La copie présidentielle mal notée par les profs

Malgré un ton solennel et des propos qui se voulaient mobilisateurs, La lettre aux éducateurs envoyée par Nicolas Sarkozy n’a pas convaincu ses destinataires. Leur verdict : doit mieux faire !

Si, en cette rentrée, Nicolas Sarkozy devait retourner à l’école,aurait-il la moyenne en rédaction ? Probablement pas, vu les annotations peu flatteuses que recueille sa copie, La lettre aux éducateurs, rendue publique le 4 septembre.

« Grandiloquent », « discours confus voire contradictoire », « idées trop générales » : peu prisé sur la forme,le pensum de 32 pages est également retoqué sur le fond par les principaux syndicats de l’éducation nationale. Pour le premier d’entre eux, la FSU, cette missive «est marquée par une conception qui ignore le défi des inégalités sociales et territoriales minant notre système éducatif et fait silence sur les objectifs en matière de qualification. Négligeant les causes sociales de l’échec, la Lettre aux éducateurs se contente de renvoyer la réussite scolaire à la responsabilité individuelle des élèves, des parents ou des enseignants.»

Dès le 1er septembre,sur France3, Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, s’élevait contre les suppressions de postes: «Depuis quelques années, on a 15% à 20% d’échecs très graves que l’on n’arrive pas à réduire. Aujourd’hui, on aurait besoin de mettre le paquet précisément pour lutter contre l’échec. Or on ne peut pas travailler avec moins de gens, notamment pour les élèves les plus difficiles.» Pour sa part, Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen-Cfdt, se gausse d’une «opération de communication qui représente beaucoup de papier et de moyens dépensés pour un message relativement mince». De cette lettre, le Sgen-Cfdt retient surtout que «des annonces négatives sont reprises: sur la suppression de la carte scolaire ; sur la diminution du nombre d’enseignants ;sur la possibilité pour les enseignants de travailler plus, alors que le métier est déjà trop souvent difficile». L’Unsa-Éducation est également très sceptique: «La refondation de l’école ne peut faire l’impasse sur ce qui existe, sur le travail réalisé au quotidien par les personnels, sur les pistes qu’ouvrent des dispositifs comme le socle commun de connaissances et de compétences.

La refondation de l’école doit viser à plus de justice et d’égalité: la suppression du collège unique et l’abandon de la sectorisation n’y contribueront pas.» Invité le 4 septembre sur LCI, Patrick Gonthier, secrétaire général de l’Unsa-Éducation, précisait : « Nous souhaitons que le métier change, que les enseignants soient confortés, deviennent encore plus professionnels, qu’ils soient mieux payés, mais pas à n’importe quelle condition et surtout pas au prix d’un abaissement de la qualité de l’école et d’un recul du nombre de postes.»

Éric Lamien