Seconde partie du congrès extraordinaire d’investiture
Retrouvez l’intégralité de la seconde partie du congrès d’investiture, faisant suite au discours de Ségolène Royal. L’intervention de Pierre Mauroy, puis le discours du président de l’Internationale socialiste, George Papandreou. À la tribune, se sont ensuite enchaînés les messages de soutien à la candidate par les représentants socialistes à travers le monde. Jean-Marc Ayrault a alors lu un message de Kurt Beck, président du Parti social démocrate d’Allemagne, Pierre Moscovici, un message de Romano Prodi, président du Conseil italien, Danielle Bousquet, un message de Jose Luis Zapatero, président du gouvernement espagnol et enfin Yvette Roudy a lu un message particulièrement cher à notre candidate, celui de Michelle Bachelet, présidente du Chili. Suite à ces lectures, sont intervenus Elio Di Rupo, président du Parti socialiste belge francophone et Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche.
- Intervention de Pierre Mauroy, président de séance
- Intervention de George Papandreou, président de l’Internationale socialiste
- Jean-Marc Ayrault lit un message de Kurt Beck, président du Parti social démocrate d’Allemagne
- Pierre Moscovici lit un message de Romano Prodi, président du Conseil italien
- Danielle Bousquet lit un message de Jose Luis Zapatero, président du gouvernement espagnol
- Yvette Roudy lit un message de Michelle Bachelet, présidente du Chili
- Intervention de Elio Di Rupo, président du Parti socialiste belge francophone
- Intervention de Jean-Michel Baylet, Président du Parti radical de gauche
Chère Ségolène, te voilà investie. Nous avons entendu ton message. Tu nous appelles au changement. Et d’abord, le premier changement sera de battre la droite et de nous conduire à la victoire. Et puis, tu suggères aussi que nous puissions nous adapter aux changements, aux mutations, à cette société qui ne cesse pas de bouger. En tout cas, ce que nous souhaitons avec toi, c’est faire le plus grand rassemblement du plus grand nombre de Français dans la ferveur, dans l’enthousiasme, et avec une volonté de beaucoup de changements. Nous avons pour cela un Projet, nous avons tes propositions, nous avons tes initiatives, tu viens de t’exprimer, en tous les cas nous sommes avec toi pour te conduire à l’Élysée.
Tu as parlé de la situation du monde, et c’est vrai que nous attendons que la France puisse prendre toutes ses responsabilités, et puisse donner une autre image que celle qu’elle donne présentement. Et c’est pourquoi nous accueillons avec le plus vif plaisir celui qui est le président de l’Internationale socialiste.
Cher George, je n’oublie pas que j’ai été pendant neuf ans président de l’Internationale socialiste, c’est toi qui actuellement as cette charge. Eh bien, les Français entendent certainement, les socialistes français entendent certainement y prendre toute leur place et te soutenir dans tous tes efforts dans un monde qui est cruel, dans un monde qui est injuste, et dans un monde qui devrait davantage partager nos idées. Tu as la parole.
Merci beaucoup.
Chers amis, chers camarades, chère Ségolène, aujourd’hui, même si je ne suis pas sûr de mon français, je vais essayer de m’exprimer dans votre belle langue.
Aujourd’hui, c’est un jour de célébration. C’est avec joie et émotion que je me trouve ici parmi vous pour partager ce moment. Le choix d’une femme, le choix d’une femme dynamique comme candidate aux présidentielles a une grande importance symbolique, c’est un geste vraiment révolutionnaire.
Ségolène Royal a une vision pour la France et pour ses citoyens. Ségolène Royal a une vision pour la démocratie participative. Cette vision, je la partage entièrement.
Avec ce choix, les socialistes français sont à l’avant-garde. Sa vision, sa passion, son désir de partager, son attachement à la démocratie participative sont des qualités qui fondent l’espoir de nouvelles perspectives pour la gauche et pour la France. La gauche moderne, renouvelée, est aujourd’hui appelée à donner au peuple une nouvelle vision de société, une vision de société juste, une vision fondée sur des valeurs collectives : l’éducation de nos citoyens, une vision de démocratie participative.
C’est à la gauche, pas à la droite, que revient de concilier la cohérence sociale, la lutte contre les inégalités et l’insécurité, et pour le développement durable. C’est à la gauche, pas à la droite, que revient de réorienter le projet de l’Europe. C’est à nous, les socialistes, pas à la droite, que revient le devoir de lutter contre le fanatisme et l’exclusion. C’est à nous, socialistes, qu’il revient de lutter pour la paix et l’inclusion.
Et cette nouvelle page pour la gauche commence ici et maintenant en France, pays de liberté et de tolérance, avec la victoire de Ségolène Royal aux prochaines élections présidentielles.
Chers amis et camarades, le Parti socialiste français a donné une leçon de démocratie, un exemple de fonctionnement démocratique d’un parti moderne. Bravo à votre secrétaire François Hollande. Bravo à vous, François. Cette procédure exemplaire nous a enrichis par des idées, par des débats de haute qualité qui ont fait avancer le renouvellement du projet de la gauche moderne face au défi de la globalisation, face à la montée des intégrismes de toutes sortes, face à l’émergence d’un populisme nouvelle génération.
Dans mon parti aussi, on a entamé un processus de restructuration, un processus pour une participation plus active. Je sais que les camarades espagnols ont fait également des pas réussis dans cette direction.
Mon ami Pierre Mauroy, dans son fameux discours de Berlin, avait insisté sur le côté pluriel de l’identité socialiste. Il venait d’être élu président de l’Internationale socialiste. Je me trouve aujourd’hui dans cette même position. Il avait raison : le pluralisme est une valeur socialiste. Le pluralisme est une richesse, une source de progrès. Il faut résister à la marée individualiste. Il faut lutter contre les fanatismes et la division. Il faut donner un autre sens à la mondialisation, travailler pour une mondialisation humaine. Et c’est dans une perspective d’avenir. Aujourd’hui, cette perspective d’avenir et d’espoir est incarnée par Ségolène Royal, la candidate que vous, les militants, avez choisie. Dans quelques mois, le projet socialiste deviendra majoritaire en France et Ségolène Royal la première femme présidente de la République.
L’Internationale socialiste, le Parti socialiste grec et moi personnellement, vous souhaitent une victoire très importante. Chère Ségolène, ton élection a inspiré les citoyens à chaque coin de l’Europe, a inspiré tous les citoyens progressistes du monde pour une société juste, un monde juste. Nous avons besoin d’une voix française forte et progressiste dans le monde.
Chère Ségolène, je te souhaite bonne chance et tout le succès que la France mérite. Nous allons le gagner, Ségolène présidente ! Merci.
Barbara Romagnan
Merci à George pour ton intervention et ta présence parmi nous. C’est très important pour Ségolène et tous les socialistes français d’avoir le soutien de nos camarades du monde entier.
Pierre Mauroy
J’appelle à la tribune Jean-Marc Ayrault, Pierre Moscovici, Danielle Bousquet et Yvette Roudy, qui vont nous lire des messages d’amitié et de soutien.
Je vous lis un message de Kurt Beck, président du Parti social démocrate d’Allemagne, qui s’adresse à Ségolène et à nous tous.
« Chère Ségolène, je voudrais te présenter mes vœux les plus chaleureux, ainsi que ceux du Parti social démocrate d’Allemagne. Le vote particulièrement clair des socialistes français est le résultat d’une campagne interne que tu as menée de façon engagée et courageuse. Je suis convaincu que cette dynamique donnera au parti tout entier la force, la détermination et la capacité de s’imposer dans les mois qui viennent.
En tant que président du SPD, je voudrais t’assurer de mon soutien et de celui de tous les socio-démocrates allemands. Je suis persuadé que les liens traditionnellement étroits et intenses entre nos deux partis s’intensifieront encore dans les mois qui viennent afin de renforcer les relations franco-allemandes au bénéfice de l’Europe. Je serai heureux de te rencontrer et de m’entretenir avec toi lors du prochain congrès du Parti socialiste européen début décembre à Porto.
Dans l’attente, crois à mes chaleureuses salutations. »
Barbara Romagnan
Merci, Jean-Marc.
Maintenant, Pierre Moscovici, notre député européen et vice-président du Parlement, va nous lire un message de Romano Prodi.
« Chère Ségolène Royal, chers amis, à l’occasion de ce congrès d’investiture, je tiens particulièrement à vous féliciter, chère Ségolène Royal, de votre succès aux primaires socialistes. J’étais venu, il y a juste un an, au congrès socialiste du Mans expliquer aux congressistes l’intérêt et l’importance de la démarche que nous tentions de mettre en œuvre avec toutes les forces de progrès italiennes, tant pour l’élaboration de notre projet que pour la désignation de notre candidat avec « la fabbrica del programma ».
À un an de distance, par des voies propres, vous êtes collectivement parvenus à élaborer un projet d’une part et à choisir votre candidate suivant une procédure originale et courageuse d’autre part.
J’ai eu l’occasion de vous le dire au téléphone, chère Ségolène Royal, je considère que les primaires favorisent le candidat qui a eu le courage de les affronter. Aussi, je pense sincèrement que cela vous aidera à gagner les élections.
Nous allons fêter, le 25 mars 2007, le 50e anniversaire des traités de Rome qui instituèrent notamment la Communauté économique européenne. Aujourd’hui, l’Europe est en panne, je souhaite que les chefs d’État et de gouvernement parviennent à s’accorder sur une déclaration de principe en mars prochain. Mais il faut faire bien davantage. La relance de l’Union européenne doit être une priorité pour tous les gouvernements et les chefs d’État européens, l’Union européenne a besoin que la France prenne toute sa place dans cette nouvelle aventure commune.
Connaissant votre attachement et votre engagement personnel pour la cause européenne, je sais que vous saurez apporter votre énergie et vos idées novatrices à cette relance.
La France et l’Italie ont un avenir commun, et il est européen. Nous avons beaucoup à faire ensemble pour rendre l’Union européenne plus sociale et plus proche de nos concitoyens. Le devoir des militants et responsables politiques de progrès est d’y travailler sans relâche. Les forces progressistes et socialistes, avec les forces démocratiques, ont aujourd’hui une mission historique, qui ne peut pas être portée en avant par les droites européennes encore trop souvent fascinées par des vents populistes qui ont recommencé à traverser l’Europe au cours des quinze dernières années.
Les forces du centre gauche doivent s’unir sur la base d’un projet commun et ambitieux qui relance le processus d’intégration. Je suis fermement convaincu que ce projet commun peut signifier à terme l’Europe politique. L’Europe politique est nécessaire au plus tôt afin de pouvoir élaborer de vraies politiques européennes, même dans des secteurs où certains États sont encore hostiles à avancer et où, paradoxalement, il est le plus nécessaire de travailler ensemble, unis, avec un mandat des citoyens de l’Union européenne en faveur d’une nouvelle classe politique européenne.
Avec ces perspectives d’actions communes, avec espoir, je vous souhaite sincèrement, chère Ségolène Royal et à vous tous, amis progressistes et socialistes, plein succès à ce congrès et pour la longue campagne qui s’ouvre. Romano Prodi. »
Danielle Bousquet au nom de Jose Luis Zapatero
« Madrid, le 24 novembre,
Chère Ségolène, je souhaite te féliciter pour ton élection et te renouveler mon affection et mon amitié en ce moment si important. Je souhaite aussi féliciter le Parti socialiste et tout spécialement son premier secrétaire, François Hollande, qui ont su mettre en place avec succès ces élections primaires.
Au cours des dernières semaines, nous avons suivi avec une grande attention cette campagne, tout comme s’il s’était agi de notre propre élection.
Ségolène, grâce à tes convictions profondes et à ta défense des valeurs de liberté, solidarité et justice sociale, tu as su prendre avec courage la tête d’un projet porteur d’espoir et d’avenir. Jour après jour, tu as démontré que tu croyais à la politique de façon simple, avec un sens de la proximité, sans excès, en rejetant les promesses inutiles, privilégiant le dialogue et la participation.
L’Espagne a aujourd’hui un gouvernement de progrès. C’est maintenant le tour de la France. Nous voulons travailler avec vous pour construire un projet d’avenir pour nos concitoyens. Je suis convaincu que vous allez arriver à conquérir les Français et gagner les prochaines élections.
Courage, au travail ! Retroussez vos manches pour la victoire ! »
Jose Luis Rodriguez Zapatero
Barbara Romagnan
Merci, Danielle. Et maintenant une femme, sans qui tout cela sans doute n’aurait pas été possible, va nous lire un message d’une autre femme, d’une autre présidente, autre femme de gauche, Michelle Bachelet.
Avant toute chose, merci, mais avant toute chose, je voudrais saluer ici la présence de Marco Enríquez Ominami, qui est le fils du camarade Enríquez, fondateur du MIR, assassiné par la dictature. Il est ici accompagné de deux camarades députés du Chili, nous les saluons.
Et voici le message de Michelle Bachelet, présidente du Chili. Elle s’adresse à Ségolène Royal pour ce congrès :
« Chère Ségolène, ton triomphe dans les primaires du Parti socialiste français a eu un écho considérable au Chili. Cette victoire est très franchement impressionnante. Elle ouvre de nouveaux horizons politiques et culturels en France, en Europe et, je veux te le dire, dans le monde aussi. J’ai le souvenir très vif de ta présence dans les derniers jours de notre campagne présidentielle et j’ai eu beaucoup de plaisir à partager ces moments avec toi, ces moments où le peuple chilien était en train de prendre une décision si cruciale.
Les femmes avancent lentement, mais constamment, dans le monde politique, partout sur la planète. Peu à peu, nous équilibrons ces espaces vides de femmes. La société française n’est pas une exception, mais tout le travail qu’ont entrepris les socialistes sur la parité fait que ta désignation n’est pas une surprise mais un pas immense sur le chemin de l’égalité.
Avec ton investiture comme candidate présidentielle, tu contribues au renforcement de l’égalité, tu aides à accélérer le processus de modernisation qu’expérimente notre société. Tu nous fais faire un pas de plus dont les répercussions seront immenses dans ton pays, mais aussi au niveau global.
Je te souhaite un grand succès dans cet effort que tu vas conduire pour cette élection présidentielle. Je t’embrasse. »
Et c’est signé Michelle Bachelet.
Pierre Mauroy
Nous avons la présence du président du Parti socialiste belge francophone, Elio Di Rupo. Je lui donne la parole.
Chers camarades, chers amis, message pour message, nous étions avec George Papandréou et d’autres amis à Santiago du Chili il y a juste quelques jours, et nous avons passé plusieurs heures avec Michelle Bachelet : elle viendra en Europe, mais quand sa collègue sera présidente de la République française.
Mes chers amis, juste quelques mots d’amitié, de solidarité, et puis vous savez, nous Belges, nous sommes là à votre frontière, et nous sommes très attentifs et très influencés par ce que vous faites ici.
Juste quelques mots pour vous dire à mon tour une sorte d’admiration pour l’organisation des primaires. Je voudrais féliciter les uns et les autres, Laurent et Dominique, et bien sûr Ségolène. Vous avez démontré non seulement une maturité démocratique, mais vous avez fait de la droite un mouvement ringard.
Et vous avez également, d’une manière peut-être non étudiée, mais c’est le résultat, indéniablement, démontré la modernité de la société française. Le respect que vous indiquez sur le slogan, aujourd’hui, c’est le PS qui l’incarne, et ça, c’est un élément d’une extrême importance.
Je voudrais aussi, mes chers amis, saluer, rendre hommage à mon ami, s’il me permet cette expression, qu’est François. Pourquoi ? Vous savez, nous regardons le PS français surtout au sein du Parti socialiste européen ou de l’internationale socialiste, et permettez-moi juste cette analyse. Peut-être qu’il n’y a pas un autre parti avec autant de femmes et d’hommes de qualité. Il n’y a peut-être pas un autre parti où l’on trouve des gens avec des qualités extraordinaires, et faire avancer un mouvement avec toute ces personnalités, le faire avec cette maestria, le faire avec cette manière, eh bien François, c’est un travail ingrat, mais quel travail, et en tout cas, félicitations !
Et peut-être le plus important, chers amis, c’est que, aujourd’hui, indéniablement, le PS français est la famille la plus crédible et la plus capable de réaliser les changements qu’attendent les Français, et ça, on te le doit.
Alors, chers amis, on le sent partout en Europe, et l’expression de Ségolène est fort juste, on a véritablement un désir d’avenir, un désir d’un destin meilleur, et c’est vrai que c’est désormais toi, Ségolène, qui incarne ce désir d’un destin meilleur. Non seulement tu l’incarnes, mais permets-moi de te dire en toute amitié, et d’autres l’ont fait avant moi, tu symbolises beaucoup, beaucoup de choses.
Tu symbolises certainement la nouvelle gauche, une nouvelle manière d’être, une gauche sensible, on l’a vu, qui écoute et qui comprend, qui protège et qui défend et qui met les gens avant l’argent. Et je suis convaincu que ce sont ces valeurs de gauche qui te donnent les ailes de la victoire.
Alors, vu de Bruxelles, surtout ces derniers mois, et ça ne va faire que s’amplifier, il y avait une différence nette entre les candidats. D’abord, la candidate du Parti socialiste, la candidate de gauche, imaginative, respectueuse, et on te sent à chaque instant avec cette volonté de respecter l’autre, c’est extrêmement important, et puis on voit les candidats de droite, très arrogants, à la limite du méprisant, et je pense que la différence, c’est que tu es tout autre, et tu marques pour nous le changement d’époque.
Toi, Ségolène, aujourd’hui, tu es de plain-pied dans le XXIe siècle, dans le monde qui a changé. Tes concurrents, eux, en sont encore à ressasser les recettes du XXe siècle. Et c’est là où se trouve la différence.
Par ta manière d’être, tu tires vers le haut chaque citoyen français. J’ai écouté avec attention ton discours, tu refuses la fatalité de la misère, de l’intolérance, de la brutalité économique, cette brutalité économique qui avilit les jeunes, qui salit nos villes, nos banlieues, nos campagnes, en France mais aussi en Belgique où nous avons à nouveau une affaire inimaginable avec Volkswagen : en tout, 12 000 emplois perdus, une cohorte de misère. Et tu incarnes aussi l’humanité des gens qui rêvent d’un monde meilleur.
Alors, Ségolène, c’est vrai, aujourd’hui, tu es la seule capable de transformer dans la réalité des Français leur désir d’un destin meilleur, ce désir de progrès social.
Alors, comment ressent-on les choses ? Eh bien, on a le sentiment qu’il y a, bien sûr, ce qui s’exprime, ce qui se dit, ce qui s’écrit, mais il y a un ressentiment très très fort, un sentiment indicible. Tu as parlé de vague, on sent que les choses bougent, parce que finalement, tu es la vraie, et vraisemblablement la seule alternative à la droite française. Et ça, c’est extrêmement important, ce mouvement populaire, et il faut appeler toute la gauche à s’unir derrière toi car réellement, tu apporteras à cette France une autre manière de gouverner, une autre manière de voir leur situation, et ça c’est extrêmement important.
Ta victoire les effraie. Tu auras, j’en suis certain, et tu l’as dit toi-même avec quelle élégance, à supporter mille et un coup et, au nom de l’égalité, ils seront durs à mon avis, vraisemblablement en dessous de la ceinture parfois. Mais ce n’est pas grave, manifestement, c’est la preuve que la candidate du PS et la candidate de la gauche est la bonne candidate. Et il n’y a pas que les Français qui le pensent. Sais-tu qu’en Belgique, la droite libérale a tellement peur de ta victoire qu’elle envisage de reporter en juin des élections législatives qui auraient pu avoir lieu le 13 mai ? Mais, mes chers amis, ça ne changera rien, tu gagneras, et dans ta foulée, nous aussi.
Juste encore un mot, puis je vous laisserai avec Ségolène, George l’a fait au nom de l’Internationale, permettez-moi de le faire au nom des socialistes européens : on a besoin de la France, on a besoin d’une autre France au cœur de l’Europe, pour faire en sorte que l’Europe puisse se construire car, aujourd’hui, elle est terriblement en panne. Et on a besoin d’une France qui retrouve cet éclat qu’a été le sien parce qu’on a besoin absolument d’un monde plus juste. Et la France, avec Ségolène, peut y contribuer.
Alors, au nom de tous les socialistes belges, je te dis bon vent, nous voulons partager avec toi ton désir d’avenir, Ségolène, alors, aujourd’hui, c’est ton sourire qui montre que quelque chose de fondamental s’est passé, en fait c’est le sourire d’une gauche à nouveau pleine de force et d’espoir. Mais demain, Ségolène, tu seras le nouveau visage de la France.
Barbara Romagnan
Merci, Elio, d’être venu apporter ta flamme et le soutien de nos camarades belges et européens à la candidature de Ségolène.
Maintenant, nous allons assister à un petit diaporama de la campagne interne.
(Projection du diaporama)
Pierre Mauroy
Chers amis, beaucoup de socialistes sont ici, mais il y a également ceux d’autres organisations, d’autres partis, en particulier les radicaux de gauche, qui sont avec nous. Ils ne le sont pas seulement aujourd’hui, mais ils l’ont été au long d’une longue histoire, ils ont été près de nous, ont partagé nos combats, partagé nos succès et aussi nos insuccès.
En tous les cas, leur président est ici, et on s’en félicite. Et je vais lui donner la parole.
Jean-Michel Baylet, tu as la parole.
Chers amis socialistes, mes chers amis radicaux, les circonstances politiques qui nous réunissent aujourd’hui sont véritablement exceptionnelles. Elles sont, disons, hors du commun. Et je tiens à remercier François Hollande, le Premier secrétaire du Parti socialiste, d’avoir créé les conditions pour qu’il en soit ainsi.
Aussi, François, te dire que nous apprécions la qualité des relations qui ont été instituées entre socialistes et radicaux, et surtout la confiance qui préside à ces relations. Radicaux et socialistes ont certes une longue, ancienne tradition d’alliance et même d’amitié, mais notre réunion ici, ce matin, constitue plus qu’une ambition, elle est une étape, une étape d’un vaste mouvement social qui intéresse, nous le devinions, nous le sentions, et désormais nous l’entendons, qui intéresse tous nos concitoyens. Dès notre congrès, voici un mois, nous avions décidé de soutenir au premier tour un candidat commun. Et hier, au comité directeur, le Parti radical de gauche a investi Ségolène Royal comme sa candidate.
D’ailleurs, c’était avec quelque fierté que ce vote a eu lieu à la quasi-unanimité. Mais je suis obligé de reconnaître qu’à cette quasi-unanimité il manquait trois voix. Et quand j’ai vu ce matin votre vote, alors lui vraiment unanime, je me suis dit : « Finalement, mon effet est raté. » Bon, constatons ensemble que finalement les radicaux ne sont pas plus « royalistes » que les socialistes, et c’est peut-être bien ainsi, par respect pour vous !
En tout cas, les radicaux t’ont entendue, Ségolène. S’ils ont décidé d’apporter au grand mouvement qui se dessine la caution de l’humanisme républicain, de la laïcité moderne et exigeante, du solidarisme plus indispensable que jamais, c’est qu’ils se sont reconnus dans un discours qui s’adresse d’abord aux citoyens avant de se diriger vers nos institutions partisanes. Ils ont d’abord, les radicaux, constaté que dans un processus d’échange et d’enrichissement mutuel permanent, la population de ce pays et Ségolène exprimaient la même demande, puissante, profonde, impérative, de changement des méthodes de l’action politique.
Cette lame de fond, qui s’appelle tout simplement rénovation, n’avait trouvé jusque-là à se manifester que de façon négative : avril 2002, mai 2005, l’abstention, les votes extrêmes, les symptômes s’accumulaient d’un rejet de plus en plus fort d’une pratique politique lointaine, hautaine, arrogante et quelquefois méprisante, qu’elle soit d’ailleurs nationale ou européenne.
Car, chers amis, nos concitoyens n’avaient pas dit non à l’Europe, et encore moins non à la gauche. Ils avaient dit tout simplement leur refus d’un pouvoir distant, opaque, aussi pétri de certitudes qu’inopérant devant les interrogations des plus modestes. Et ils refusaient surtout le cynisme de ceux qui regardent le pouvoir comme un simple objectif en soi, les alternances sans alternative, la permanence des puissants qui insultent la précarité des plus désemparés.
Alors, je le dis tout net : quoi qu’il advienne demain, et je suis certain que le meilleur viendra, nous devons d’abord dire merci à Ségolène pour avoir porté le débat sur cette exigence de changement car, dans tous les cas, en politique française, après cette campagne, rien ne sera plus comme avant.
Et les radicaux ont été attentifs, très attentifs même, aux formes que pourrait prendre ce changement. Notre candidate commune a parlé souvent, et encore ce matin, de révolution démocratique. Il ne s’agit pas d’un simple paradoxe ou d’une contradiction séduisante, c’est bien une révolution que nous attendons : révolution institutionnelle avec la relance du grand projet d’Europe fédérale et avec le chantier enfin ouvert de la VIe République ; révolution sociale avec une conception nouvelle du travail, des devoirs des partenaires sociaux, du rôle des collectivités publiques, et surtout avec une politique clairement placée en surplus de l’économie et de la technique, à ce moment-là au service des hommes ; révolution, enfin, de la percée écologique avec l’intégration du facteur environnemental dans l’évaluation de toutes les actions de développement, qu’elles soient publiques ou privées.
Mes chers amis, cette révolution sera démocratique car elle sera, et Ségolène l’a rappelé encore ce matin, conduite par et pour les citoyens eux-mêmes. Nous avons réalisé, grâce à François Mitterrand, voici déjà près d’un quart de siècle, la décentralisation administrative. Mais à quoi sert donc de rapprocher le pouvoir des citoyens si ce n’est pour le leur restituer chaque fois qu’il est possible !
Et le mouvement initié comporte une puissante nouveauté : le cœur administratif de l’État n’est plus seul dépositaire de l’intérêt général. Ce pays est riche de toutes les collectivités territoriales, de ses associations, de ses mutuelles, et ne l’oublions pas non plus, de ses entreprises qui savent aussi se préoccuper du bien public. Plus près des gens, soucieuse de leur conférer ce point de contrôle cher au philosophe radical Alain, confiante en des citoyens qu’un vigoureux effort de formation et d’information aura rendus plus aptes encore à évaluer notre action, la politique française sera enfin modernisée en profondeur.
Oui, nous avons confiance dans le peuple de ce pays et nous savons qu’il aspire à dépasser la somme des intérêts individuels pour se transcender dans de grandes aventures collectives. Encore y faudra-t-il une volonté. Et c’est peut-être le trait le plus marquant de la démarche aujourd’hui engagée : Ségolène a réhabilité dans chacun de ses discours le volontarisme politique, car nous en avions assez de l’inventaire permanent des contraintes prétendument indépassables, assez de la litanie des raisons de ne rien faire, assez de la dictature des conjoncturistes de l’OCDE, assez du gouvernement par une économie à courte vue, oui assez ! Et nous attendions qu’un homme ou une femme se lève enfin pour proposer à une génération entière un nouvel horizon militant, pour dire que rien n’est impossible quand on est déterminé, pour rappeler que le meilleur de la politique, c’est d’inscrire le rêve dans la réalité.
Oserais-je dire que nous avions envie, une fois de plus, de changer la vie. À mille lieux des résignations savantes et satisfaites, des impuissances théorisées, de la délégation de pouvoir consentie aux comptables et aux banquiers, il faut dire aux Français : « Tout cela est à vous, chacun d’entre vous a sa place avec ses moyens. Fort de la confiance de ses élus, chacun peut contribuer à transformer la réalité sociale. »
Il n’y a pas de fatalité du déclin. Rien d’inéluctable dans la précarité ou la pauvreté. Rien d’inévitable dans le chômage ou les inégalités. Il n’y a surtout rien d’acceptable pour un républicain quand c’est la République elle-même qui manque à ses principes. Et merci, Ségolène, d’avoir osé déjà inverser cette tendance au désengagement des politiques et d’avoir préféré la volonté des hommes à l’omnipotence des marchés.
C’est peut-être d’ailleurs dans cette faculté, que j’ai cru comprendre que certains trouvaient ingénue, voire frivole, dans cette faculté de s’insurger contre les évidences postulées, que notre candidate a rendu le plus grand service à la politique. Et on me permettra encore de citer François Mitterrand : « Là où il y a une volonté, il y a un chemin. »
Et cette volonté, chers amis, va nous être demain très nécessaire pour battre la droite. La droite qui use de l’insécurité jusqu’à l’alimenter, tu l’as dit ce matin, comme un argument électoral. La droite qui regarde le chômage non comme un problème mais comme une solution. La droite qui a marginalisé des pans entiers de la société sans plus aucun lien de civisme entre les individus et les institutions. La droite qui voudrait démanteler la solidarité au prétexte de l’efficacité. La droite qui regarde la majorité des Français comme des sujets, des assujettis, des contribuables, des consommateurs, mais jamais comme des citoyens. La droite enfin, résignée à l’affaiblissement de la France dans le monde. Et cela a été aussi rappelé ce matin par nos amis européens, que je tiens à saluer à mon tour. Précisément parce que la droite méprise chez nous les valeurs de l’universalisme qui ont fait le rayonnement de notre pays. Car il ne s’agit pas de conquérir le pouvoir au profit de nos partis, de nos élus ou même de nos adhérents. Nous avons un devoir, je dis bien un devoir, de rendre ce pays aux hommes et aux femmes qui le font vivre.
Alors aujourd’hui, chers amis, radicaux et socialistes, nous sommes rassemblés pour appuyer en le démultipliant, sans jamais l’entraver, le grand projet de notre candidate. Réconcilier les Français avec la politique dans une foi renouvelée en un avenir meilleur et accessible.
Que notre réunion de ce jour, je le souhaite de tout mon cœur, et j’en appelle d’ailleurs à celles et à ceux qui ne sont pas aujourd’hui présents dans cette salle, mais qui, je l’espère, demain seront à nos côtés, que cette réunion soit le prélude à un rassemblement plus vaste de toutes les forces de gauche, bien sûr, mais aussi de tous les hommes de progrès, de toutes les femmes et les hommes de bonne volonté, tous ceux, innombrables, qui sont épris de liberté, de justice et de fraternité et qui viendront, je n’en doute pas, nous rejoindre. Et ils ont déjà commencé largement à le faire.
Je le dis très fortement : nous n’avons pas le droit de décevoir cet espoir. Il y a dans ce puissant mouvement quelques mystères que je qualifierai de métapolitiques, comment le dire autrement ? Ce que nous avons commencé à voir s’écrire sous nos yeux, d’abord incrédules, c’est vrai, reconnaissons-le, c’est entre le peuple français et toi, Ségolène, une grande histoire d’amour.
Nos concitoyens ont envie de politique. Ils ont envie d’un destin maîtrisé et non subi, d’un pays plus grand, plus fort et plus beau. Ils ont envie de s’aimer pour le meilleur d’eux-mêmes. Aidons-les et nous aurons peut-être écrit demain, ensemble, une des plus belles pages de notre histoire. Nous sommes fiers en tout cas d’être aujourd’hui réunis avec vous, amis socialistes. Nous sommes fiers que Ségolène soit notre candidate. Et au-delà du désir d’avenir et du désir de victoire, évoqué ce matin et que j’avais d’ailleurs évoqué moi-même devant le congrès des radicaux de gauche, nous avons aussi à rendre cette victoire encore plus belle parce que cette victoire sera celle de la République, cette victoire sera celle de la France et, pour ce faire, nous comptons sur toi !