Eurogroupe : des promesses peu crédibles

Vice-président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, en charge des affaires européennes, Pierre Moscovici revient  sur la participation du chef de l’État à l’Eurogroupe,  la réunion des ministres de l’Économie et des Finances de la zone euro, le 9 juillet dernier.

La présence du président français à l’Eurogroupe, qui ne rassemble normalement que des ministres, est insolite. Peut-on parler d’une pure opération de communication ?
Ce nouveau « show » présidentiel est d’abord une démonstration supplémentaire de la démesure sarkozienne. Le chef d  l’État ne fait décidément confiance à personne, du moins à personne autant qu’à lui-même. On l’avait vu ministre de l’Environnement, de l’Enseignement supérieur, des Affaires européennes, le voilà ministre des Finances, reléguant sa pourtant protégée Christine Lagarde, jugée de fait indigne de porter sa politique devant ses pairs, au rang de figurante. Nicolas Sarkozy, en s’imposant, cherche à impressionner, en se montrant à la fois humble, au même niveau que celui des ministres, ses collègues d’hier, et impérieux – ceux-ci n’ont pas la légitimité pour bousculer un chef d’État : nous somme  entre le passage en force et le numéro de charme.

Sur le fond, quels sont les engagements pris par le Président et comment ont-ils été reçu par les ministres européens ?
Son message, « donnez-moi du temps », est accepté, mais les doutes ne sont pas levés. L’approche européenne de Nicolas Sarkozy reste incertaine. Comment pourrait-il convaincre de sa volonté de réduire rapidement les déficits alors que le premier effet de sa politique est de les creuser, à travers un paquet fiscal dont le coût (13 milliards d’euros) ne cesse de croître ? La réalité est tout autre : les déficits s’aggravent, restent largement supérieurs à 2,5 %, la dette explose (+ 3 milliards d’euros au premier trimestre) et repasse au-dessus de 65 % du PIB. Comment peut-il prétendre que toutes ses propositions sont des « réformes structurelles », visant à créer un « choc de croissance », alors que chacun sait que plusieurs d’entre elles, les plus coûteuses – le bouclier fiscal, si avantageux qu’il divise la majorité, la déduction des intérêts d’emprunt – sont clientélistes et sans effets macroéconomiques positifs et alors que d’autres, comme la défiscalisation des heures supplémentaires, sont d’une efficacité plus qu’incertaine ?

Le Président pourrait donc ne pas tenir ses promesses ?
Nicolas Sarkozy lorsqu’il s’engage à tout faire pour aller vers le déficit zéro à l’horizon 2010 ne peut être crédible. Il fait un double pari. D’abord, sur la faiblesse européenne. Étant passé en force sur le minitraité, il a voulu faire de même sur l  pacte de stabilité. Il le contourne, le vide de son sens, réaffirme tranquillement que la France, abritée derrière sa ligne Maginot, fera ce qu’elle veut, en sauvegardant les formes. Il n’a pas été cru, mais n’a pas non plus été remis en cause. Son  deuxième pari est un pari sur la chance. En réalité, l’équation sarkozienne n’a qu’une possibilité de réussite : si la France retrouve,confiance aidant,une croissance forte et durable, susceptible d’engendrer des recettes fiscales massives. Ce pari est hasardeux. S’il échoue, l’addition sera présentée aux Français sous forme d’une cure d’austérité et d’un accroissement des prélèvements sur la consommation, à travers une hausse importante de la TVA, qui n’aurait rien de sociale.
Propos recueillis par Ariane Vincent