Portrait : Geneviève Lang : « Conjuguer handicap et citoyenneté »
Depuis la naissance, il y a trente ans, de son fils lourdement handicapé par une maladie neuromusculaire, Geneviève Lang milite pour l’accès à la pleine citoyenneté des personnes handicapées.
Cette femme, professeur d’histoire, pétrie des valeurs égalitaires de la République, ne pouvait envisager d’autre choix que celui d’un maintien dans la société. « Nous avons donc traversé toutes les étapes de l’intégration d’une personne handicapée, accompli un véritable travail de pionnier. Il faut être inventif pour imaginer des solutions et subversif pour remonter un courant semé d’obstacles », explique calmement Geneviève.
Consciente de l’importance de former les professionnels, elle donne des cours sur le handicap, depuis 1989, au Conservatoire national des arts et métiers. Mais Geneviève constate que les handicapés souffrent d’un déficit de citoyenneté dans l’exercice de leurs droits civiques et sont confrontés à un déni de démocratie sur fond d’enjeu économique. Socialiste depuis toujours,et afin de palier l’absence de réelle consultation et de participation politique des personnes handicapées, elle met en place, en 1997, un pôle Handicap et Citoyenneté. Il redonne aux personnes handicapées la place qui est la leur, en respectant leur revendication exprimée aux plus hauts niveaux internationaux : « Rien pour nous, sans nous». Cette initiative lui vaut d’exercer un mandat de conseillère municipale depuis 2001, à Paris (19e).
« J’ai accepté cette responsabilité dans la logique de mon combat, éminemment politique, comme l’a été celui des femmes pour la parité. La démocratie réellement participative des personnes handicapées est encore, en France, un tabou, soixante ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU. Nos politiques restent désespérément absents de ce débat légitime. »
Selon elle, ni informées,ni consultées,absentes des instances représentatives de notre République, les personnes handicapées restent cantonnées au statut de citoyens de seconde zone et pour 800 000 d’entre elles, exclues du droit de vote. «Sans doute les bureaux de vote sont-ils aujourd’hui accessibles. Mais la réalité du pouvoir passe par l’éligibilité et la représentativité des citoyens handicapés. La place qui leur sera réservée sur nos listes municipales sera le meilleur test de la réelle détermination du Parti socialiste à faire rimer handicap avec citoyenneté;celui de sa capacité à intégrer les différences et les personnes les plus vulnérables de notre pays », estime finalement Geneviève.
Fanny Costes