Afghanistan : enlisement dans un conflit sans fin

Le 2 avril 2008

Les renforts militaires français en Afghanistan, annoncés par Nicolas Sarkozy depuis la Grande-Bretagne le 27 mars ont été l’objet d’un débat expédié, sans vote, à l’Assemblée nationale puis au Sénat le 1er avril, ainsi que d’une discussion au bureau national du parti le même jour. Pour les socialistes, sur le fond comme sur la forme, cette décision est une erreur grave. Explications.

Tout a commencé par une promesse de candidat. C’était le 26 avril 2007. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy annonçait sur France 2 qu’il retirerait les troupes françaises d’Afghanistan s’il était élu, parce que « leur présence à long terme à cet endroit du monde ne semble pas décisive ». Que s’est-il donc passé depuis un an qui justifie la volte-face présidentielle ? C’est la première interrogation des socialistes.


Ensuite il y a la forme. C’est à l’occasion d’un simple discours devant le Parlement britannique, le 27 mars, que Nicolas Sarkozy a fait sa mue guerrière. Seul, sans en informer le Parlement français et, semble-t-il, contre l’avis d’une partie de l’État-major des Armées. Finalement, le 1er avril, les parlementaires français ont eu droit à une petite heure de débat, sans vote. Comme si une entrée en guerre pouvait s’affranchir d’un contrôle démocratique !

Car sur le fond, cette décision du chef de l’État bouleverse la nature de l’engagement français en Afghanistan (voir encadré). Envoyer un groupement tactique interarmes supplémentaire - un petit millier d’hommes selon les premières informations - sur ce théâtre n’a rien d’anodin. Le consensus relatif qui avait prévalu lors de la décision de l’envoi des premiers contingents vole en éclats.

Depuis 2001, aucune évaluation n’a été faite de l’intervention en Afghanistan. Il y a aujourd’hui 50 000 hommes de la force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) sur place. « Malgré le soutien de la coalition aux efforts du président Karzaï, malgré l’émergence d’un embryon d’État et d’une armée nationale, l’Afghanistan demeure cette nation décomposée, pauvre et tribale dans laquelle, par le passé, toutes les forces militaires étrangères se sont enlisées, qu’elles soient anglaises ou russes », a constaté Jean-Marc Ayrault, lors du débat du 1er avril. Pour évoquer les problèmes de la stratégie militaire et éventuellement redéfinir une stratégie d’ensemble où l’effort militaire et l’effort de développement s’accompagneraient mutuellement, le groupe socialiste avait d’ailleurs, en octobre 2007, réclamé une mission d’évaluation parlementaire. Refusée. « Nous ne pouvons, nous ne devons pas perdre la guerre », martèle aujourd’hui le Président. « Qui peut croire qu’ajouter la guerre à la guerre va la faire cesser, quand aucune leçon de l’échec actuel n’a été tirée », lui répond le député maire de Nantes. Le danger qui guette la France est bel et bien celui de l’enlisement. Les socialistes refusent d’entrer dans un conflit sans but et sans fin. Parce que la solution n’est pas uniquement militaire, au contraire de ce que soutient l’administration Bush. « Il est dangereux de privilégier la solution uniquement militaire à un problème qui a, à la fois, une dimension politique, économique, sociale, ethnique et régionale. C’est la raison pour laquelle, il est indispensable, si l’on veut « gagner la guerre » de réviser une stratégie globale qui a échoué », a expliqué Pierre Moscovici au bureau national.

Enfin, plus largement cette décision est un message envoyé à l’administration américaine et à l’Alliance atlantique. La France ne cache pas son souhait de réintégrer les structures militaires de l’OTAN. Nicolas Sarkozy dit avoir obtenu, en contrepartie, la reconnaissance par les Etats-Unis du pilier européen de l’OTAN. Ce serait là un vrai changement. L’Europe de la défense mérite une discussion avec nos partenaires et ne peut en aucun cas faire l’objet d’un obscur marchandage.

Ariane Gil

Publié dans : International - Europe