Tchad – une situation opaque
Jean-Louis Bianco, député socialiste des Alpes-de-Haute-Provence, revient sur la visite éclair de Nicolas Sarkozy au Tchad et sur le contexte du rapatriement des trois journalistes français et des quatre hôtesses de l’air espagnoles, suite à l’affaire de l’Arche de Zoé.
Quel est votre sentiment, suite au déplacement du président français, le 4 novembre, dans la région ?
Chaque fois qu’il y a une émotion, un évènement, Nicolas Sarkozy s’en saisit pour apparaître au premier plan des médias. Les journalistes et les hôtesses de l’air n’avaient pas besoin d’une intervention à grand spectacle du chef de l’État. Bien entendu, il fallait assurer le plus tôt possible leur retour dans leurs pays, mais le seul résultat de ce coup d’éclat a été de provoquer une exaspération au Tchad. Les Tchadiens ont l’impression qu’on les méprise, qu’on les oblige à délivrer des décisions de justice le dimanche, qu’il y a deux poids deux mesures entre ce que peut obtenir un Tchadien et ce que peut obtenir un président français. La présence de Nicolas Sarkozy était une faute plus encore qu’une maladresse.
Devant cette diplomatie française monocéphale, quels sont les risques ?
Les parlementaires commencent à se demander à quoi sert le ministre des Affaires étrangères, que nous avons à peine vu sur la Libye, et qui est absent sur cette affaire au Tchad. Au sein d’une démocratie qui fonctionne, il y a un parlement, un gouvernement et une administration qui jouent chacun leur rôle. Le fait que tout remonte au chef de l’État personnifie le pouvoir et paraît très dangereux. En concentrant tous les évènements, toutes les fautes, tous les risques,Nicolas Sarkozy donne l’impression que les autres ne servent à rien.
Le chef du gouvernement espagnol a évoqué « l’opacité de la transaction avec le Tchad»…
C’est pour cela que le groupe socialiste à l’Assemblée nationale demande une mission d’information parlementaire sur ce sujet. Cette situation, toutes proportions gardées, est à mettre en parallèle avec la libération des infirmières bulgares en Libye. Nous découvrons que La France a quasiment promis une centrale nucléaire au colonel Kadhafi pour dessaler l’eau de mer du pays. Ce qui n’est sûrement pas une priorité du point de vue énergétique pour un État qui, certes, veut revenir dans la normalité internationale mais qui ne donne pas encore de fortes garanties. Nous devons savoir s’il y a eu, lors de la remise en liberté de ces Français et de ces Espagnoles au Tchad, là encore, des contreparties. La situation est opaque, et il appartient au Parlement de faire la lumière sur ces libérations.