Archives de l'hebdo des socialistes
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Histoire : « Verts et socialistes ont appris à dialoguer »

Souvent orageuses par le passé, les relations entre écologistes et socialistes se sont progressivement pacifiées pour aboutir à des accords électoraux et gouvernementaux. Entretien avec Alain Bergounioux, secrétaire national aux études.

Les relations entre écologistes et socialistes ont souvent été tumultueuses. Comment expliquez- vous ces rapports ?

Plusieurs phases ont rythmé nos relations, dont la complexité s’est révélée d’autant plus forte que les Verts ont toujours eu du mal à faire coexister un courant ancien et constitué avec une sensibilité nouvelle. Rappelons que la doctrine écologiste s’est forgée dans la foulée des évènements de mai 68. Et qu’elle a pris forme avec la candidature de René Dumont à l’élection présidentielle de 1974, et l’influence exercée par Brice Lalonde, proche du centre-gauche. Dans l’esprit de ses partisans, l’objectif n’était pas tant d’accéder au pouvoir que de faire pression sur les partis en présence.

Entre 1984 et 1986, les écologistes deviennent une force politique à part entière…

Se pose alors la question du choix entre le dépassement des clivages droite-gauche et le ralliement à la gauche dont les élus ont montré, à l’échelon local, leur attachement à l’environnement. S’ensuit un débat qui secouera le mouvement écologiste jusqu’en 1993. Il se soldera par la domination de la ligne incarnée par Antoine Waechter, rallié au principe du « ni droite, ni gauche ». De vives discussions l’opposeront au PS. Ce qui n’empêchera pas Brice Lalonde, président de Génération écologie, d’entrer dans le gouvernement Rocard, en 1988, malgré les luttes intestines entre son mouvement et les Verts.

Dès lors, les discussions seront serrées entre la ligne représentée par Antoine Waechter et celle qu’incarnent Yves Cochet et Dominique Voynet, tous deux favorables à une alliance avec le PS. Après l’espoir suscité par les régionales de 1992, où les Verts et Génération écologie, unis pour l’occasion, obtiennent près de 20 % des suffrages exprimés, la déception domine au lendemain des législatives de 1993. Ces élections marquent toutefois l’entrée dans une nouvelle ère. En 1994, une large majorité des Verts rallie le camp de la gauche. Dominique Voynet se présente au premier tour de la présidentielle de 1995, avant de se désister en faveur du candidat socialiste, Lionel Jospin. Au même moment, Brice Lalonde met le cap à droite. Ce qui le conduit finalement à l’UDF.

Dès lors, une clarification politique se dessine. Elle se traduit par la signature d’un accord de gouvernement avec le PS, en 1997, au sein de la gauche plurielle.

Les dirigeants écologistes peuvent- ils surmonter leurs divergences ?

L’apparition dans le débat de Nicolas Hulot, qui symbolise dans une version modérée ce qu’Antoine Waechter représentait hier dans une vision fondamentaliste, a révélé certaines ambiguïtés.Mais soyons clairs : le discours « ni droite, ni gauche » résiste difficilement à la critique. Au fil du temps, les Verts se sont d’ailleurs rapprochés du PS. Les deux partis ont appris à dialoguer et à diriger de concert des collectivités territoriales. Au point qu’au-delà des divergences, des accords gouvernementaux sont désormais possibles. Les Verts ont compris que la stratégie de la pression ne suffit plus et qu’il leur faut, à un moment, exercer des responsabilités pour franchir un cap décisif.

Le lobby Vert a-t-il eu une influence sur le positionnement du PS en faveur de l’environnement ?

La préoccupation de l’environnement est une valeur ancienne au sein du Parti. François Mitterrand a d’ailleurs veillé à la présence, au sein du bureau exécutif, d’un secrétaire national en charge de ces questions.Il a même nommé un ministre de tutelle, Huguette Bouchardeau, dès 1981.Avec la volonté permanente d’inscrire les préoccupations écologiques au coeur de la pensée socialiste. Pour le reste, l’affirmation d’un courant de pensée sociale,culturelle et politique chez les Verts,dans le courant des années 80, a sans aucun doute pesé dans l’affirmation de nos positions. Il y a donc eu interaction entre les deux partis autour d’une même problématique.

Propos recueillis par Bruno Tranchant

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