Épisodes savoureux de la campagne de 81
En 1981, les gaullistes de gauche prennent fait et cause pour le candidat socialiste à l’élection présidentielle. 25 ans plus tard, Philippe Dechartre s’est confié à Jean-Marcel Bichat.
Valéry Giscard d’Estaing revient, dans son dernier livre (1), sur le dîner de Chirac et Mitterrand chez Edith Cresson. On pourrait croire, à la lecture de ce témoignage d’un homme meurtri par la trahison, que l’élection de 1981 n’en serait que le fruit. Au sein du MSP (Mouvement pour une société de participation) animé par l’ancien ministre et compagnon de Résistance de Mitterrand, Philippe Dechartre, les gaullistes de gauche ne se résignaient pas à la réélection de VGE. Ils voyaient leurs idées sociales dépérir, certains craignant même un « troisième tour » dans la rue en cas de défaite de la gauche, comme en 1974. Philippe Dechartre publia dans le Monde une tribune expliquant sa préférence pour Mitterrand, et reçut aussitôt le soutien de Michel Jobert,ancien collaborateur de Pompidou.Une petite structure au sigle étrange, le CNNRVGE, « comité national pour la non réélection de VGE »,déjà en relation avec le PS, devint la structure d’accueil des gaullistes anti-VGE.
Mises en garde
Le MSP était un mouvement associé au RPR. Jacques Chirac invita Dechartre à s’exprimer devant son comité central. Habituellement sifflé et hué dans cette enceinte, le nom de Mitterrand fut spontanément applaudi comme le furent les raisons du choix de Dechartre! Comme pour toutes les positions de son mouvement, Dechartre diffusa sa lettre à l’ensemble du fichier du RPR.VGE la reproduit en annexe de son livre. Une réunion publique fut organisée par le CNNRVGE entre les deux tours, avec Dechartre, Jobert et Chevènement. Au même moment, dans la plus grande discrétion, des responsables communistes appelaient au « vote révolutionnaire à droite contre la social-démocratie ». Pas de consignes écrites, mais des mises en garde orales. Un ancien dirigeant du PC se souvient de ces manoeuvres dans la fédération de Georges Marchais et pense même que celui-ci y prêta la main.
Sanction
Le Général disait en parlant des gaullistes de gauche: « Ce sont de bonnes bouteilles, mais elles sont rares ». Il ne faut donc sans doute pas voir plus que le geste d’une poignée de militants gaullistes dans le soutien à Mitterrand. Il n’y a pas eu de complot, mais un climat hostile à VGE, tombeur de De Gaulle lors du référendum de 1969. Ceci compensa efficacement cela. Mitterrand fut élu, mais Dechartre déclina toute proposition d’entrer au gouvernement.
J.-M. Bichat
(1) Le pouvoir et la vie, tome 3, Choisir, 2006, 554 pages.
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