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Interview de Michel Sapin : « Face à la crise financière, la France est fragilisée »

Secrétaire national du PS à l’économie et à la fiscalité, Michel Sapin dénonce la politique fiscale du gouvernement, qui a rendu la France encore plus sensible aux répercussions de la crise financière internationale. En conséquence, le député de l’Indre redoute un plan de rigueur économique après les élections municipales

En quoi la France est-elle un des pays européens les plus mal préparés pour faire face à la crise financière internationale ?

La France est fragile et fragilisée. Un pays qui accuse un déficit de son commerce extérieur considérable depuis plusieurs mois et présente la plus faible croissance par rapport aux autres États européens est par définition très sensible aux mouvements brutaux des marchés internationaux.

Alors que le gouvernement se targue d’avoir mis la France à l’abri par ses mesures, quelle est sa responsabilité dans cette fragilisation ?

De toutes les mesures prises depuis sept mois, aucune n’a renforcé la France.Au contraire! Le paquet fiscal voté cet été a eu pour conséquence de creuser les déficits, d’alourdir l’endettement et n’a créé ni le choc de croissance ni le choc de confiance promis par le gouvernement. On observe même depuis quelque temps que ces mesures ont conduit à une forme de défiance de la part des acteurs économiques.

Quels vont être les effets de cette crise en France ?

Les banques sont touchées par l’onde de choc, on l’a vu avec le cas de la Société générale. Les institutions financières sont fragilisées. Du coup, elles vont être plus méfiantes et accorder moins de crédits aux entreprises et aux particuliers. Ce qui aura pour conséquence une baisse nette des investissements ; or c’est d’une relance des investissements dont a besoin la France. En outre, la crise financière a pour effet de ralentir la croissance mondiale et tout particulièrement celle des grands pays comme les États-Unis. Il y a aura donc mécaniquement un ralentissement de la croissance au niveau national.

Justement, le budget pour 2008 a été fondé sur des prévisions de croissance à 2,5 %. Quelles peuvent être les conséquences de cette prédiction erronée ?

Les perturbations internationales ont mis définitivement à bas des hypothèses de croissance qui étaient déjà irréalistes, il y a sept mois. Le budget prévoyait une inflation à 1,6 %, or elle va dépasser les 2,5 %. Et les économistes s’attendent en 2008 à une croissance autour de 1,5 %. Les déficits de l’État et de la Sécurité sociale vont être très largement supérieurs à ce qui était prévu. Tous ces éléments nous renforcent dans notre conviction : il y a un budget jusqu’aux élections municipales et il y en aura un autre une fois l’épisode électoral clos. Il faut s’attendre à un budget de très grande rigueur qui va toucher de plein fouet les salariés et les retraités.

Quelles pourraient être les mesures de ce plan de rigueur ?

On connaît les éléments d’un plan de rigueur de la droite : des coupes claires dans les prestations sociales et le budget des services publics ; des recettes nouvelles qui ne seront pas l’annulation du paquet fiscal mais des hausses de CRDS et de CSG voire de la TVA. Toutes ces mesures vont ponctionner le pouvoir d’achat de catégories déjà fragilisées, les retraités et les salariés.

Qu’aurait-il fallu faire pour que la France soit moins exposée à la crise financière ?

Le gouvernement a accordé des cadeaux fiscaux à des acteurs qui n’ont pas transformé ces nouvelles ressources en dépenses et en investissements. Ces 15 milliards d’euros, il fallait les utiliser pour soutenir le pouvoir d’achat, à travers le doublement de la prime pour l’emploi et une baisse de la TVA sur les produits de première nécessité. Mais aussi les employer pour des investissements pour l’avenir : la recherche, la formation, l’innovation.

Aujourd’hui, pour réagir face à cette crise, le gouvernement se retrouve avec des caisses vides parce qu’il les a lui-même vidées. Sans le paquet fiscal, on aurait disposé de 15milliards d’euros de marge de manoeuvre. Ce qui n’est pas rien ! En même temps, la France ne peut pas se protéger toute seule face à ce genre de crise. C’est un enjeu européen. L’absence d’une véritable politique économique européenne montre ses effets dramatiques. La construction d’un pouvoir économique à l’échelle de l’Europe, d’une politique fiscale et financière favorable aux investissements auraient pu nous protéger du gros de ces perturbations.

Mais la construction d’un tel pouvoir ne dépend pas que de la France…

Certes, pour mettre en oeuvre une telle politique économique coordonnée, cela demande beaucoup de volonté de la part des différents États, mais également de l’exemplarité. Or en procédant à des distributions à tout va, et en creusant les déficits publics, la France devient la risée de nos partenaires européens. On perd ainsi toute crédibilité pour demander aux pays réticents de construire une politique économique européenne.

Propos recueillis par Mona Buckmaster

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