Les universités d’été, enjeu interne et médiatique
Gérard Lindeperg, député de la Loire de 1997 à 2002 et ancien numéro 2 du PS, revient sur l’origine des universités d’été du Parti socialiste, dont l’objectif initial était de former les militants en confrontant les idées, loin de la pression médiatique et des grandsmesses qui caractérisent désormais le rendez-vous de La Rochelle, devenu incontournable depuis lors.
Quand les universités d’été du Parti socialiste se sont-elles tenues pour la première fois ?
Dans les années 1980.J’occupais alors la fonction de secrétaire national en charge de la formation. Les toutes premières universités d’été ont vu le jour à La Garde-Freinet (Var), Risoul (Hautes-Alpes) puis Ramatuelle (Var), à l’abri de toute pression médiatique et dans des espaces confinés.À l’époque,nous étions peu nombreux, 200 tout au plus. L’idée était de mettre à la disposition des militants un véritable outil de formation. Mais cette manifestation a du répondre ensuite à un double enjeu:interne et médiatique. Dès lors, trois étapes se sont succédé :la première, celle que j’ai personnellement initiée, était axée sur la formation, par le biais de spécialistes et d’universitaires. La deuxième reposait sur une approche mixte, en planifiant des stages, au coeur de l’été, suivis par l’université d’été proprement dite, en septembre. Par la suite, cette manifestation a acquis une plus grande notoriété, en offrant une tribune aux ténors du Parti, à l’occasion de la rentrée politique.
Ces universités d’été n’avaientelles pas pour principale ambition de nourrir le débat d’idées?
Oui, mais à cette (petite) nuance près : les personnalités politiques étaient conviées à ces rencontres en fonction des responsabilités qu’elles exerçaient, au-delà des sensibilités exprimées.Puis,au fil du temps, le choix des forums et ateliers a répondu à des critères de plus en plus précis en termes dereprésentativité. Tant et si bien que les militants sont devenus de simples spectateurs, invités à assister à la rentrée de leurs leaders.
Comment la ville de La Rochelle est-elle devenue le lieu d’élection de ces universités ?
Au préalable, j’avais souhaité que ces universités se tiennent à Montpellier dans le cadre d’un vaste rassemblement, sur le modèle de la Fête de l’Humanité. La proximité des Bouches-du-Rhône et la présence de la fédération de l’Hérault constituaient,de mon point de vue, deux atouts majeurs pour imposer le choix de cette ville. Et marquer ainsi une rentrée politique très festive, précédée par un séminaire de formation plus technique. Le comité directeur du Parti n’a pas retenu cette idée. J’ai donc porté mon choix sur La Rochelle, ville qui présentait l’avantage d’être dirigée par un Radical, Michel Crépeau, dont le premier adjoint n’était autre que Maxime Bono. Toute autre option, au sein même de notre famille politique, n’aurait fait qu’attiser des conflits en ravivant des tensions inutiles. Depuis lors, certains ont émis le souhait de changer à nouveau de lieu… C’est oublier que l’organisation d’une telle manifestation requiert des efforts colossaux. Tout autre choix que celui de La Rochelle exigerait un important travail d’anticipation auquel nous ne sommes pas forcément préparés. Au fil du temps, cette cité maritime est donc devenue un espace de rencontre incontournable, malgré des débuts difficiles. Il nous a fallu, en effet, tout inventer et nous mettre en quête de locaux adaptés à des besoins sans cesse grandissants.
Parallèlement, le Centre Condorcet, créé en 1994, organise des séminaires de formation à l’intention des élus socialistes.
La loi n° 92-108 du 3 février 1992 a institué un droit à la formation des élus locaux. Pour les conseillers municipaux, généraux ou régionaux, ce droit est affirmé à l’article L. 2123-12 du Code général des collectivités territoriales qui stipule que « les membres d’un conseil (municipal, général ou régional) ont droit à une formation adaptée à leur fonction ». Instaurée comme un droit individuel, elle constitue une dépense obligatoire pour les collectivités. C’est cette même loi qui est à l’origine de la création du Centre Condorcet qui s’efforce de solliciter experts et élus, de préférence aux ténors du Parti. L’idée est de faire appel à des universitaires ou à des personnalités évoluant dans des cabinets. Et de multiplier les échanges, au-delà même des enjeux de pouvoir.
Propos recueillis par Bruno Tranchant