Archives de l'hebdo des socialistes
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La candidate d’une femme métisse

Au cours de son voyage de quatre jours aux Antilles, la candidate qui entend être « la présidente de la République qui mettra fin à toutes les discriminations,la présidente d’une France métissée qui s’assume comme telle »,a bel et bien prouvé son engagement politique en définissant à nouveau sa conception de la République. Une République qui « ouvre les bras à tous ses enfants ».

«Ségolène, tu es belle ! », « Ségolène, présidente ! » Acclamée, louée, et tellement attendue, Ségolène Royal, pendant ces quatre jours de visite en Guadeloupe et en Martinique, a dignement séduit les Antillais. Fière de revenir sur ces terres elle s’est souvenue, non sans émotion, de son stage à la préfecture de Fort-de-France, à sa sortie de l’ENA. Les sympathisants, femmes en tête, acquis à sa cause, étaient nombreux à lui tendreles mains lors de ses bains de foule, la hélant : « On est content que tu sois avec nous ! » Et visiblement, c’était réciproque.

« Moin sé en fanm doubout ! »

Ne voulant pas se laisser accaparer par les attaques incessantes de la droite dont elle est la cible depuis quelques semaines, Ségolène Royal, sereine et visiblement émue, s’est affichée en combattante, réaffirmant les « valeurs de gauche » qui lui tiennent à coeur. La candidate, en hommage à toutes les femmes martiniquaises, l’a clamé haut et fort : « Moin sé en fanm doubout ! Je suis une femme debout ! Malgré les mauvais coups, j’avance et j’ai besoin de vous.Décidez de votre avenir ! J’ai besoin de vous. Nous nous redresserons ensemble. » Et pour cela, bien décidée à combattre l’abstention, qui atteint ici des niveaux records,la candidate a tout naturellement sollicité le soutien de tous les élus de gauche et de tous les sympathisants. À l’instar de 160 personnalités de la gauche martiniquaise, Aimé Césaire, figure emblématique du département, a rejoint son comité de soutien, tout comme Serge Letchimy, fondateur et président du Parti progressiste martiniquais (PPM, autonomiste), maire de Fort-de-France : « Nous te soutenons fortement, massivement. Nous nous mobiliserons pour que tu accèdes aux responsabilités suprêmes. » L’adhésion fut toute aussi franche auprès du tissu associatif. Durant ces quatre jours, Ségolène Royal peut ainsi se targuer d’avoir fédéré presque toute la gauche antillaise derrière elle.

« Favoriser le recrutement local »

« Se soustraire à la médiocrité politique pour élever le débat » : c’est ce que Ségolène Royal voulait en se rendant aux Antilles. Face à l’engouement populaire, il fallait ne pas décevoir. Et sur ce point, l’accueil fait aux engagements de la candidate est tout aussi prometteur. Elle a annoncé qu’elle attaquerait sur tous les fronts : apurement des dettes locales de l’État, plan de relance des investissements publics et du logement social en particulier. « La droite a réduit depuis cinq ans les crédits du logement social. C’est une aberration, c’est une mauvaise action. Il y a aujourd’hui 20 000 foyers en Guadeloupe qui sont condamnés à des logements insalubres. Je m’engage à cesser d’utiliser les crédits du logement outre-mer pour boucler les problèmes de trésorerie d’un État mal géré. Si je suis élue, je m’engage à rétablir ces crédits qui viennent d’être supprimés : 500 millions d’euros supprimés en cinq ans sur la ligne budgétaire unique, l’instrument de financement du logement social dans les DOM-TOM. » Et de rappeler : « C’est la gauche qui en 1981 a réalisé l’égalité des droits sociaux pour l’outre- mer que la droite avait toujours refusée. »

En régionaliste convaincue, Ségolène Royal a annoncé une série de mesures adaptées à la région, comme celle de demander aux employeurs de « favoriser le recrutement local ». Elle s’est également promis d’étudier la façon de régionaliser les concours administratifs : « Nous ferons une partie de préférence régionale ; ça me semble moral et tout à fait acceptable. » En tout cas, « acceptée », selon les observateurs, par la plus grande majorité des Antillais, Ségolène Royal est rentrée renforcée de ce voyage sous le soleil des Caraïbes.

Carine Bruet

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