Prof dans l’âme
J’ai 23 ans, et je ne laisserais personne dire qu’être enseignant n’est pas le plus beau métier du monde. » À écouter Nicolas Anoto, l’expression « éducation nationale » prend tout son sens.
« Ce jeune Biterrois, qui est « monté » à Paris cet été pour rejoindre un lycée de l’académie de Versailles, a fait en ce mois de septembre 2007 sa première rentrée. Comme les choses ne sont jamais simples, il n’a pas encore de classe et passera peut-être toute son année à surveiller les élèves à la bibliothèque, au gré des « trous » d’emploi du temps. Cette nouvelle ne semble pas l’affecter.
À plus de 1 000 kilomètres des siens, lui qui redoutait de partir s’installer en région parisienne, « là où tous les jeunes enseignants font leurs classes », semble plutôt heureux de sa nouvelle vie. Un appartement en colocation, pas si loin du lycée, avec un autre jeune professeur, fait très bien l’affaire, même si la compagnie de la petite amie et du lapin nain manque un peu… Enfant, Nicolas était déjà passionné d’histoire et se souvient de l’effervescence qui régna chez ses parents lors de la chute du Mur de Berlin. Après une licence, puis une maîtrise d’histoire militaire, le jeune étudiant obtient sans encombre le concours et passe son année de formation dans un lycée huppé du Cap d’Agde.
Autant dire qu’il n’est, en pratique, pas vraiment préparé à encadrer les élèves des zones d’éducation prioritaire, et qu’il ne cache pas son appréhension. Pendant sa formation, un enseignant est venu une demijournée raconter aux futurs profs comment il vivait la violence à l’école, « c’est toujours ça de pris, mais loin d’être suffisant ». Lui qui est devenu professeur d’histoire-géographie « pour pouvoir réduire les inégalités sociales, au-delà de l’engagement politique » rêve de casser les mécanismes d’orientation par la sélection. « Je ne suis pas celui qui dit la vérité, mais celui qui doit faire progresser.»
Plus que tout, le constat d’une éducation à deux vitesses, «avec voies de garage» pour ceux qui ont pourtant le plus besoin qu’on leur accorde du temps,frustre Nicolas.Alors,quand il n’est pas au lycée, il milite, colle des affiches et essaie de persuader ceux qui hésitent encore que «seule la gauche croit en une justice éducative, et qu’à gauche, seul le PS peut accéder au pouvoir».
Ariane Vincent