Le « bouclier logement » en avant-première à Angers

Angers serait-elle la ville laboratoire des politiques de gauche ? Après avoir mis en place la Couverture maladie universelle (CMU) dès 1997 avant l’accession de la gauche au pouvoir, la municipalité d’Angers emmenée par Jean-Claude Antonini(1) a lancé il y a quelques mois le bouclier logement, mesure phare du projet socialiste pour les élections présidentielles et législatives de 2007.

Le logement a toujours été à Angers une priorité pour l’équipe municipale fière d’annoncer 33 % de logements sociaux sur la commune. Mais il n’y a pas que la quantité, il y a aussi la qualité.
Ainsi, les cinq quartiers en zone prioritaire de la ville ont fait l’objet d’un très important travail de rénovation urbaine, le cinquième plus gros dossier français en la matière. En plus de la rénovation de plusieurs immeubles, ce ne sont pas moins de 600 logements qui ont été détruits pour laisser place à un millier de nouveaux appartements. «Mais derrière ce volontarisme se cache un des gros effets pervers de l’ANRU(2) :une hausse des loyers qui peut aller jusqu’à 35%, note Jean-Claude Bachelot, conseiller municipal délégué à l’habitat à l’origine du bouclier logement. La plupart du temps, cette hausse est compensée par l’augmentation des allocations APL, mais il reste toujours quelques cas pour lesquels cette augmentation n’est compensée par aucune aide. »

C’est en partant de ce constat que le bouclier logement a été mis en place en mars 2007, en pleine campagne présidentielle, alors que le parti socialiste prévoyait dans son programme la pérennisation de la mesure sur tout le territoire. En prenant en charge dégressivement l’augmentation des loyers pendant trois ans, la ville d’Angers vient en aide aux plus démunis, touchés de plein fouet par le désengagement de l’État sur les aides personnelles au logement.

« On ne s’attend pas à ce que le gouvernement actuel vienne prendre le relais sur cette question.
On pallie les carences de l’État pour le bien de nos concitoyens, déplore Jean-Claude Bachelot. Mais ce n’est pas normal qu’après avoir mis 60millions d’euros sur la table pour son plan de rénovation urbaine, la ville d’Angers doive en plus assumer le désengagement de l’État sur les aides personnelles au logement. »

En pratique, le bouclier logement entre en vigueur dès que les bailleurs sociaux notent une augmentation de plus de 15 euros dans le montant du loyer et des charges, et que la charge locative excède 25% des revenus du ménage.
« Il fallait fixer un seuil, explique Jean-Claude Bachelot. 15 euros c’est une somme importante pour des personnes qui, souvent âgées et ne bénéficiant plus des APL, peuvent se retrouver dans une situation critique si la collectivité ne leur vient pas en aide. »
L’aide municipale agit comme « un amortisseur » en les aidant à s’habituer à la nouvelle charge du loyer. L’aide couvre ainsi 75% de la différence la première année, 50% la deuxième et 25 % la troisième et dernière année.
« En accompagnant ces personnes, on leur permet de réorganiser leurs dépenses progressivement, et éventuellement de demander un plus petit logement, en meilleure adéquation avec leur situation familiale. C’est en tout cas beaucoup moins brutal qu’une augmentation de loyer de 35 % du jour au lendemain. »

Damien Ranger