Prisons : la honte de la République
La prison fait de plus en plus parler d’elle : surpopulation, violences, « machine à récidive »… Jamais la condition carcérale française n’aura été l’objet d’autant de rapports de parlementaires et d’ONG. Le Comité européen contre la torture a même qualifié le traitement des détenus français de « traitements inhumains et dégradants ». C’est aujourd’hui la chaîne de télévision Canal + qui souhaite réveiller les consciences sur ce milieu opaque, cette institution carcérale qui se dégrade années après années. En s’associant aux États généraux de la condition carcérale orchestrés par l’Observatoire international des prisons, la chaîne cryptée diffuse mardi 14 novembre à 20h55 un documentaire choc mélangeant images d’archives, fiction et témoignages qui tirent le portrait de lieux de torture d’un autre siècle…
La population carcérale a augmenté d’environ 20 % depuis 2002 introduit Bernard George, le réalisateur du documentaire. La politique du tout répressif du ministre de l’Intérieur, sa volonté profonde de « faire du chiffre », a achevé la destruction de cette institution censée, à ses origines, favoriser la réintégration des délinquants. « On serait tenté de demander plus de moyens pour s’occuper de tous ces gens. Mais si on réfléchit à un niveau supérieur, on a envie de se demander pourquoi on nous envoie tous ces gens ? » s’interroge Christiane de Beaurepaire, psychiatre, médecin-chef du service médicopsychologique de la prison de Fresnes. On découvre tout au long des 74 minutes de ce brûlot que le mal est profond. « On essaye de faire jouer à la prison le rôle de l’hôpital psychiatrique », analyse Élizabeth Guigou, interrogée par le réalisateur en tant qu’ancienne Garde des sceaux. Ce sont plus d’une quinzaine de témoins, des plus médiatiques aux plus anonymes, qui dépeignent, à la lumière de leur expérience, cette honte de la République. Et puisque l’administration pénitentiaire ne donne pas d’autorisation de tournage « de nature à porter atteinte à l’image de l’institution et de ses personnels », le réalisateur à choisi de recréer une cellule type dans laquelle il a plongé des comédiens.
Le dernier mot du documentaire reviendra à la conclusion du rapport du Conseil économique et social : « il est temps de sortir d’une culture qui consiste à faire de la prison une peine de référence et d’ajouter à la peine de privation de la liberté, la peine de privation des droits, l’humiliation et la souffrance. Il doit être possible dans notre pays de se rassembler sur un nouveau projet pénal moderne et humaniste. »
La télévision joue ici un rôle qu’elle oublie de plus en plus, celui d’investigatrice, donnant la parole à ceux qui ne l’ont jamais, sans les enfermer dans un loft. La télé réalité, c’est bien celle-ci ! Cette télé-là prouve qu’on peut traiter les erreurs de l’État sans populisme, et combien ça coûte n’est pas ici la question… Les Français n’ont pas seulement le droit de savoir, ils ont également le devoir de s’informer. Des documentaires comme celui-ci sont essentiels pour le bien-être de la démocratie.
Damien Ranger
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La prison , honte de la République, elle est surtout celle des hommes qui n’ont rien fait depuis…. disons 20 ans seulement.
Nous avons d’excellents professionnels, qu’ils soient travailleurs sociaux, personnels des prisons, médecins, élus locaux, ouvriers, chefs d’entrepris….qui n’arrivent pas à faire comprendre leur travail qui donne du sens et un sens à la société tout entière. On découvre ainsi la honte des prions, le scandale des banlieues en perdition, une génération docile élevée au RMI, des jeunes que l’on ne veut pas dans la société, des délocalisations à la solde du profit …. A quand la MOVIDA à la Française ?