous transmettre une réflexion sur le « ras le bol « des policiers sur mon département. Ce ras le bol a un nom :  » la sarkoze », depuis l’épisode du karcher à Argenteuil, les tensions et surtout la démotivation s’est répandue comme une épidémie. Les Policiers, qui sont déjà en sous effectif, ne comprennent pas les instructions, ou plutôt les manipulations du ministère. Ces instructions vont de l’interdiction de pénétrer dans les quartiers sensibles à la mise en place de quota pour l’interpellation des étrangers…. »

Delphine Batho : Merci et bravo pour ton témoignage qui vaut bien des longs discours sur l’échec de la politique de sécurité de la droite. Manque d’effectifs, pression de la culture du chiffre et de la statistique, abandon des cités, c’est en effet l’envers du décor du show médiatique auquel nous avons eu droit depuis quatre ans ! Les policiers qui exercent leur métier en banlieue font un travail de plus en plus difficile et manquent de reconnaissance.

de : Nathalieaffre

« A propos du projet de loi sur la délinquance, je suis très inquiète a propos des mesures concernant les personnes qui souffrent de troubles mentaux ; les malades qui font l’objet d’une hospitalisation sous contrainte vont ainsi faire l’objet d’un fichage national ? Nous régressons encore dans ce pays ou on entretient encore la confusion entre maladie mentale et violence. »

Delphine Batho : Bienvenu au PS et merci pour le communiqué de la Fédération Nationale des Associations de Patients et ex-Patients en Psychiatrie que tu nous as adressé en pièce jointe. Ton inquiétude est fondée car c’est en effet insupportable que l’on régisse l’organisation de la santé mentale dans un texte sur la délinquance. Nos sénateurs ont mené le combat lors de la discussion du projet de loi au Sénat. Nous préparons le débat qui va avoir lieu à l’Assemblée. Notre camarade Jean-Marie Le Guen, député de Paris, travaille particulièrement sur cette problématique qui t’intéresse. Nous nous opposons à l’ensemble de ce projet de loi dont le titre de « prévention » est usurpé (8 article sur 51…), et qui organise en réalité une fausse prévention et une vraie défausse de l’Etat sur les élus locaux en instaurant une confusion dangereuse entre le rôle des maires et celui de la justice.


de : Pierredeusa

« Pourquoi pour une très grande majorité des Français en matière de sécurité la droite à une meilleure image que la gauche ? La sécurité risque d’être encore le thème central des présidentielles. Comment gagner sur ce thème face au ministre de l’intérieur ?»

Delphine Batho : Tu poses plusieurs questions très importantes et même cruciales en quelques lignes. La réponse ne sera donc pas aussi brève…
1. Pour plusieurs raisons :
– Parce que la gauche a mis longtemps à revendiquer le fait que la sécurité est une valeur de gauche ! Aujourd’hui, cela va de soi parce que ce sont les plus faibles qui sont le plus victimes de l’insécurité et qui ont le plus besoin de protection.
– Parce que notre bilan entre 1997 et 2002 n’était pas bon dans ce domaine, que nous avons donné l’impression de ne pas accorder suffisamment d’importance à la sécurité, malgré des innovations importantes (police de proximité, contrats locaux de sécurité) et des moyens substantiels (+6000 policiers, +30% pour le budget de la justice).
– Parce que bien que nous ayons collectivement tiré de tout cela des leçons importantes, nous nous livrons parfois à des débats entre socialistes qui donnent l’impression que nous ne sommes pas tous d’accord pour faire de la lutte contre l’insécurité une priorité essentielle (alors même que c’est inscrit dans le projet socialiste et que nous avons unanimement adopté la doctrine : dur avec la violence, dur avec les causes de la violence). Une équipe de foot ne peut pas gagner un match si les joueurs passent leur temps à discuter des choix tactiques une fois sur le terrain !
Mais je crois que les choses sont entrain de bouger. Nous nous pouvons aussi nous appuyer sur la légitimité des maires socialistes de banlieues, qui ont été en première ligne lors des événements de novembre 2005 et qui font au quotidien un travail remarquable.
Nous ne devons pas avoir de complexe car le temps où la droite pouvait donner des leçons en considérant qu’elle avait le monopole de la sécurité est révolu. Jamais la société française n’a été aussi violente, et c’est le résultat direct de la faillite de son action.
2. Oui, la sécurité sera – non pas le seul – mais un des thèmes de la confrontation de 2007. Pas seulement parce que le candidat de la droite sera Nicolas Sarkozy, mais surtout parce que la situation, dans les banlieues, en particulier est explosive. Des actes de violences graves peuvent donc à tout moment occuper le centre de l’actualité, et créer un climat émotionnel dans le pays.
3. Nous ne devons pas redouter la confrontation sur la sécurité mais nous en emparer. D’abord pour dire, décrire, exemples à l’appui, la vérité que le gouvernement cherche à cacher avec des mensonges (voir le témoignage de Policier 95) car elle témoigne de l’échec de Nicolas Sarkozy. Ensuite et surtout, nous devons montrer que nous avons des solutions nouvelles pour rendre la police et la justice plus efficaces, mais aussi que le combat contre l’insécurité doit être mené de front avec celui contre les injustices sociales et éducatives, sans quoi la violence s’exacerbe. Ce n’est pas la prise en compte de la gravité des souffrances entraînées par l’insécurité qui fonde la différence entre la gauche et la droite (il ne faut pas tomber dans ce piège), ce sont les solutions qu’on y apporte. Et nous devons convaincre que nous sommes prêts à affronter, à maîtriser, et à endiguer la montée de la violence si nous gagnons les élections, car nous hériterons alors d’une situation dramatique. Cette combativité des socialistes est indispensable pour reconquérir les catégories populaires, et pour éviter que l’extrême – droite ne bénéficie de la faillite de la droite.

de : paskal.henri

« Je viens d’entendre à la radio « inter » que 77% des Français sont d’accord avec la réflexion sarkozienne sur le manque de sévérité des tribunaux. Vaste programme? Envoyer les mômes en tôle est pire que tout, l’impunité et le laxisme est pire que tout. Alors il y a extrême urgence à développer massivement les centres de rééducations et d’apprentissage fermés avec pour les plus virulents un encadrement militaire. Société pluraliste oui, mais avec un socle de civisme et de moralité solide quitte à se substituer à un encadrement parental et monoparental défaillant. Certes on est loin d’un droit de l’hommisme à tout crin mais je pense qu’il y à des circonstances où il faut prendre ses responsabilités afin d’éviter le délitement de la société.
Cet avis est majoritairement partagé dans ma section le laxisme à fait trop de tort à la gauche. Etre de gauche c’est d’abord d’être anti-libéral et un choix économique afin d’aller sans contraintes matérielles trop rigoureuses vers l’épanouissement personnel »

Delphine Batho : Attention avec ce sondage car la question induisait la réponse… c’est comme si on avait demandé « pensez-vous qu’il faut être sévère avec les délinquants ? », tout le monde à tendance à répondre oui ! En fait, Sarkozy a ouvert une polémique sur la justice pour éviter le vrai débat sur son bilan mis en cause par la note du Préfet de Seine-Saint-Denis et de l’agression des deux CRS à Corbeil. C’est toujours sa tactique d’ouvrir un autre front médiatique lorsqu’il est en difficulté. Il faut dénoncer cette manœuvre.
Tu as raison de dire qu’il faut sortir de l’alternative prison / impunité. Il faut développer d’autres sanctions rééducatives, surtout pour les mineurs. C’est ce qui figure dans notre projet au travers du développement des centres éducatifs et des chantiers d’apprentissage. Lorsqu’un mineur commet un acte de délinquance, il faut que la sanction intervienne tout de suite. C’est ce que nous appelons la précocité : mettre en œuvre tout de suite une sanction appropriée, qui permette de remettre l’adolescent sur de bons rails, et ne pas attendre qu’il s’enfonce encore plus dans la délinquance, en commettant des actes de plus en plus graves avec ensuite pour seule solution de le mettre en prison (70% de récidive à la sortie…).
Par rapport à ta dernière réflexion, dans le refus de l’ultra – libéralisme, il y a le refus du laisser faire et de la loi du plus fort qui ne produit que des désordres. La gauche doit rétablir et faire respecter des règles pour protéger les plus fragiles.

De : Jean-Claude Peoc’h
« Quatre ans après le retour de la droite au pouvoir, le bilan statistique de la délinquance n’est guère meilleur que celui du gouvernement Jospin en 2002. C’est une leçon d’humilité pour l’ensemble de la classe politique. Selon vous, quelles sont les raisons qui expliquent la difficulté pour tous d’endiguer l’inflation des infractions pénale ? Pour améliorer l’efficacité des gouvernants en matière de lutte contre la délinquance, quelles nouvelles mesures, qui n’ont jamais été essayées, préconisez-vous ? »

Delphine Batho : Pourquoi l’insécurité a résisté et s’est aggravée malgré 20 ans de politiques publiques ? Preuve est faite malheureusement qu’il ne suffit pas de tenir des discours volontaristes et de faire de l’activisme médiatique pour que cela ait un effet sur la réalité. En fait, il n’y a jamais eu de mobilisation générale à la hauteur de la profondeur du problème et de ses causes, qui ont été sous-estimées. La montée de la violence n’est pas un phénomène conjoncturel, c’est la conséquence des bouleversements de la société française : accumulation de la misère sociale, ségrégation urbaine et scolaire, déclassement des catégories populaires et moyennes, perte des repères éducatifs, crise de l’autorité et de la civilité du fait de la prégnance des valeurs libérales et du consumérisme, absence de perspectives d’avenir pour la jeunesse… Il faut pouvoir s’attaquer de front à tous ces aspects, d’où la nécessité d’une mobilisation générale. L’enjeu dépasse donc largement des mesures techniques pour la police ou la justice : il faut déployer une action d’ensemble, totale, fondée sur la nécessité de rétablir des valeurs de respect de la personne humaine.
L’autre problème est que souvent les gouvernements –surtout la droite – remettent en cause ce qui a été fait par les gouvernements précédents (exemple : la police de proximité supprimée) alors qu’il est impératif d’avoir une continuité de l’action de tous les services publics, qui souvent ont été en permanence déstabilisés par des changements de dispositifs.
Ce qui n’a jamais été essayé en France, c’est d’établir une stratégie nationale de lutte contre la violence comportant des priorités d’action très concrètes (par exemple l’éradication des violences scolaires, le fait de rétablir la confiance des victimes envers la justice et la police alors que 2 victimes de violence sur 3 ne portent pas plainte, de réduire les inégalités en affectant les effectifs de policiers – en quantité, et en qualité – prioritairement là où la délinquance est endurcie etc), avec une méthode d’évaluation très régulière des résultats, et des moyens conséquents (notamment des moyens humains). Ce type de stratégie, faisant de la lutte contre la violence une grande cause nationale, a été mise en place avec des résultats probants par exemple au Canada. L’autre élément essentiel de cette démarche, c’est la précocité d’action : il faut intervenir très en amont des problèmes. Pour reprendre l’exemple canadien, ils ont calculé qu’un dollar investi dans des mesures de prévention très précises économisait ensuite à la collectivité sept dollars du fait des dégâts évités de l’insécurité (conséquence néfastes sur l’activité économique, sur la santé des victimes, coût de l’augmentation des dispositifs de police et de sanction, etc).

De : Sylvie Beuchat

« Pourquoi le message fort impliquant l’éducation nationale et la société civile autour pour résoudre en amont les problèmes d’incivilités ne passe -t-il pas? Pourquoi faire de la répression la seule solution audible alors que c’est la dernière de la liste?»

Delphine Batho : Je ne suis pas convaincue que ce message ne passe pas. En revanche, ce qui ne passe pas c’est un discours qui consiste grosso modo à dire aux gens que l’on va prendre des mesures qui auront un impact sur la délinquance dans longtemps et qu’il faut attendre un hypothétique avenir meilleur. Ça c’est inaudible, parce qu’en attendant il faudrait accepter de supporter une insécurité insupportable, et lorsqu’on vient de se faire voler ou agresser on attend une réponse immédiate. Nos concitoyens savent que les problèmes de sécurité ne vont pas se régler d’un coup de baguette magique et sont tout à fait prêt à entendre cette vérité qu’il faut s’attaquer aux problèmes d’éducation et de civisme en profondeur, ils savent aussi que la prison n’est pas la solution, ils peuvent souscrire à notre message sur l’éducation et la civilité à la condition que l’on fasse preuve d’une fermeté sans faille lorsqu’un acte de délinquance est commis.

de : Sylvie Baillon Goulouzelle

– Dans le projet socialiste, il y a t-il une vraie volonté politique de lutter contre les causes de l’insécurité : discrimination à l’embauche, chômage, violence vraie et symbolique…
– Monsieur Hollande ou d’autres reproduiront-ils des visites comme Argenteuil ? (je trouve cela très bien)
– La Justice aura-t-elle de vrais moyens ?
– Comment le PS se positionne-t-il quant au rapport de l’Observatoire International sur les Prisons : c’est une honte pour notre pays …
– Quant est-ce que le PS sera-t-il plus clair dans son discours pour ne pas faire l’amalgame entre sans papiers et clandestins ? Et le rapport avec l’insécurité ? Sarkozy a tellement monté d’un cran dans la démagogie et le populisme que j’attends du PS beaucoup de rigueur et de hauteur dans sa campagne, quand il aura fini de se prêter au jeu de la peopolisation de la politique.

Delphine Batho : Pour répondre dans l’ordre à tes questions
1. Dans le projet socialiste, il y a une volonté de combattre avec la même fermeté la délinquance et ses causes. Il ne faut pas opposer la prévention et la répression. La sanction est incontournable face à un acte délictueux. Mais pour être efficace, pour produire une sécurité durable, la lutte contre la violence doit bien sûre être adossée à un projet de société pour lutter contre les ghettos et la précarité, améliorer l’éducation, permettre à chacun de construire sa vie. La politique de la droite ne s’est attaquée ni à la délinquance endurcie, ni à ses causes. Toute sa politique fabrique de la violence. Et son projet de société, c’est le modèle américain.
2. Bien sûr. Au quotidien, les socialistes militent dans les quartiers populaires. Symboliquement c’est important d’être présent, d’être aux côtés et à l’écoute des attentes des habitants, d’adresser un message de respect et d’espoir.
3. C’est l’engagement que nous avons pris. Nous avons évalué à 2,8 milliards d’euros les moyens supplémentaires qu’il faudra d’urgence engager pour réformer la justice et notamment la justice des mineurs.
4. De nombreux élus socialistes soutiennent l’OIP dans son combat. Il y a actuellement des Etats Généraux de la condition pénitentiaire dont nous suivons les travaux attentivement. Depuis les rapports des deux commissions d’enquêtes parlementaires, les conditions de détention se sont encore dégradées sur fond d’inflation carcérale. Elles sont criminogènes et favorisent la récidive. C’est pourquoi, outre l’amélioration des conditions de détention, la priorité doit être de développer pour certains délits des sanctions alternatives à l’incarcération.
5. La position du PS est claire ! Nous sommes favorables à des régularisations fondées sur des critères. Juridiquement un sans-papiers et un « clandestin » recoupent la même situation, mais on emploie le terme de sans-papiers pour ceux qui sont souvent dans des situations humaines et juridiques inextricables (ni régularisables, ni expulsables) du fait de leur intégration dans la société française (par exemple les enfants scolarisés et leurs parents aux côtés desquels nous sommes mobilisés). Quant à la question du rapport avec l’insécurité, l’amalgame est dangereux. Ce qui a en revanche un rapport avec la montée de la violence, c’est la ghettoïsation ethnique qui frappe d’ailleurs autant des ressortissants Français que des étrangers.
Enfin ton attente est largement partagée par les militants : nous ne devons pas être paralysés par nos débats internes et être unis pour combattre la droite dès maintenant !

De : NSEMAZEMA

« S’il convient de ne pas laisser le thème (et surtout le sentiment) d’insécurité à la droite, ne faut-il pas éviter de s’engouffrer dans l’abîme populiste des faits divers médiatisés ? La délinquance globale baisse mais la violence aux personnes augmente . Pourquoi ? N’est-ce pas le symptôme d’un syndrome qui n’est plus seulement économique et sociale mais souvent ethnique, racial, et/ou communautarisme (cf les révoltes de novembre) ? Quel autre choix est-il laissé aux 16-25ans exclus du marché du travail et du RMI que la délinquance, le deal et tous les autres activités illicites ? Nécessité d’une allocation d’autonomie ?
La violence aux personnes et aux biens semble s’être déplacée quant à son centre de gravité géographique et social. En effet elle semble s’exercer de plus en plus en plus dans les ghettos socio-économiques, de la part des exclus (40% des 16-25ans) sur les « working poors ». D’où l’efficacité de la propagande Lepeno-sarkosiste sur un ex-électorat PC. Ne faut-il pas expliquer, encore et encore, que l’insécurité des personnes et des biens qui touche en effet les plus défavorisés, est le produit d’un accroissement des inégalités et si l’on veut « chiraquer » un peu, d’un déplacement inquiétant vers le bas de la « fracture sociale » ? Si cela peut permettre de comprendre (relier et distinguer) les différents phénomènes d’insécurité, cela ne peut justifier et encore moins excuser les violences contre les personnes qui doivent être sanctionnées dans le cadre des lois. Mais ne faut-il pas même s’il convient de leur enlever momentanément la liberté de nuire socialement éviter de reléguer des jeunes (y compris récidivistes) dans un milieu carcéral pathogène ? Ne faut-il pas créer d’urgence des centres fermés de réinsertion pour éviter que le souci uniquement répressif n’engendre ce qu’il prétend combattre : la récidive ? »

Delphine Batho : J’ai déjà répondu aux derniers aspects de ta question dans les précédents messages, en particulier sur l’articulation entre une politique de sécurité de gauche ferme contre la délinquance, et notre projet de société plus global car en effet tout est lié. De même en ce qui concerne l’inflation carcérale et la récidive, et la nécessité de sanctions différentes de la prison.
Pour la gauche, parler de la sécurité ce n’est pas faire de la démagogie, mais dire la vérité sur ce que vivent les catégories populaires. Nous ne nous réjouissons pas lorsque tel ou tel acte de violence se produit et nous ne l’exploitons pas comme la droite le faisait lorsque nous étions au gouvernement. Par contre, c’est notre devoir de dire que sa politique ne marche pas et qu’aujourd’hui la situation est encore plus grave qu’en 2002.
Est-ce que cette montée de la violence renvoie à un problème ethnique ? Ce n’est pas comme cela que je le formulerai. En fait, la violence est le produit de l’accumulation et de l’addition d’inégalités sociales et de discriminations ethniques, sur fond d’installation des valeurs ultra-libérales du chacun pour soi et du consumérisme. On assiste à des formes d’ethnicisation de la violence parce que ce qui produit la violence c’est la ségrégation ethnique et d’enfermement social et urbain de certaines catégories de la population dans des ghettos.
En revanche, je ne suis pas d’accord pour dire que ceux qui deviennent délinquants n’ont « pas d’autres choix ». Il y a des conditions sociales qui favorisent la délinquance, mais il y a aussi une responsabilité individuelle de celui qui passe à l’acte et celle-ci ne doit pas être éludée. Tous les jeunes qui vivent dans des cités ne sont pas des délinquants !
Enfin, tu as raison d’évoqué les inégalités face à l’insécurité : aujourd’hui ceux qui vivent en HLM et les jeunes de moins de 30 ans sont deux fois plus victimes d’agressions que le reste de la population. En quatre ans l’insécurité s’est endurcie et concentrée géographiquement.

De : Mme SEVESTRE

« Que pensez-vous de l’analyse de Sarkozy sur la justice ? Personnellement j’ai appris à mes dépend que la justice indépendante et séparée du pouvoir est indispensable mais ça n’est pas le cas. Les juges intouchables et dont la RC ne peut être recherchée sont très souvent caractériel et imbu de pouvoir.
Dans le cadre de mon travail j’ai travaillé quelques années en collaboration avec le Tribunal de Montpellier et j’ai assisté à des présentations de délinquants quelque fois récidivistes, le Procureur leur faisait un discours très laxiste en les faisant promettre de ne plus recommencer et les policiers étaient obligés de relâcher l’individu. Comment voulez vous que ces agents de l’Etat ne soient pas écoeurés. Attention beaucoup de laxisme en bas, ne retombez pas dans l’angélisme passé, les électeurs vous attendent sur ces questions sensibles : immigration et sécurité et vos réponses claires et franches détermineront une large frange de votants.»

Delphine Batho : Il n’y a pas « d’analyse de Sarkozy » sur la justice mais une diversion pour échapper à l’examen de son bilan. Maintenant c’est exact qu’il y a une crise majeure de l’institution judiciaire, ce qui ne signifie pas que les magistrats seraient des fainéants ou autres « démissionnaires ». Ce n’est pas en insultant des professionnels qui font leur travail du mieux qu’ils peuvent avec les moyens du bord qu’on règle les problèmes. Et ce n’est pas non plus en dressant la police contre la justice et vis versa que notre pays va gagner en efficacité dans la lutte contre la délinquance.
En réalité, le système judiciaire est totalement engorgé par une délinquance massive. Il n’a pas été dimensionné pour faire face à l’ampleur des problèmes. Du coup, les décisions prononcées relèvent de plus en plus souvent d’une justice d’abatage, expéditive, où ce qui compte est la quantité de décisions rendues et non pas leur qualité, leur bien fondé, l’impact qu’elles vont avoir sur ceux qui ont commis des délits (dans certains tribunaux, les juges ont exactement 5 minutes pour examiner un dossier et prononcer un jugement !). La justice des mineurs traverse une crise encore plus importante. Elle manque cruellement de moyens, ce qui abouti à ce que lorsqu’un mineur commet un délit, dans 60% des cas il ne sera jugé qu’une fois devenu majeur, ce délai enlève toute vertu pédagogique à la sanction. Il en va de même des admonestations que vous évoquez et qui sont prononcées parfois pour des délits qui mériteraient largement une sanction plus sérieuse. Mais l’enjeu actuel n’est pas de changer la législation pour durcir les sanctions, mais de réformer la justice et de lui donner les moyens de faire son travail pour appliquer réellement les lois qui existent. La droite est largement responsable de l’aggravation des dysfonctionnements de la justice. J. Chirac promettait « l’impunité zéro » en 2002. En quatre ans le gouvernement a fait voter six lois pour durcir les sanctions, dont quatre réformes de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs, et cette fuite en avant législative a été d’une inefficacité totale.

De : Claude Fourtune

« Face à la mise en marche du contre-feu sécuritaire par notre agité du bocal, le Sinistre de l’intérieur, le PS doit prendre conscience que la sécurité, fer de lance de la communication de Sarkozy depuis de nombreuses années, peut au vu de son désastreux bilan, devenir son vrai talon d’Achillen ce dont il est apparemment lui-même conscient. Faut-il qu’il soit inquiet de la tournure que prennent les évènements, pour qu’il en remette une couche sur un sujet dont les enquêtes d’opinion montrent qu’il est actuellement passé en queue de peloton des 3 principales préoccupations des Français.
http://www.tns-sofres.com/etudes/pol/barofigmagsofres.htm#2
Faut-il qu’il sente la nécessité d’allumer un contre-feu pour masquer l’échec de sa propre politique répressive, tel qu’il est traduit par la montée continue et systématique des statistiques de la délinquance dans la période ou il avait pourtant la haute main sur la police et la justice (via les sous secrétaires d’état à la surveillance des sceaux (des sots ?), les bien nommés Dominique Perben et Pascal Clément).
Faut-il aussi qu’il soit assez aveugle pour ne pas avoir compris que le maniement du thème sécuritaire n’a pas empêché Chirac de se ramasser sa pire gamelle électorale au 1er tour de 2002 (je passe néanmoins pudiquement sur la suite), les 2 décennies passées nous ayant enseigné à notre corps défendant que l’électeur préfère systématiquement l’original (le FN) à la copie. Faut-il donc qu’il se sente contestable sur son propre bilan pour en appeler une fois de plus à la peur plutôt qu’à la raison (paléocortex contre néocortex ?). Et souhaitons donc, pour une fois, et pour casser la mécanique de ce contre-feu, que la communication de la gauche (et surtout du PS, bien entendu) ne s’oriente pas elle aussi dans le sens d’une fuite en avant sécuritaire, communication qui serait à nouveau un contresens dès lors que sa crédibilité n’est pas, à tort ou à raison, assurée dans l’opinion sur un tel sujet.
-> Souhaitons que le message s’appuie d’abord sur l’inefficacité avérée de la réponse de type tout-sécuritaire à la Sarkozy, et envisage de rechercher d’autres solutions de long terme. Peut-on en effet accepter d’aller vers une solution à l’Américaine, où la réponse aux problèmes sociaux est trop souvent simplement carcérale, ce qui mène 2% ( !) de la population des Etats-Unis en permanence derrière les barreaux ?
-> Souhaitons que l’indépendance de la justice soit bien revendiquée comme le pilier de la démocratie qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être, mais aussi que les moyens de son fonctionnement lui soient enfin réellement attribués afin de lui permettre de diversifier ses actions de prévention, d’accompagnement éducatif, et même de politiques répressives diversifiées (réelles alternatives à la prison, entre autres).
-> Souhaitons que le lien entre conditions d’existence au quotidien, perspectives d’avenir, et tentations délictuelles ne soit pas nié sur l’autel du  » réalisme politique  » comme il nous a malheureusement été donné de l’entendre dans un passé pas si lointain.
-> Souhaitons qu’il soit aussi rappelé que nous vivons dans un grand pays démocratique, dont les statistiques d’actes délictueux ne trahissent pas une situation plus dramatique que celle de tous nos voisins, et où les conséquences économiques directes de la délinquance  » en col blanc  » sont autrement plus importantes que celle des voleurs de portables
-> Souhaitons qu’il soit rappelé que 80 % des plaintes reçues par la Police ne sont pas traitées par la justice, tout simplement parce que la Police (sous tutelle de qui-vous-savez, Ministre de l’Intérieur) ne juge pas utile de transmettre au Parquet ces 80% de plaintes.
-> Souhaitons enfin qu’il soit inlassablement rappelé que le taux de policiers par habitant est 6 fois plus élevé dans Paris intra-muros qu’il ne l’est dans notre neuf-trois ! Sans aucunement nier la réalité du problème de la sécurité des personnes et des biens, notamment dans les zones où sont concentrés les moins favorisés d’entre nous, souhaitons néanmoins qu’un discours argumenté et qui puise réellement dans nos valeurs socialistes et républicaines fasse que les résultats de la prochaine présidentielle ne se jouent pas à nouveau uniquement sur la peur. Cordialement»

Delphine Batho : Voilà donc une contribution au débat bien plus qu’une ou des questions. Je partage bien des points (voir mes autres réponses). Sauf sans doute la relativisation de la gravité de la situation française en matière de montée de la violence contre les personnes. Et si l’exemple doit venir d’en haut, la grande délinquance financière n’est pas un argument qui rend moins grave ou moins insupportable l’insécurité quotidienne. Tu peux voir les autres réponses également en ce qui concerne la façon dont nous devons assumer le débat sur l’insécurité et affirmer une politique de sécurité de gauche dans la bataille de 2007.

De : Martel Claudine de Noiseau (Val de Marne)

– Plutôt que d’envoyer les jeunes délinquants en prison (ce qui ne les « guérit » pas, et ce dont ils se feront une « gloire » dans leur quartier en sortant !), pourquoi ne pas leur faire faire leur peine dans le cadre de « travaux d’intérêt général », tels que : nettoyage des tags, réparation des dégradations diverses (surtout pas de missions auprès de personnes « vulnérables » … trop risqué !), entretien des parcs et espaces verts, etc …. – Ce serait beaucoup plus utile qu’un séjour en prison, ils ne « frimeraient » pas face à leurs « amis » et n’encourageraient pas ces derniers à les imiter ! ça vaut aussi pour les mineurs … qui, on le sait malheureusement, ne sont pas « manchots » non plus. Qu’en pensez-vous ?

Delphine Batho : Sur la première question, effectivement la sanction par la réparation doit être massivement développée pour certains délits et notamment les atteintes aux biens. Cela a bien des vertus pédagogiques. C’est le sens aussi des chantiers d’apprentissage que nous préconisons.

De : moretti.marino

Nicolas Sarkozy dit : le tribunal ne fait pas son travail, résultat la délinquance des mineurs explose en seine Saint Denis. Le tribunal rétorque que c’est la police. N’est-il pas un peu trop facile de ne pas donner les moyens d’actions à la police et aux tribunaux et ensuite de dire qu’ils ne font pas leur travail ou qu’ils démissionnent ? Et puis il y a un sondage qui dit que les français y compris à gauche, donne Sarkozy n°1 pour régler les problèmes d’insécurité et Ségolène Royal très loin derrière. Jusqu’où ira la désinformation ? »

Delphine Batho : Effectivement c’est « trop facile », c’est une manière de ne pas rendre des comptes lorsqu’on est ministre de l’intérieur depuis 4 ans. Quant au débat sur les médias, il faudra autour des socialistes une mobilisation populaire très forte pour que les clefs de l’élection présidentielle de 2007 ne soient pas tenues par ceux qui détiennent l’argent et le pouvoir médiatique.

De : lugaxelm

« Etant concerné par la sécurité intérieure (Officier de Police) et ancien de la section entreprise du ps du ministère de l’intérieur (1995), j’aimerais savoir si une telle structure existe tjs et qui puis-je contacter ?»

Delphine Batho : Oui bien sûr et les renforts sont bienvenus ! Tu peux me contacter par mail comme tous ceux qui veulent participer à la réflexion et à la mobilisation socialiste sur la sécurité : citoyennete@parti-socialiste.fr.


De : Rolger13

« « Les français massivement d’accord avec Sarkozy » c’est le résultat de l’enquête de l’Ifop révélée par le Figaro. Une fois de plus la provocation et le populisme du Ministre de l’Intérieur lui permettent de gagner des points au détriment, bien sûr, de l’intérêt général et du respect des institutions.
Pendant ce temps les socialistes, toujours gênés par les questions de sécurité, se contentent de quelques contre-propositions sur une « démarche globale fondée sur la précocité de la prévention et de la sanction ».L’idée est sans doute généreuse, est-elle pour autant à la hauteur des espérances de nos concitoyens qui veulent du concret, ici et maintenant ?
Faut-t-il donc, en ce sens, laisser la parole à la droite qui comme le fait Serge Dassault propose « au lieu de punir d’avantage, de s’attaquer aux raisons qui font qu’autant de jeunes sombrent chaque année dans la délinquance »? Et de proposer de lutter contre l’oisiveté dangereuse des jeunes en contraignant les patrons à fournir des formations aux mineurs qui seraient dans l’obligation de les accepter (Figaro Magazine n°3). Il paraît que l’idée a séduit, à droite comme à gauche. Reste à connaître l’utilisation qui peut en être faite.»

Delphine Batho : Le document que tu évoques, c’est le projet socialiste qui comme son nom l’indique est un projet – c’est-à-dire les grandes orientations et objectifs de la mandature – et non pas un programme concret de législature. Ceci étant il comporte des propositions assez précises comme le renforcement drastique de l’encadrement adulte dans les établissements scolaires, ou encore l’affectation des policiers les plus expérimentés dans les endroits les plus difficiles. Nous sommes maintenant engagés dans l’élaboration de cette seconde phase, avec des propositions très précises sur chacun des points abordés par le projet. Il est tout à fait exact qu’en matière de sécurité, étant donné le discrédit et l’inefficacité relative de bien des choses qui ont été tentées jusqu’ici, les discours généraux ne suffisent pas pour convaincre, il faut pouvoir les illustrer par des exemples et des actions précises.

De : Claude Bouchafa

« Comme on le sait la lutte contre la délinquance des jeunes repose sur 3 volets indissociables :La prévention, la sanction et la réinsertion.
Pour la sanction, nous avons comment il faut faire (l’avertissement, centre d’éducation, travaux d’intérêt général, …. et pour finir la prison pour des faits graves) , le problème c’est d’avoir le courage de mettre les moyens financiers, humains, matériels, locaux.
Pour la prévention, je souhaiterai connaître tes propositions concrètes, réalistes qui devront s’avérer efficaces sur les points suivants :
– l’ennui , la solitude des jeunes
– le combat contre la drogue dans son ensemble
– la lutte contre l’alcoolisme- les diverses discriminations (raciales, physiques, territoriales)
– l’échec scolaire qui amène souvent à la délinquance
– le problème du logement et de la promiscuité des appartements
– l’environnement (le bruit, la saleté, les immeubles mal entretenus,…) qui ne permet pas l’épanouissement des jeunes des cités
– les jeunes en difficulté ou en mésentente avec leurs parents ou bien les parents avec leurs enfants
– les jeunes ayant des problèmes psychologiques
– les familles déstructurées ou déstabilisées qui ont des difficultés pour élever correctement leurs enfants
– la pauvreté
– les jeunes en recherche d’idendité qui risquent d’en trouver une dans l’intégrisme islamique pour certains
– le manque de qualification professionnelle qui fait que ces jeunes ne trouvant pas un emploi peuvent voler, être dans le trafic de drogue, …..
– le trafic d’armes et la possession d’armes d’un certain nombre de jeunes dans les cités.
– Les incivilités
– les problèmes de santé
– la situation des filles dans certaines cités
– les jeunes SDF et aussi pour la réinsertion dans la société des jeunes qui ont effectué leur sanction.
Je pense en tant que socialistes, ce qui doit nous différencier de la droite libérale, la droite réactionnaire et l’extrême – droite ce sera de montrer nos capacités à promouvoir, à défendre une véritable politique de prévention en s’attaquant aux véritables causes des diverses insécurités ( emploi, logement, santé, la scolarité….). Nous socialistes, nous ne pouvons pas accepter, tolérer des cités ghettos et de voir des jeunes ayant comme avenir cité béton – prison ou de galérer toute leur vie . »

Delphine Batho : Vaste programme ! Tu m’interroges sur de trop nombreux sujets à la fois. Et je crois qu’en politique tout n’est pas dans tout. Il faut distinguer ce qu’on appelle un peu pompeusement la « prévention primaire » c’est-à-dire tout ce qui contribue de fait à l’épanouissement social, éducatif et personnel (notre politique éducative, de la jeunesse, pour l’insertion professionnelle, la mise en place d’une grande politique de santé publique préventive luttant contre des maux tels que l’obésité, l’alcoolisme dans la jeunesse et les addictions, notre politique familiale pour soutenir les parents et restaurer l’autorité parentale, la lutte contre les ghettos et les discriminations qui fabriquent du communautarisme etc) de ce qui est véritablement une politique de prévention de la violence qui doit être beaucoup plus ciblé sur certains problèmes (dérive de certains enfants dans des comportements violents, sexisme contre les filles par exemple) ou certains facteurs de risque que tu évoques. Sur ce point, ma réponse à la question suivante aborde le même sujet.

De : nivolies.mado

« Quelles solutions pensez-vous trouver pour endiguer la violence chez les jeunes ? Cette violence qui parfois se manifeste dès la petite enfance, même dans des familles dîtes sans problème. »

Delphine Batho : Je crois que l’enjeu essentiel en matière de prévention, c’est d’intervenir de façon précoce lorsqu’on voit qu’un enfant s’enfonce dans l’échec scolaire, l’absentéisme et des attitudes qui sont les signes annonciateurs d’une possible délinquance. Nous voulons généraliser les cellules de veille éducative, avec un suivi continu, dans la durée, d’un ensemble de professionnels appuyant les équipes éducatives, pour remédier aux problèmes et aux souffrances qui sont à l’origine de cette trajectoire et les en sortir, en associant s’il le faut un suivi de l’ensemble de la famille. Au-delà, il faut faire de l’éducation au civisme, au respect de la personne, une réelle priorité. Nous pourrions par exemple développer ce qui existe là encore au Canada, en matière d’éducation à la « gestion des conflits », c’est-à-dire le fait d’apprendre aux enfants à régler les différents par la parole et non pas par la violence.

De : H.Stref

« Pourquoi le PS s’évertue t-il à entrer dans le jeu de Mr. Sarkozy ?: Je dirai même à s’engouffrer dans le piège médiatique organisé et planifié par Mr. Sarkozy par des déclarations épistolaires sans fin sur un sujet des plus subjectifs auprès des Français…?
Je pense qu’il faut ignorer et s’écarter de ce piège permanent qui a été une cause de la perte de la gauche au 1°tour en 2002.
Si vraiment on nous interpelle sur le sujet je suggère que l’on demande la démission sur l’échec de Mr. Sarkozy…Que la France a connu des émeutes sans pareil depuis près de 30 Ans sous Mr. Sarkozy…Que notre pays est toujours sous état d’urgence avec Mr. Sarkozy…
Que Mr. Chirac arrête Mr. Sarkozy de monter l’opinion publique contre l’état à des fins électorales… Que l’on juge Mr. Sarkozy pour incitation à la haine et à la violence… Et par pitié que l’on arrête de se prêter à son jeu. »

Delphine Batho : Les socialistes ne se prêtent à aucun jeu, à fortiori pas à celui de Monsieur Sarkozy. Parler de la sécurité ce n’est pas courir derrière l’adversaire, c’est parler de ce que vivent les personnes modestes qui vivent dans les grands ensembles urbains et qui attendent de la gauche qu’elle regarde en face la réalité des problèmes. Bien sûr, les problèmes d’insécurité ne se posent pas avec la même acuité partout sur nos territoires, en particulier dans le monde rural. Mais c’est un sujet objectif. 27% d’augmentation de la violence depuis 2002 selon les statistiques tronquées du ministère de l’intérieur, c’est un fait de société qui n’est pas seulement médiatique ou que sais-je, mais qui traduit une réalité vécue par la population et au sujet de laquelle, oui, les socialistes sont quotidiennement interpellés dans certains quartiers.


De : Colette

« – 1° : Est-ce que le parti socialiste (et son futur candidat) ont des propositions précises à faire sur la police de proximité qui, à mon avis, est une composante de la prévention de la délinquance notamment des jeunes ?
2° : Que peuvent proposer les socialistes concernant les centres d’éducation fermée ou autres modes d’éducation comme alternative pour les jeunes qui sont en devenir de délinquance et n’ont plus leur place dans les établissements de l’éducation nationale dont ce n’est pas le rôle de faire de la répression ? »

Delphine Batho :
– Oui. Nous voulons rétablir une sécurité publique de proximité, c’est-à-dire revenir sur la suppression de la police de proximité faite par la droite. Mais nous voulons aussi tirer les leçons de ce qui fonctionnaient mal, ou qui était insuffisant, dans la réforme que nous avions engagé. Il faut d’abord donner une vraie priorité aux quartiers qui manquent le plus de policiers dans l’affectation des effectifs. Il faut ensuite que ces effectifs, notamment en région parisienne, ne soit pas des jeunes fonctionnaires sortant d’école mais des policiers chevronnés, rémunérés à la hauteur de la difficulté de la tâche, et incités à rester durable travailler là où c’est plus difficile. Enfin, il faut qu’elle soit dotée de moyens d’enquête judiciaire substantiels pour pouvoir réunir les éléments de preuves qui permettent de démanteler les réseaux organisés d’économie souterraine. La police de proximité doit faire de la répression et de la dissuasion, mais son rôle n’est pas la prévention, sauf dans le sens où effectivement il y a urgence à rétablir une relation pacifiée entre les jeunes (qu’il ne faut pas assimiler aux délinquants) et la police nationale.

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