Les enjeux du concept de nation
En 2006, le Conseil de l’Europe concluait à la difficulté, voire à l’impossibilité de définir à l’échelle de notre continent le concept de « nation ».
Il est vrai que le terme renvoie à des traditions étatiques divergentes, mais aussi à des antagonismes politiques marqués au sein d’un même pays. En France, la gauche, fidèle au legs de la Révolution, s’est toujours reconnue dans la conception de la nation théorisée par Renan, celle d’un « vivre ensemble » sans cesse réaffirmé. La droite, au contraire, s’est souvent laissée enfermer dans une définition fondée sur l’héritage, le sang, la langue maternelle…
C’est sur notre vision des choses, heureusement, que s’est bâtie la République. Pourtant, notre modèle national est aujourd’hui soumis à des tensions dont la gravité ne peut être sous-estimée. Notre pays, ainsi, ne parvient plus à transmettre cette mémoire collective, base de toute communauté de destin. Comment construire une histoire partagée, de nature à refonder le contrat républicain ?
On assiste aujourd’hui à une montée en puissance des pouvoirs locaux, qui questionne notre conception traditionnelle de la souveraineté. Faut-il, en conséquence, revoir la forme actuelle de l’État ? Les revendications identitaires se multiplient, témoignant de l’échec de l’universalisme à la française. Comment prendre en compte la diversité culturelle sans pour autant tomber dans la reconnaissance de «groupes » aux droits et devoirs distincts ?
Nous avons toujours considéré la nation comme le fondement exclusif de la souveraineté populaire. Mais sans celle-ci,une citoyenneté européenne peut-elle émerger ? Autant de questions que pose le forum sur « les socialistes et la nation ». De notre capacité à nous entendre sur les réponses dépendra pour une bonne part la force du projet à construire pour les années qui viennent.
Jean-Jacques Urvoas,
Député du Finistère, président du forum de la rénovation « les socialistes et la nation ».