Altermondialisme : il existe une voie socialiste
Lors du 7e Forum social mondial, qui s’est tenu à Nairobi, du 20 au 25 janvier, la présence record du nombre de Français et la contribution des socialistes français ont été remarqués. Les débats organisés par la délégation PS ont confirmé que nombre d’acteurs placent leurs espoirs dans une alternance politique à la tête de l’État français.
Pour la première fois, le Forum social mondial (FSM) s’est déroulé intégralement en Afrique. Et si la presse française a estimé que ce forum était un échec, c’est essentiellement parce qu’elle n’y a pas trouvé d’intérêt, dès lors que les « people » n’y étaient pas, alors que les organisations de la société civile africaine étaient largement représentées. Il y avait 15 000 participants à Porto Alegre en 2001. Ils furent plus de 50 000 cette année.
Un mouvement en mutation
Après sept années de forums sociaux, le mouvement altermondialiste est en mutation. Il doit résister à l’érosion du temps et au désintérêt médiatique qui masque l’ampleur des mobilisations. Il prétend rester fidèle aux idées de départ, tout en luttant contre sa propre institutionnalisation. Rien de tout cela n’estévident, d’autant que le rapport à la mondialisation est lui-même en évolution : on est passé de la posture « anti » au discours « alter ». De Nairobi sont sortis des mots d’ordre qui constituent des axes de travail : les moyens de lutter contre la guerre et de gérer les conflits en envisageant de prendre le compte le rôle des ONG. Ou la renégociation des accords de partenariat économique entre l’Union européenne et les pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) qui inquiètent les acteurs sociaux africains puisqu’ils sont perçus comme un facteur supplémentaire d’appauvrissement.
Comme les forums sociaux se refusent à être des lieux d’élaboration d’une idéologie cohérente, il y a un espace dans lequel Églises et organisations religieuses s’engouffrent de plus en plus. Porteuses d’un message spirituel, oeuvrant dans les structures de développement des coins les plus reculés,elles constituent désormais un acteur incontournable et peut-être structurant du mouvement, plus visible que les syndicats et plus efficace, dans certains endroits, que les partis politiques.
Campagne pour un travail décent
La participation française a marqué un record : près d’un millier de Français, un imposant stand de la CGT, la présence massive de plates-formes d’ONG comme le CRID (Centre de recherche et d’information sur le développement)… De nombreux élus locaux ont ainsi côtoyé la délégation socialiste française conduite par Harlem Désir. Présents au forum des autorités locales et au forum des parlementaires, nos camarades ont tenté de jeter les ponts d’une structure parlementaire progressiste internationale pour proposer un débouché politique et législatif au combat altermondialiste.
Pour la première fois, le secrétairegénéral de la Confédération syndicale internationale (CSI), Guy Ryder,a pris la parole lors de la séance d’ouverture. Il a également participé aux travaux du Forum progressiste mondial (FPM) qui s’est déroulé pendant le FSM. Le FPM, comme la CSI, a pris part aux débats menés dans le cadre de l’Alliance pour le travail décent. Le forum progressiste a lancé une campagne avec les syndicats africains pour que,à l’occasion de la prochaine Coupe du monde de football qui se tiendra en Afrique du sud en 2010, la construction des stades comme la production des produits dérivés se fassent dans des conditions décentes, selon les normes de l’OIT (Organisation internationale du travail).
Le FSM a permis une nouvelle fois de constater que le mouvement altermondialiste français, et au premier rang les ONG, attend beaucoup de l’échéance du printemps prochain. Le Parti socialiste a invité les ONG françaises, leurs partenaires du Sud ainsi que les syndicats présents à Nairobi à débattre des relations entre la France et l’Afrique et des perspectives d’un développement plus solidaire. Tout le monde a répondu à l’appel, illustrant la qualité du dialogue établi depuis plusieurs mois avec, notamment, la Coordination SUD et le CRID.Il en ressort que la France dispose pour la première fois depuis 1981 des moyens de changer les règles du jeu économique et diplomatique entre le Nord et le Sud.En effet, les attentes de la société civile française sont très fortes : le mandat chiraquien fut particulièrement peu convaincant en ce qui concerne la lutte contre « la Françafrique », et le PS suscite de nombreux espoirs de ce point de vue. Les socialistes peuvent donc jouer à plein la carte de la rénovation, à un moment où, dans le monde africain, l’Europe apparaît de plus en plus comme un prédateur économique quasiment aussi féroce que les Etats-Unis, à cause de la négociation des accords de partenariat économique. Il s’agit donc, au plan européen,de faire porter la voix d’une solidarité plus forte,et,au plan français, de prouver qu’un autre monde est possible.
Pierre Kanuty

y a t’il un site où je puisse trouver des informations plus détaillées sur le forum