Pierre Mauroy : « Pour le Parti, chaque campagne est une rénovation »
Depuis son adhésion, Pierre Mauroy a occupé toutes les fonctions au Parti socialiste et a été de toutes les batailles électorales. Il évoque ici ses souvenirs de campagnes, de 1965 à 2006. Quarante années d’engagement sous l’oeil attentif de celui qui fut le premier chef d’un gouvernement socialiste sous la Ve République.
Pour la première fois, l’élection de 1965 se déroule au suffrage universel direct. Face au général de Gaulle, François Mitterrand, qui a le soutien des radicaux, des socialistes et du Parti communiste, met son adversaire en ballottage, à la surprise générale. Il s’affirme comme le leader incontestable de la gauche. Quels souvenirs conservez-vous de cette campagne ?
Elle est la première de ce type à laquelle j’aie participé. Elle marque le début de mon engagement aux côtés de François Mitterrand. À cette époque, je suis secrétaire national des Jeunesses socialistes et je dirige la fédération nationale Léo Lagrange, que j’ai fondée en 1950 avec quelques amis. C’est une façon pour moi d’assurer la continuité de mes convictions, de nous adapter aux évolutions de la société française d’aprèsguerre et d’envoyer à la jeunesse un message de rassemblement et de modernité. Ce qui me vaut d’apparaître comme l’homme du renouveau au sein de la SFIO, le parti de Jaurès et de Blum. Depuis 1946, Guy Mollet en est le secrétaire général. La nécessité d’un changement se précise. Il y participera à sa manière, quelquefois tourné vers l’avenir mais toujours tenté aussi de ne pas ouvrir la « Vieille maison ».
En Allemagne, le congrès de Bad Godesberg (1959) a entériné l’option réformiste, écartant toute référence au marxisme et à la lutte des classes. Il pousse les dirigeants socialistes français à s’interroger sur la nécessité d’un changement idéologique radical. Cette évolution interviendra au fil des campagnes, sous l’impulsion des candidats, avec l’ambition de transformer, par la réforme, notre société. Pour le Parti, chaque campagne est l’occasion d’approfondir sa rénovation.
Un concept nouveau apparaît, l’union de la gauche, autour d’un candidat unique, François Mitterrand, qui devient le porte-drapeau de toute une génération…
La plupart des militants et des cadres de la SFIO se partagent alors entre un conservatisme idéologique, fortement marqué par les luttes de pouvoir entre socialistes et communistes, et une aspiration au renouvellement, que je partage. C’est d’ailleurs ce qui fera de moi, lors de la campagne de 1965, le mandataire de François Mitterrand dans le Nord-Pas-de- Calais. La fédération du Nord se montre d’abord réservée face à un homme qui n’est pas du sérail et qui bouscule les idées reçues sur cette vieille terre ouvrière. Mais, en octobre 1965, j’organise à Lille une réunion en présence du candidat dont l’intervention fera date. Le public est conquis, la partie gagnée. Après la réunion, dans le train qui nous ramène à Paris, François Mitterrand me confie : « Vous savez, Pierre Mauroy, il suffit de cent hommes décidés, et tout sera possible. » Malgré la défaite du candidat de la gauche, qui a cependant réussi à mettre le général de Gaulle en ballottage, le concept d’union de la gauche progressera, constituant une avancée décisive qui pèsera à l’avenir.
En 1974, François Mitterrand échoue de peu face à Valéry Giscard d’Estaing (49,6 % des voix au second tour) et ce résultat marque la progression des socialistes dans le pays. C’est la campagne de tous les espoirs…
Oui. Elle intervient trois ans seulement après le congrès d’Épinay de juin 1971 qui a abouti au rassemblement de la famille socialiste, dans une optique de renouveau et d’union de la gauche.À l’issue du congrès, François Mitterrand est élu Premier secrétaire, je deviens secrétaire national à la coordination, avec pour principale mission de mettre le Parti en ordre de marche pour conquérir le pouvoir.
Après l’adoption d’un programme commun de la gauche, la campagne de 1974 s’engage avec ce beau slogan : « Changer la vie ». François Mitterrand la conduira tambour battant depuis la tour Montparnasse. L’élan est tel que le candidat socialiste ne concède que 200 000 voix à son adversaire, Valéry Giscard d’Estaing. Au lendemain de l’élection, malgré notre insuccès, nous sommes tous réunis autour de François Mitterrand, avec un moral de vainqueurs. « Cette fois-ci n’a pas été la bonne, mais la prochaine nous mènera à coup sûr vers la victoire! », nous lance-t-il.
Le 10 mai 1981, l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République ouvre une nouvelle ère dans l’histoire du socialisme français. Quand avez-vous pris conscience que la gauche allait l’emporter ?
Cette prise de conscience n’a été effective qu’une semaine avant le second tour, quand nous sont enfin parvenus des sondages très favorables. Les derniers meetings se sont déroulés dans une ambiance survoltée. À notre retour en avion du meeting de Nantes, François Mitterrand exprime sa confiance devant une cinquantaine de journalistes. Deux jours plus tard, il annonce sa victoire depuis Château- Chinon. Je deviens Premier ministre. Lionel Jospin est aux commandes du parti.
En 1988, François Mitterrand est réélu avec 54 % des voix. Le candidat socialiste, qui a fait campagne sur le thème de « La France unie », se prononce pour une ouverture de la majorité. Comment avez-vous vécu cette période ?
La campagne de 1988 est dominée par « La lettre aux Français » que leur adresse François Mitterrand. Les militants ont maintenu leur confiance dans le candidat socialiste. Mais le président de la République devra désormais compter avec une majorité parlementaire restreinte. En sept ans,la situation politique a changé.En appelant Michel Rocard à Matignon, François Mitterrand a opté pour l’ouverture. Dès lors, la cohésion de la majorité s’en ressent. Les courants et l’apparition de leurs éléphants agitent le Parti.
En 1995, Lionel Jospin et Henri Emmanuelli se présentent à l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle, avec le vote « direct et secret » du 5 février. Cela marque une nouvelle manière de faire participer les adhérents aux débats internes…
François Mitterrand, préoccupé, me demande d’être candidat, ce que je ne peux accepter en raison de mon engagement à Lille. De son côté, Jacques Delors, après avoir longtemps hésité, décide finalement, en décembre 1994, de ne pas être candidat. Lionel Jospin l’emporte alors avec 70 % des voix face à Henri Emmanuelli, au terme d’un débat interne éclair. S’ensuit une brillante campagne qui donnera un nouvel élan au parti, malgré la défaite qui, après la dissolution de l’Assemblée nationale par JacquesChirac, débouchera sur une cohabitation et la nomination de Lionel Jospin au poste de Premier ministre.
La campagne présidentielle de 2002 est beaucoup plus agitée…
Elle ne sera pas à la hauteur du bilan de Lionel Jospin. Faute d’un message cohérent à l’adresse des couches populaires, le Front national arrive devant le candidat socialiste au soir du premier tour. C’est un choc terrible dans le pays comme dans les fédérations du parti socialiste. Ainsi, dans ma fédération du Nord, le premier secrétaire Marc Dolez entre en dissidence avec la majorité du Parti. Je dois alors reprendre les rênes de la fédération. Concrètement, la défaite de 2002 marque la fin d’une période et le début d’un nouveau cycle. Vingt-cinq ans ont passé depuis le 10 mai 1981 et nous devons nous adapter aux évolutions du monde et de la société française.
En 2006, le PS boucle une « primaire » inédite et très médiatisée… Un nouveau cap est franchi et le Parti en sort grandi au terme d’une campagne d’une grande dignité.
Nous le devons d’abord au premier secrétaire, François Hollande, qui a réussi la synthèse au congrès du Mans. À Ségolène Royal, ensuite, qui affiche sa détermination en accompagnant le projet du PS d’une petite musique nouvelle, bien différente des discours convenus. Sa montée dans les sondages est spectaculaire. C’est là un signe fort du désir de changement auquel aspire l’opinion et la preuve que nous sommes entrés dans une nouvelle ère politique.
Propos recueillis par Jean-Marcel Bichat et Bruno Tranchant
[...] Pierre Mauroy : “Pour le Parti, chaque campagne est une rénovation” Serge Moati : “Les médias sont ennemis de la complexité” 1965-1981 : le long chemin de l’unité 1981-2002 : le pouvoir et après… Épisodes savoureux de la campagne de 81 Les élus en région [...]
[...] Pierre Mauroy : “Pour le Parti, chaque campagne est une rénovation” [...]
Bonjour et mes meilleurs voeux
Oui,Ségolène Royal a su créer cette dynamique autour des militants socialistes et de la gauche,mais je doute que la synthèse du Mans soit une réussite pour le projet socialiste car il a divisé et actuellement va engendrer des contradictions entre ceux qui n’ont pas voulu de cette synthèse et ceux qui se ralient à la candidate.
Seul Ségolène détient le secret pour la victoire des socialistes le 6 mai 2007 et après.
Militant PS du 59 avec des convictions fabiusiennes ,je soutiens activement cette candidate pour son futur succès.Ce sera celui de tous les socialistes.
Ensuite viendra le temps d’un futur congrès qui j’espére réunira tous les socialistes.
Je vous remercie .
Avec ma plus haute considération pour l’homme qu’est et fut Pierre Mauroy
[...] Pierre Mauroy : “Pour le Parti, chaque campagne est une rénovation” [...]