Choukri Jari : « L’éducateur »
À36 ans, Choukri Jari passe la grande majorité de son temps avec des jeunes. Ils sont douze au foyer de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) de Bourg-en Bresse (Ain). « Dans notre structure d’hébergement, on reçoit aussi bien des jeunes placés par les juges pour être protégés, que des jeunes jugés au pénal, placés pour des faits de délinquance », explique Choukri. Il travaille ici depuis 2004, après avoir commencé sa vie professionnelle comme veilleur de nuit dans des foyers éducatifs. « Je ne voyais pas beaucoup les gamins. J’étais surtout présent pour assurer la sécurité des locaux.
Mais de fil en aiguille, en observant les éducateurs, j’ai eu envie d’exercer ce métier ». Avec un diplôme en gestion de projets associatifs, Choukri Jari utilise d’abord ses compétences au profit du développement local. En 2003, à Lyon, il aide à la mise en place d’un service de déménagement social, Dem’ailoj. Sa mission accomplie, il passe le concours de la PJJ pour devenir éducateur. Aujourd’hui, malgré les contraintes de cette profession, rien ne le ferait changer de cap. « C’est un boulot épuisant mais c’est le plus beau métier du monde. C’est aussi l’un des plus durs car on fait souvent face à des situations conflictuelles. On reçoit des jeunes bruts de décoffrage. Pendant quelques mois, ils voient un psychologue.
Nous reparlons de l’acte avec eux. Nous assurons une continuité de scolarité, et nous mettons en place des actions de réinsertion. Le simple fait de respecter un cadre collectif est déjà considérable pour certains jeunes. » L’éducateur doit gérer des situations très complexes. « On s’attarde vraiment sur l’histoire du jeune et les raisons de son acte. Faire autrement n’aurait pas de sens. Et l’histoire familiale est souvent un élément fort de la compréhension de l’acte du jeune délinquant. Il faut savoir, sans déresponsabiliser l’acte du jeune, que derrière un délinquant se cache souvent un gamin qui souffre. » Pourtant, dans sa bataille quotidienne pour la réinsertion des jeunes, Choukri ne se perd pas dans les bons sentiments : « C’est un métier de conviction, mais sans l’équipe autour c’est impossible : on ne peut travailler que sur un socle commun de valeurs à apporter aux jeunes. »
Fanny Costes