Archives de l'hebdo des socialistes
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Bruno Rebelle : « S. Royal place l’écologie au cœur de son programme »

Bruno Rebelle, le conseiller environnement de Ségolène Royal, détaille les convictions et les propositions qui l’ont convaincu que la candidate socialiste est la plus crédible en matière d’environnement. L’ancien numéro deux de Greenpeace Monde revient aussi sur les manoeuvres des renseignements généraux dont il a été victime : une stratégie de brouillage médiatique, destinée à occulter la campagne de fond.

Quelle est la force des propositions de Ségolène Royal dans le domaine de l’environnement ?

Ségolène Royal a choisi ce qu’aucun «grand candidat » à l’élection présidentielle n’avait osé: faire de l’excellence environnementale un des piliers de sa campagne. Elle place l’écologie au coeur de son programme et non pas comme une espèce d’appendice pour se conformer à l’air du temps. Elle s’engage à ce que les questions environnementales structurent les différentes politiques sectorielles (des transports, du développement économique, du logement, de la santé publique, etc). C’est une nouvelle grille de lecture qui intègre le respect des limites écologiques qui sont celles des ressources et de la santé publique –, mais qui propose aussi de mettre en valeur les opportunités de cette crise environnementale.

Qu’appelez-vous les opportunités de cette crise ?

Qui dit crise, dit risques bien sûr, mais aussi opportunités. Ségolène a une vraie compréhension des risques et des mutations que l’on doit opérer pour passer de la situation dangereuse où nous nous trouvons actuellement, à une situation d’opportunité. Ségolène Royal propose une vision positive de l’écologie tant économique que sociale. Prendre en compte l’environnement amène toujours les acteurs dans une démarche différente et débouche sur une politique sociale plus intéressante. C’est un élément de la cohésion sociale. Economiquement, cette crise, c’est potentiellement la montée en puissance d’une agriculture paysanne écologique pour peu qu’on ait le courage de réorienter les priorités politiques et les aides agricoles. L’impératif de réduction du CO2, c’est aussi l’occasion de développer des secteurs d’avenir à fort potentiel (habitat, transports, énergies). Des secteurs créateurs d’emplois et de croissance.

Dans le bâtiment par exemple, les matériaux durables et naturels représentent une réduction des coûts, ils sont jusqu’à 40 % moins chers,mais ils ont aussi des performances très supérieures pour la maîtrise de l’énergie !

L’écologie,ce n’est pas se faire mal, mais imaginer comment on fait mieux plus sobrement.

À vous écouter, Ségolène Royal est donc la candidate la plus crédible en matière d’écologie ?

C’est pour moi une évidence! C’est celle qui fait de l’écologie politique de manière la plus sophistiquée, la plus efficace. C’est la première fois que l’on a une candidate à la présidentielle en position d’influer vraiment sur le cours des choses, qui nous annonce une plateforme dont l’un des piliers est la démarche environnementale innovante. Cela va bien au-delà de la démarche de Nicolas Hulot qui ne prenait en compte que l’aspect proprement environnemental des choses. On ne va pas passer d’une société «qui va dans le mur» à une société merveilleuse, mais je suis persuadé que les propositions de Ségolène Royal, sa compréhension des problèmes, en font la meilleure pour gérer cette phase de transition. Je suis connu pour être quelqu’un d’intègre et d’entier. Mon adhésion n’est pas une adhésion au rabais.

Un mot sur les méthodes de basse police du successeur de Charles Pasqua, place Beauvau ?

Oui, certains ont été à bonne école, avec eux vraiment « tout devient possible ! »… J’ai la preuve qu’il y avait une vraie volonté de nuire et j’ai surtout été choqué du champ d’investigation des RG portant sur des éléments de ma vie personnelle et de cette concomitance des faits avec mon entrée dans l’équipe de campagne de Ségolène Royal. Des méthodes sales qui se découvrent aussi dans cette forme de harcèlement sur la petite phrase, cette chasse « au mot de travers » ouverte contre la candidate. Je voudrais qu’on fasse le même travail de traque sur Sarkozy ! Ce serait intéressant. J’ai par exemple eu des échos de son voyage en Baie de Somme.Il rencontre des chasseurs,puis à quelques mètres des écolos,leur tient successivement des propos contradictoires sur la Loi littoral. Ce serait amusant que l’on voit ça aussi dans les médias, non ?

Comment vois-tu cette campagne de l’intérieur ?

Ségolène a placé la barre assez haut en termes de probité et de niveau de campagne. Sa volonté, c’est de mettre en avant les valeurs qui fondent ce programme. A Montluçon, Ségolène a expliqué la nécessité de faire des choix difficiles, en matière d’orientation agricole, de nucléaire, d’intégration du coût réel payé par la société (la facture environnementale) dans les prix des transports ou de l’agriculture intensive. Ce ne sont pas des débats faciles à aborder et je n’ai jamais entendu un politique porter ces questions avec autant de force. Ségolène pose avec cette détermination qui lui est propre les questions que l’on ne peut plus éviter, alors que souvent la classe politique s’est décrédibilisée à force ne pas les affronter.

Que réponds-tu à ceux qui s’interrogent sur sa méthode ?

La méthode est vraiment très importante ! Même s’il y a quelque chose de déroutant pour la classe politique traditionnelle, je dis aux médias: «regardez ce qui se passe dans les débats participatifs». Ce sont des lieux où commence à se préparer une forme de co-participation à la décision publique. C’est un prolongement de la démarche de Nicolas Hulot. Il a par son activisme imposé fortement l’écologie dans la campagne. Ségolène reprend le flambeau aujourd’hui et propose d’intégrer la société civile et le travail énorme des associations aux politiques publiques.Réformes du Conseil économique et social, intégration des associations aux politiques publiques, nouveaux pouvoirs pour les consommateurs, les comités d’entreprise…. Souvent on réduit le développement durable à ses dimensions économiques et sociales, mais l’écologie c’est aussi la participation !

Propos recueillis par David Langlois-Mallet

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