Berlin : les grands travaux européens

À compter du 1er janvier 2007, c’est au tour de l’Allemagne de prendre les rênes de l’Union européenne. Avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à la même date, ce sera la première présidence dans une Union européenne à 27 membres.

L’Allemagne accède à la tête de l’Union alors même que les institutions n’ont pas été réformées et qu’une présidence ne revient désormais que toutes les 13 années et demie. Rarement présidence aura réuni autant d’espoirs en elle, à la fois parce que l’UE est en crise et parce qu’il s’agit d’un grand pays dont la capacité d’influence est supposée forte. Reste à savoir quelle sera la marge de manoeuvre et l’empreinte du SPD au sein de la grande coalition allemande. Comme le souligne Benoît Hamon, secrétaire national au projet européen et député européen, « les gouvernements de coalition, entre deux partis de gauche et de droite, ont un fonctionnement que nous connaissons mal en France. La politique gouvernementale est le fruit d’une négociation permanente entre les partenaires, et l’action des différents ministres, y compris celle de la chancelière, ne peut s’écarter du cadre négocié sous peine de provoquer une crise. »

Trois rendez-vous importants marqueront ce semestre. Jusqu’au Conseil européen de printemps, les 8 et 9 mars, la présidence allemande sera économique et environnementale avec trois priorités : le changement climatique, la politique énergétique de l’UE et l’amélioration du processus législatif. L’énergie d’abord : la Commission lancera la discussion avec la publication le 10 janvier d’un « paquet énergétique » qui identifiera les grandes questions dans ce domaine. Il incombera ensuite au Conseil européen d’arrêter un plan d’action et une feuille de route pour d’éventuelles propositions législatives. Pardelà leurs divergences dans le degré de libéralisation souhaité ou la combinaison énergétique voulue, les États membres sont tous confrontés à des défis communs : comment garantir la sécurité des approvisionnements ? Comment économiser des ressources rares ? Comment investir dans de nouvelles énergies propres et renouvelables ?

Le changement climatique ensuite : parce qu’elle promeut un développement durable, l’Union a toujours été à la pointe des négociations internationales en matière de lutte contre le changement climatique. L’enjeu des deux années qui viennent est de négocier le nouveau régime international de lutte contre le changement climatique – dit post-Kyoto – puisque les dispositions de ce protocole expirent fin 2012. L’Allemagne souhaite que le Conseil européen puisse établir les premières lignes directrices de la position que l’UE défendra lors de ces futures négociations.

Enfin, l’Allemagne souhaite l’adoption d’engagements à réduire les charges administratives pesant sur les entreprises et à mieux légiférer.

Retour à la constitution

À partir du 10 mars, les questions institutionnelles reprendront le dessus : le 25 mars, les chefs d’État et de gouvernement fêteront le cinquantenaire du traité de Rome en adoptant une déclaration sur les valeurs et les buts de l’UE. C’est l’occasion à la fois du bilan et d’un nouvel élan. Pour Benoît Hamon, « le moment de la célébration de cette expérience réussie de paix et de coopération doit aussi être celui du bilan d’une Europe encore trop timide lorsqu’il s’agit de construire des outils de gouvernance économique et sociale, un espace de solidarité et de protection, un acteur international capable de peser. »

Enfin, la présidence allemande doit proposer, dans un rapport au Conseil européen des 21 et 22 juin, des pistes de réflexion pour sortir de l’impasse où se trouve le traité constitutionnel et la question de la réforme des institutions.

À cet égard, « le discours du président du SPD, Kurt Beck, lors du congrès du PSE à Porto, qui exprimait l’ambition d’un nouveau volontarisme social de l’Union européenne, ouvre des perspectives », note le député européen.Comme le rappelle Benoît Hamon, « le SPD est un partenaire essentiel de la coalition, et il détient les affaires étrangères avec Frank- Walter Steinmeier. L’intérêt pour les socialistes français de poursuivre et d’intensifier le travail en commun avec le SPD est donc évident. »

Politique de voisinage

Les 25 ont entériné l’accord intervenu entre les ministres des affaires étrangères consistant à geler temporairement huit chapitres de négociation avec la Turquie. L’Allemagne va par ailleurs tenter de relancer la politique de voisinage afin d’offrir une alternative crédible et attractive à l’adhésion. En ce qui concerne le traité constitutionnel, il ressort clairement des consultations menées par la présidence finlandaise qu’il n’est pas possible de repartir de zéro, la plupart des États membres souhaitant garder sinon le traité en tant que tel, du moins autant de sa substance que possible. À l’inverse, remettre sur la table le même texte paraît tout autant exclu. La chancelière a toujours exprimé son très fort attachement à ce texte que le Bundestag a ratifié, et a jusque-là bloqué toute tentative visant à son démantèlement. Elle sait que le succès ou l’échec de la présidence allemande sera jugé à cette aune-là, alors même qu’en raison du calendrier électoral français, elle ne disposera que de quelques semaines « utiles » après la présidentielle, voire de quelques jours, après les législatives. Et cela par une ruse de l’histoire : une inversion du calendrier des présidences finlandaise et allemande demandée par le chancelier allemand de l’époque, Gerhard Schröder.

Judith Fougerolles et Pierre Kanuty

2 réponses à “Berlin : les grands travaux européens”

  1. [...] Berlin : les grands travaux européens Dossier “Souvenirs de campagne” [...]

  2. pierre dit :

    « En ce qui concerne le traité constitutionnel, il ressort clairement des consultations menées par la présidence finlandaise qu’il n’est pas possible de repartir de zéro, la plupart des États membres souhaitant garder sinon le traité en tant que tel, du moins autant de sa substance que possible. À l’inverse, remettre sur la table le même texte paraît tout autant exclu. La chancelière a toujours exprimé son très fort attachement à ce texte que le Bundestag a ratifié, et a jusque-là bloqué toute tentative visant à son démantèlement. »
    La plupart des États membres se sont exprimé par la voie de leurs élus et non comme en France et en Hollande par celle de leurs électeurs. On a pu voir à cette occasion la divergence d’opinion entre les élus et la population de ces deux pays et notamment en France où les politiques auraient voté oui dans leur grande majorité alors que les électeurs ont dit non à 56%.

    La démocratie et l’avenir de l’Eu voudraient, au vu des résultats divergents entre les habitants et leurs représentants en France et en Hollande, que des referendums aient lieu partout où c’est possible: Une sorte de « démocratie participative » comme dirait Mme Royale.

    Au lieu de cela il semble que la chancelière allemande et bien d’autres s’entêtent au point de vouloir conserver un texte sur la constitution qui a été refoulé par deux Pays dont les peuples se sont exprimés et par certainement d’autres si la même méthode avait été appliquée.

    L’Europe ne peut être durablement construite que par l’approbation et le consentement de sa population et non par le passage en force des politiques!

    Il y a un fossé entre l’Europe des citoyens et celle des politiques qui montre le manque de démocratie inhérent par exemple en France au système électoral non proportionnel et par conséquence non représentatif.

    Il serait utile d’instaurer la proportionnelle intégrale au lieu de vouloir garder un texte déjà refusé et non représentatif.