Archives de l'hebdo des socialistes
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Histoire : Arthur Groussier, le fondateur du Code du travail

Disparu il y a cinquante ans, Arthur Groussier, grande figure du socialisme, fut député de Paris, vingt-huit années durant. Il fut également dirigeant du Grand Orient de France, la principale obédience maçonnique de notre pays, Retour sur la vie et l’action législative de ce réformiste à qui l’on doit, entre autres, la première édition du Code du travail. Né en 1863, Arthur Groussier mène de brillantes études à l’École des arts et métiers d’Angers, dont il sort titulaire d’un diplôme d’ingénieurmécanicien. Il s’installe ensuite à Paris, s’intéresse aux problèmes sociaux et à l’amélioration de la condition ouvrière. Du syndicalisme militant, il glisse vers le socialisme, et se rapproche de la Fédération des travailleurs socialistes de France, partagée entre Jean Allemane et Paul Brousse.
En 1893, le voici candidat, au nom du POSR (Parti ouvrier socialiste révolutionnaire), aux élections législatives dans le Xe arrondissement de Paris. Il est élu, et intègre le premier groupe parlementaire socialiste qui se constitue cette année-là. Cohorte certes maigre, mais ô combien symbolique, qui comporte en son sein Jean Jaurès, Jules Guesde, Marcel Sembat,René Viviani ou Émile Basly.
En 1896, pour des raisons internes au mouvement socialiste, il démissionne, avant de retrouver son siège deux ans plus tard. Battu en 1902, il reprend une activité professionnelle, puis récupère son mandat au nom de la SFIO, en 1906, pour être réélu jusqu’en 1918. Battu en 1924 et 1928, il se retire de toute vie politique active.

Lois de progrès social
Dès son arrivée à la Chambre,en 1893,Arthur Groussier s’attelle à son travail de parlementaire. En sa qualité de député, il entend être l’artisan d’une évolution sociale patiente et raisonnée. Quelques textes importants marqueront son époque, et même une partie de notre histoire contemporaine. Il s’implique dans l’élaboration de lois de progrès social : accidents du travail, hygiène et sécurité des travailleurs, conventions collectives. Il est celui qui permet aux femmes de siéger au sein des conseils de prud’hommes. Sa grande réalisation est bien sûr la mise en oeuvre du Code du travail, dans lequel sont rassemblés tous les textes assurant la protection légale des travailleurs, et leur garantissant le droit d’association. Certes, ce code n’a pas créé pour les travailleurs des droits nouveaux, mais ce rassemblement des textes a été fait avec méthode,afin de faire ressortir les insuffisances et les superfétations de la législation existante. Il constitue un document précis, dans lequel employeurs et travailleurs trouvent facilement la définition de leurs droits et devoirs.

Engagement maçonnique

Après avoir abandonné la politique active, Arthur Groussier se consacre à la franc-maçonnerie, à laquelle il appartient depuis l’âge de vingt-deux ans. En 1907, il entre au Conseil de l’ordre du Grand Orient de France (GODF). Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il ne quitte pour ainsi dire pas cette instance, assurant même à plusieurs reprises la présidence de l’obédience. Durant toutes ces années, il est confronté à la montée du fascisme et mène une lutte acharnée contre l’extrême droite française.
Le GODF s’engage dans la lutte contre l’extrémisme et soutient l’expérience gouvernementale de 1936.Puis,la guerre éclate.Et avec elle l’effondrement militaire, l’appel à Pétain, la disparition de la République,l’interdiction de la Franc-maçonnerie. Son grand âge épargne à Groussier une arrestation définitive. Mais il est attaqué dans la presse antimaçonnique, et la police le convoque régulièrement, le « file », perquisitionne à son domicile d’Enghien-les- Bains, en région parisienne.
Au lendemain de la guerre, une nouvelle page s’ouvre, dont Arthur Groussier n’est plus l’acteur principal. À cause de son âge, bien sûr : il a alors près de 82 ans et devient presque aveugle. Il porte aussi sur lui le poids du passé, de cette franc-maçonnerie de la IIIe République sans doute trop engagée dans le monde profane. Il reste toutefois très actif jusqu’au bout, ne refusant jamais d’animer une réunion, orateur apprécié par ses contemporains. Il décède à Enghien-les-Bains le 6 février 1957. Que reste-t-il de lui ? Une action législative sans faille, tournée vers l’humanité, pour améliorer le quotidien.

Denis Lefebvre

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