La gauche, l’école et la République
L’école laïque,gratuite et obligatoire est l’illustration et la mise en oeuvre pour la République de sa devise «Liberté,égalité, fraternité».Sa fondation et son développement sont marqués de combats épiques entre les conservateurs et la gauche. Retour sur les grandes réformes portées par cette dernière.
15mars 1879. Jules Ferry alors président du Conseil et ministre de l’Instruction publique, dépose sur le bureau de la Chambre deux projets de loi. Le premier prévoit une réforme du Conseil supérieur de l’instruction publique, le second, qui sera adopté le 18 mars 1880, est relatif à la liberté de l’enseignement supérieur. Trois ans plus tard, le ministre rend l’école primaire laïque, gratuite et obligatoire, au terme de la loi du 28 mars 1882.
L’éducation devient ainsi un lieu préservé et inviolable, l’espace sacré où s’instruisent les citoyens. L’école de Ferry est l’incarnation de la lutte de la République contre le cléricalisme. Au catéchisme se substitue désormais un corpus idéologique qui contribue à asseoir les valeurs républicaines, en inculquant l’amour de la patrie et de l’autorité.
Laïcité
Dès lors, les instituteurs, véritables « hussards de la République », ont pour mission d’instruire des millions d’élèves, en assurant la promotion de fils de paysans et d’ouvriers. À côté du service militaire devenu obligatoire pour les hommes, c’est d’abord à l’école qu’est assigné l’impératif de façonner l’identité nationale, de créer de nouveaux Français, patriotes par-dessus tout et respectueux du nouvel ordre.
Conservateurs et républicains ne cessent, toutefois de se heurter sur le terrain de la laïcité. Fondatrice et gardienne de l’école,la gauche s’efforce,au fil du temps,de lever les obstacles sociaux pour renforcer son autonomie et lui permettre de remplir sa tâche sans entraves. Après la guerre et le triste épisode de Vichy, la droite s’emploie à légiférer pour permettre le financement à part égale des dépenses de fonctionnement et d’investissement du public et du privé. En témoigne l’adoption des lois Barangé et Marie (1951) visant l’élargissement des subventions publiques à l’enseignement privé, de la loi Debré (1959) permettant de garder leur «caractère propre» aux écoles confessionnelles sous contrat, tout en les subventionnant, ou bien encore de la loi Guermeur (1977) instaurant la parité du statut des enseignants du public et du privé payés par l’État.
Décentralisation
Après la nomination de François Mitterrand à l’Élysée, les lois de décentralisation transfèrent aux territoires les charges de fonctionnement etd’équipement des locaux scolaires, et font des collèges et lycées des établissements publics locaux d’enseignement à part entière. Condamnant le financement public de l’enseignement privé, le gouvernement Mauroy entend bien le mettre sous tutelle publique. En décembre 1982, Alain Savary propose un premier plan qui prescrit «l’insertion du secteur privé au sein du service public d’enseignement » par la transformation des écoles libres en «établissements d’intérêt public» sous contrôle étatique et par la canalisation des initiatives privées au moyen d’une «carte scolaire» arrêtée par les autorités académiques.
Le projet de loi, présenté à l’Assemblée en mai 1984, entend résoudre la «question scolaire» en trouvant un point d’équilibre entre enseignements laïque et privé. Ce texte inscrit cependant le principe d’une aide publique à l’enseignement confessionnel. Ce qui lui attire les foudres des défenseurs de la laïcité qui accusent le ministre de renoncer à un grand service public, laïque et unifié de l’éducation nationale. Le 24 juin, à Paris, plus d’un million de personnes descendent dans la rue pour soutenir la liberté de l’enseignement et exiger le retrait du texte. Le 12 juillet, François Mitterrand concède le retrait du projet de loi Savary. La loi n° 89-486 du 10 juillet 1989 fait de l’éducation la première priorité nationale, sous la tutelle du ministre Lionel Jospin. Elle modifie et complète la législation sur le système éducatif, en réorganisant les rythmes scolaires ainsi que les cycles d’apprentissage.
Huit ans plus tard,en 1997,Ségolène Royal, ministre déléguée à l’Enseignement scolaire, s’attache à l’aide aux enfants défavorisés ou en difficulté scolaire avec la relance des zones d’éducation prioritaires (ZEP), la création de fonds sociaux pour les élèves, la mise en oeuvre des heures de soutien scolaire et des premiers internats- relais. En mars 2000,suite à un large remaniement ministériel, Jack Lang hérite du ministère de l’Éducation nationale. Avec l’ambition d’injecter des moyens aux collèges et lycées,rognés depuis lors par la droite.
Bruno Tranchant