Archives de l'hebdo des socialistes
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Le pacte écologique de Ségolène Royal

Extraits de son intervention au débat participatif de Montluçon

Je veux faire de la France le pays de l’excellence environnementale, parce que nous n’avons pas le choix – il nous reste dix ans pour agir avant qu’il ne soit trop tard. C’est non seulement la condition de notre propre survie, ainsi qu’en témoignent les dérèglements climatiques, qui font des dégâts considérables et des drames humains insupportables à l’échelle de la planète, mais également, comme je l’ai dit précédemment, parce que là se situent les principaux foyers des conflits et des guerres de demain ».

« Je crois que les Français ont toujours été en avance sur les responsables politiques sur ces questions. Leur attention se porte sur le cadre de vie, la disparition d’un certain nombre d’espèces, le souci de donner une alimentation saine à leurs enfants, les maladies, et notamment les maladies respiratoires, qui sont en augmentation très forte du fait de la pollution de l’air dans les villes. Il faut également souligner la tristesse de la disparition des paysages, des rivières, des mémoires de l’identité paysagère. J’évoquerai également ceux qui souffrent dans leur profession – les petits agriculteurs et les éleveurs ».

« La protection de l’environnement est incompatible avec le libéralisme, avec la loi du marché. Celui-ci calcule à court terme ; il est par définition prédateur des valeurs collectives, lorsqu’on lui dit que l’eau, l’air ou les sols sont gratuits car ils appartiennent à la collectivité. Il faut donc remettre les choses à l’endroit et faire en sorte que, dans le calcul du coût de toute activité économique soit intégrée la valeur collective du bien public qu’est la protection de l’environnement. Il s’agit de la seule façon de lutter contre le réchauffement climatique et contre les maladies en amont, y compris le cancer ».

« Enfin, c’est une question centrale d’égalité sociale. La dégradation de l’environnement – alimentation, air, bruit – frappe d’abord ceux qui ont le moins de revenus. Il existe une cohérence entre le développement économique, le progrès social et la protection de l’environnement. Il s’agit donc d’un enjeu majeur : je veux le mettre à l’impératif, au coeur du projet présidentiel ».

« Ceux qui nous promettent monts et merveilles dans le domaine de l’environnement, qu’ont-ils fait depuis cinq ans? Ils ont drastiquement diminué les aides aux associations ; ils ont supprimé tous les emplois-jeunes qui aidaient les associations environnementales ; ils ont autorisé les entreprises à polluer d’avantage ; ils n’ont pas transcrit dans le droit français la prévention sur les OGM. Ils ont refusé d’inscrire dans la loi sur l’eau le principe pollueur-payeur. Enfin, ils ont reculé devant toutes les réformes concernant l’agriculture et se sont refusés à rétablir,ne seraitce que marginalement,un peu de justice entre les aides données à l’agriculture durable et celles, massives, attribuées à l’agriculture intensive».

« Nous devons agir, comme je m’y suis engagée vis-à-vis de Nicolas Hulot ; je revendique le fait de reprendre ce flambeau, parce que je revendique la crédibilité de mon action dans ce domaine, les actions déjà conduites, les engagements et les combats déjà accomplis ».

« C’est dans le secret des chiffres que se trouve l’inaction. Je veux mettre en place un programme national de réduction de l’usage des pesticides et donc oeuvrer à la publication de la densité des matières chimiques qui sont déversées dans les sols par les activités agricoles comme industrielles ».

« Nous ne laisserons plus s’approprier des profits individuels par prélèvement sur la dégradation de l’environnement. C’est un combat difficile, mais je pense que le contexte y est favorable. À un moment où l’Europe est en panne, tout le monde cherche le moyen de relancer l’Europe concrète, l’Europe par la preuve ; je pense que si l’Europe parvient à adopter un programme environnemental ambitieux elle fera la preuve de son utilité auprès des citoyens ».

« Si la France fait des efforts, elle peut créer beaucoup d’emploi et d’activité dans le domaine de toutes les éco-activités et de toutes les éco-industries. Aujourd’hui, il n’existe pas sur le territoire national une seule usine de fabrication de panneaux solaires. C’est souvent faute d’avoir anticipé, faute d’être visionnaire, que l’on est confronté à des problèmes.

« La voiture électrique n’existe toujours pas aujourd’hui, ou bien est extrêmement chère. Le lobby pétrolier a fait son ouvrage depuis dix ans. Demain, la puissance publique donnera une injonction aux entreprises, dans leur propre intérêt, et remettra à niveau la recherche, pour faire en sorte que les discours correspondent aux actes, pour la protection de l’environnement soit vraiment un levier du développement économique et de la création d’emplois ».

« Il faudra en outre se poser la question de l’énergie nucléaire, sujet tabou. La France ne pourra pas se passer du nucléaire, mais nous devons en premier lieu limiter la place du nucléaire dans la consommation énergétique. Par ailleurs, le problème du déchet nucléaire n’est pas résolu. Il faut avoir le courage de programmer une action d’extinction progressive des centrales les plus anciennes et les plus dangereuses. C’est souvent lorsque le responsable politique manque de courage qu’il est ensuite confronté à des problèmes ou à des difficultés ».

« Je veux une France qui soit celle de l’excellence environnementale, qui ait le courage d’anticiper, qui dise les choses telles qu’elles sont, qui ne se laisse pas intimider, influencer, sous le poids des habitudes de pensée, sous le poids des intérêts financiers, sous le poids de tel ou tel lobby ou de tel ou tel rapport de forces. Ce que je veux mettre au coeur de tout et en avant de tout, c’est la protection des citoyens, de leur santé, de leur cadre de vie, de leur qualité de vie, de leur qualité alimentaire, de la façon de se déplacer, de produire et d’habiter, afin que nous puissions finalement régler ces problèmes de biodiversité, de protection de la planète, mais également ces questions essentielles de protection de la santé au quotidien et de protection de la génération qui vient, par rapport à la qualité de l’alimentation, à la qualité de l’air, à la qualité de l’eau, et à la réduction des inégalités entre les pays riches et les pays pauvres. Car si nous imposons aux pays pauvres le mode de développement par l’énergie fossile que nous avons adopté, nous les faisons courir à leur perte ».

Ségolène Royal

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