Pakistan : les défis qui attendent Benazir Bhutto

Après huit ans d’exil forcé,Benazir Bhutto,ancienne Premier ministre et leader charismatique du Parti du peuple pakistanais (PPP),a regagné le Pakistan le 18 octobre. Un retour endeuillé par des attentats et qui pose la question de l’avenir de ce pays,miné par de multiples crises.

Le retour triomphal de Benazir Bhutto, le 18 octobre, a été endeuillé par des attentats qui la visaient et qui ont fait au moins 139 morts parmi ses fidèles. Ces actions terroristes démontrent les difficultés qui attendent celle qui fut l’héroïne de la démocratie contre la dictature militaire du général Zia Ul-Haq (1977-1988). Au terme de huit ans d’exil forcé, la présidente du Parti du peuple pakistanais (PPP), membre de l’Internationale socialiste, retrouve avec la même volonté son pays pour y restaurer la démocratie. Mais, cette fois, dans un contexte miné par de multiples crises – l’illégitimité du régime issu du coup d’État militaire de Pervez Musharraf (1999), président fragilisé à l’intérieur du pays, et qui a perdu la confiance de son allié et protecteur américain, les difficultés économiques et la paupérisation qui touchent la moitié des 160 millions d’habitants –, la tâche s’annonce rude.

Benazir Bhutto doit affronter les incertitudes politiques qui pèsent sur le Pakistan. Ni l’élection du général Musharraf à la présidence de la République, le 6 octobre, ni l’amnistie qui a permis à Benazir Bhutto de regagner le Pakistan ne sont validées par la Cour suprême. Même si Benazir Bhutto remportait les élections législatives prévues en janvier 2008, elle devrait partager le pouvoir avec le président Musharraf. Cependant, le défi le plus important pour la présidente du PPP, si elle devient à nouveau Premier ministre, sera le combat qu’elle devra mener pour éradiquer l’extrémisme religieux et le terrorisme. Aujourd’hui, le Pakistan subit de plein fouet les retombés de la guerre en Afghanistan.
L’échec militaire des États-Unis et de l’Otan contre les talibans a renforcé les extrémistes religieux (talibans pakistanais) et Al-Qaïda dans les zones tribales à la frontière entre les deux pays. Depuis l’assaut mené contre la Mosquée rouge d’Islamabad en juillet dernier, les affrontements entre l’armée et les tribus fidèles aux talibans ont fait plus de 400 morts,dont une centaine de soldats.
Le général-président Musharraf, allié des États-Unis dans « la guerre contre le terrorisme » n’a jamais pu mettre fin au double jeu de l’armée et de l’ISI (les services secrets pakistanais). Il est de notoriété publique que les mouvements extrémistes religieux, depuis l’islamisation forcée du Pakistan et de son armée par le dictateur Zia Ul-Haq, de même que les taliban afghans, bénéficient de soutiens au sein de l’ISI.
Benazir Bhutto a déclaré qu’elle allait restaurer la démocratie et lutter contre l’extrémisme religieux. Mais, pour les États- Unis, qui ont imposé son retour, grâce à un compromis avec l’armée, c’est nettement le deuxième objectif qui importe. Espérons seulement qu’il ne soit pas trop tard.

Karim Pakzad�