Archives de l'hebdo des socialistes
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Lutte contre le racisme – Un long combat sans fin

L’histoire de la lutte contre le racisme se confond avec celles du colonialisme et de l’esclavage qui ont façonné durablement préjugés et pratiques discriminatoires au sein de la société française.Dès 1941, leMouvement national contre le racisme MNCR), ancêtre duMRAP, amené une lutte active sur ce terrain pour libérer le territoire. Le début d’une lutte incessante.
Qu’on le veuille ou non, l’histoire de la lutte contre le racisme se confond avec l’anticolonialisme.
En 1794, les députés de la Convention prennent date en abolissant l’esclavage pour calmer la révolte aux Antilles. Cette mesure n’entrera toutefois jamais en vigueur. Elle sera même annulée, en 1802, par Bonaparte, avant que Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’État à la Marine, ne publie, près d’un demi-siècle plus tard, les décrets d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.
Les mécanismes discriminatoires n’en resteront pas moins ancrés dans les mentalités. Ainsi, un petit-fils d’immigré restera toujours un étranger dans le regard de l’Autre. La défaite de 1940, entraînant l’instauration du régime de Vichy, en sera une nouvelle fois l’illustration, au nom d’une politique fondée sur le rejet.

Droits inaliénables

La Seconde Guerremondiale et la réminiscence de théories raciales récurrentes provoqueront, dès 1941, la création du Mouvement national contre le racisme (MNCR), à l’initiative d’un groupe de résistants convaincus du bien-fondé de la lutte contre le racisme pour libérer le pays. Et de la nécessité de sauver les enfants juifs de la déportation, en contrecarrant l’idéologie raciste de l’occupant et du régime de Vichy. Deux journaux clandestins se chargeront de relayer cette entreprise collective auprès de l’opinion: J’accuse, en zone Nord, et Fraternité, en zone Sud.

Il faudra attendre la fin de la guerre et la promulgation officielle de la IVe République, le 27 octobre 1946, pour voir réaffirmer dans la Constitution que « tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyanc possède des droits inaliénables et sacrés ». Mais, en dépit d’avancées
indéniables, le racisme n’en appartient pas moins à une histoire faite de luttes, de conquêtes et d’incessants retours en arrière. D’autant qu’en absence d’une loi, le principe même de discrimination n’est pas interdit formellement.
Ainsi, en septembre 1963, lorsque des clients de couleur se voient refuser le service au Paris-Londres, un bar parisien, proche de la gare du Nord, deux des plaignants en réfèrent directement à l’ordonnance du 30 juin 1945, conçue pour empêcher les commerçants de retenir des marchandises à seule fin de les vendre au marché noir. Ce qui vaudra une simple amende au propriétaire pour avoir enfreint l’ordonnance…

Activisme

C’est au MRAP, successeur du MNCR, qu’il reviendra d’engager plusieurs campagnes contre les méfaits du racisme.
C’est surtout dans la lutte contre l’antisémitisme, qui suit la chute du régime de Vichy, qu’il mènera le front. En dépit des pressions exercées, dans la foulée, par la gauche, les gouvernements successifs ne cesseront de repousser, voire d’ajourner l’idée d’une loi, au motif que le racisme ne colle pas à la société française. La volonté et l’abnégation auront toutefois raison de cette position, à la faveur d’un texte adopté en 1972, prévoyant de sanctionner pénalement des actes de discrimination.
Fort en théorie, il se révèlera cependant inopérant dans les faits. Il restera, pourtant, la référence incontournable tout au long des trois décennies suivantes.
Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1981, les revendications de la jeunesse issue de l’immigration entreront de plain-pied dans l’espace public. Sous l’impulsion d’Harlem Désir et de Julien Dray, l’activisme forcené de SOS Racisme finira par payer.Créé en 1983,ce mouvement fera de la lutte anti-raciste sa principale raison d’être. Avec la volonté, sans cesse réaffirmée, de voir chacun vivre à égale dignité dans la société.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le 29 novembre 2005, le groupe socialiste de l’Assemblée soumet vainement à discussion une proposition de loi visant à abroger l’article 4 de la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation en faveur des Français rapatriés.Et ce, afin de vouer aux gémonies ce texte défendu par la droite qui, tout en restantmuet sur la face sombre de la colonisation, les sévices et les crimes dont furent victimes les populations des territoires colonisés, impose une vérité officielle, contraire à la neutralité scolaire et au respect de la liberté de pensée qui figurent au coeur de la laïcité.Un air de déjà-vu.

Bruno Tranchant

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