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Le G8 ne doit pas s’ériger en directoire du monde

Le sommet des huit pays les plus riches du monde, qui s’est déroulé en Allemagne, du 6 au 8 juin, a été un rendez-vous décevant. Analyse avec Pierre Moscovici, secrétaire national du PS à l’international.

Comment comprendre que, notamment sur l’environnement, le G8 est été très en deçà des promesses annoncées ?
Les positions européennes et américaines s’opposent depuis des années. L’administration Bush dépend de manière très étroite de l’industrie pétrolière. Et elle ne pouvait s’en cacher, dans la perspective souhaitée par la présidence allemande d’objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre et de promotion des énergies renouvelables.
Ce n’est pas une surprise que le G8 n’ait pas pu arriver à un accord. Cela aurait représenté un virage complet. Et ce n’est pas ce que l’on pouvait attendre de la part de George Bush. Cela dit, on a pu noter une évolution, fut-elle minime. L’administration Bush a accepté que soit mentionnée la perspective lointaine et imprécise d’une réduction desgaz à effets de serre. Il s’agit soit d’une concession sémantique pour refuser toute avancée, et c’est malheureusement le plus probable, soit d’un premier déblocage du dossier.
Le sommet des huit pays les plus riches du monde, qui s’est déroulé en Allemagne, du 6 au 8 juin, a été un rendez-vous décevant. Analyse avec Pierre Moscovici, secrétaire national du PS à l’international. Des manifestants protestent contre le sommet du G8 à Heiligendamm, en Allemagne, le 7 juin dernier.

Le G8 a-t-il une réelle utilité ?
On peut s’interroger sur la légitimité qu’ont les huit pays les plus riches et les plus prospères de la planète (1) à s’ériger en directoire du monde, invitant les autres à les rejoindre pour une photo de famille en fin de réunion. On voit de plus en plus la nécessité de mettre en place dans le cadre de l’ONU ce que Jacques Delors appelait un Conseil de sécurité économique et social, c’est-à-dire une instance qui soit représentative de tous les pays, capable de faire un travail de fond sans s’en remettre à des réunions périodiques une fois tous les semestres, dont les résultats sont forcément insuffisants.

Comment qualifier la prestation de Nicolas Sarkozy au G8 ?
On a vu un Sarkozy tellement heureux d’être là que c’en était comique. Il était comme un enfant émerveillé découvrant le monde des grands avec euphorie. Les images curieuses lors de sa conférence de presse, après un déjeuner avec Poutine, l’ont montré. Mais c’est surtout sur le fond que l’on peut s’interroger. Après avoir expliqué durant toute la campagne qu’il ne fallait pas traiter avec Vladimir Poutine car « on ne traite pas avec les dictatures », je cite, il copine de manière éhontée avec celui-ci. On se retrouve donc avec une diplomatie qui paraît beaucoup moins attachée aux droits de l’homme que soucieuse des réalités et du prestige.

Propos recueillis par Fanny Costes

(1) Pays membres du G8 : Allemagne,
Canada, États-Unis, France, Italie,
Japon, Royaume-Uni, Russie.

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