Archives de l'hebdo des socialistes
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JP Bel : « Les sénateurs socialistes se feront entendre »

Président du groupe socialiste au Sénat, auteur d’un récent rapport sur les institutions, Jean- Pierre Bel décrit le champ d’action dont dispose l’opposition au Sénat, où l’UMP n’a pas la majorité absolue.

En quoi le Sénat se démarquet- il de l’Assemblée, dans le nouveau contexte politique ?

Depuis le 17 juin, l’Assemblée nationale est quasiment bipolaire et bipartisane. Or, la réalité politique de la France est diverse : elle ne se limite pas à l’UMP et au PS. Parce que son mode de scrutin est en partie proportionnel, le Sénat, qui
compte cinq groupes parlementaires, continuera à représenter les communistes, le centre-droit, avec l’UDFModem, et le centre-gauche, avec les radicaux. Par ailleurs, l’âge des députés se rapproche de celui des sénateurs, et la proportion de femmes sénatrices reste supérieure à celle des députés puisque l’UMP n’a présenté que 28 % de candidates.
Par certains côtés, le Sénat va présenter un meilleur reflet de la société et de ses forces politiques que l’Assemblée !

 Le mode de scrutin des élections sénatoriales pourrait-il évoluer pour permettre l’alternance ?
En matière de réforme des modes de scrutin, c’est la cacophonie. Le 7 juin, dans Le Figaro, le chef de l’État a indiqué qu’il n’était pas hostile à une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale, si un consensus se dégageait en faveur d’une dose minoritaire, comme les socialistes le proposent. Mais, la veille, le Premier ministre avait expliqué qu’il « était hostile à la proportionnelle »,qui,pour lui, est le « régime des partis ».

Pour le Sénat, c’est la même confusion. Le délégué général de l’UMP, Patrick Devedjian, a évoqué une proportionnelle intégrale pour les sénateurs, tandis que le président du groupe UMP au Sénat, Josselin de Rohan, rappelait son hostilité à toute extension de la proportionnelle. Les sénateurs UMP ont voté en faveur du recul de la proportionnelle, et donc de la parité, en revenant en 2003 sur la réforme du mode de scrutin adoptée à l’initiative du gouvernement de Lionel Jospin en 2000. En fait, on ne sait pas quelle est la position exacte du gouvernement. De telles incohérences sur le thème des institutions, cela ne fait pas très sérieux.

Le Sénat peut-il être une force pour l’opposition ?

Avec 97 sénateurs, dont quatre élus Verts qui s’y sont rattachés, le groupe socialiste est le deuxième groupe parlementaire du Sénat. Il a la force de se faire entendre. De plus, quand la droite dispose d’une large majorité à l’Assemblée nationale, le rôle du Sénat est particulièrement important puisque l’UMP n’y détient pas la majorité absolue. Et cela change tout.

Comment les sénateurs socialistes anticipent l’examen des textes que va présenter le gouvernement dans les prochains mois ?

D’ores et déjà, les sénateurs se sont mis au travail pour préparer les premiers textes de la session extraordinaire. Des auditions ont déjà commencé. Que ce soit sur une probable réforme des universités, sur la réforme pénale, sur le service minimum ou sur les mesures fiscales que prépare le gouvernement Fillon, les sénateurs socialistes sont à pied d’oeuvre. Certaines de ces réformes seront examinées par le Sénat en première lecture. Nous les attendons de pied ferme.

Propos recueillis par Ariane Vincent

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