Interview de Claude Pigement : « Réduire les inégalités devant la santé »
La commission santé du Parti socialiste a reçu, le 26 octobre, 13 organisations sur le thème des « inégalités devant la santé précaire », fil conducteur de la partie santé du projet socialiste. Alors que 13% de la population restreint son accès aux soins pour des raisons financières, et que l’écart d’espérance de vie entre un ouvrier de manœuvre et un cadre supérieur est de sept ans, l’objectif des socialistes était d’approfondir et d’enrichir le projet dans le cadre d’un dialogue ouvert avec les professionnels de la santé. Entretien avec Claude Pigement, responsable national du PS à la santé et aux branches sociales.
Comment les organisations ont-elles perçues les propositions socialistes en matière de santé ?
Globalement, les organisations que nous avons rencontré sont intéressées par le projet socialiste et ont demandé des explications par rapport à certaines propositions. Elles ont notamment été sensibles à notre volonté de maintenir le médecin référent et d’accroître les moyens de l’hôpital public. La partie dédiée à la prévention a également fait l’objet d’une grande attention car nous voulons donner des moyens et ouvrir des postes pour la santé scolaire, et créer un service public de la santé au travail.
Que pensent les organisations de la proposition d’une carte santé jeune ?
C’est celle qui a le plus fait réagir. Cette carte santé jeune 16-25 ans donne un accès gratuit à un médecin généraliste référent. Il est ressorti du débat, principalement avec la mutuelle des étudiants, que cette carte ne devait pas être accordée en fonction des ressources de la famille, mais être un droit universel, en insistant sur l’importance de l’autonomie des jeunes. On peut donc lier cette carte à l’allocation autonomie, également prévue dans le projet socialiste pour 2007. Par ailleurs, la gratuité pourrait s’envisager pour les soins dentaires, ophtalmologiques, la santé mentale et la sexualité. Au-delà d’avantages financiers, il s’agit d’apprendre au jeune à rentrer dans un parcours de santé adapté. Toutefois, restent deux questions ouvertes : jusqu’où va la gratuité sur les actes vis-à-vis des médecins spécialistes ? Comment finance-t-on cette carte santé donnant la gratuité ?
À quelles propositions émises par les organisations avez-vous été sensible ?
Deux propositions du Planning familial nous ont particulièrement intéressés. Il s’agit d’abord du remboursement des pilules de quatrième génération, puisque ces pilules ont reçu l’autorisation d’être mises sur le marché et que les femmes considèrent qu’elles sont plus confortables pour elles. Par ailleurs, actuellement l’IVG médicamenteuse n’étant autorisée que chez les médecins libéraux, le planning familial demande qu’elle soit possible dans leurs centres.
Cette rencontre n’a-t-elle pas mis en avant la relation entre précarité et problèmes de santé ?
La précarité se fait aujourd’hui au niveau de l’emploi, du logement, de la santé et du statut administratif. Le débat posé sur l’aide médicale d’Etat (AME) a montré que tous ces problèmes étaient liés. D’ailleurs, les associations Act up, Médecins du monde et Aides nous ont poser la question de la fusion entre l’AME et la CMU, pour permettre aux sans-papiers d’avoir les mêmes droits que les personnes en situation régulière. Dans le projet socialiste, nous prévoyons déjà d’améliorer l’AME, mais cette proposition doit être mise en débat.
Propos recueillis par Fanny Costes
La remise à plat totale du système de santé est impérative. Un des volets concerne les médecins.
Synthèse d’une lecture sur le sujet des propositions de tous les partis politiques et commentaires :
-Sur les 10 ans à venir, 75 000 médecins, dont au moins 45 000 généralistes, vont partir en retraite
-Si on reprend les chiffres de l’Ordre, sur ces 45 000 généralistes, 17 000 sont salariés et 28 000 libéraux.
-Vont arriver 35 000 médecins, dont 13 000 généralistes, lesquels choisiront prioritairement les postes salariés (tout comme les spécialistes d’ailleurs).
-3,5 % d’augmentation d’un budget actuellement de 145 milliards, c’est 5 milliards, cela veut-il dire que l’hôpital aura au minimum 2,5 milliards ?
-Augmenter le nb de médecins : c’est à l’horizon 10 ans
-Carte jeune santé : pourquoi pas ? Mais ne serait-il pas plus simple d’accorder la CMU systématiquement aux 16/25 ans ?
-Maison de santé : réinvention du dispensaire ? Mais « pour commencer » pourquoi pas dans les zones déficitaires en MG puisque l’ »offre libérale » n’est pas capable de régler le problème de la désertification médicale de certaines régions. Il s’agit d’assurer la continuité d’un service public avec des médecins intéressés par le salariat tout simplement, ce qui veut dire : temps de travail bien défini, couverture sociale, congés payés, 13° mois, couverture accidents de travail, retraite à 60 ans : cela peut intéresser les jeunes médecins, les femmes mais aussi les plus de 50 ans. Au niveau salaire, la base serait le salaire des médecins-conseils de la sécurité sociale.
-Ces implantations de maisons médicales serviraient d’expérimentation. Par la suite, de telles structures pourraient être implantées en d’autres lieux moins déficitaires.
-Dans aucun parti politique on ne voit : l’engagement de faire compenser par l’état strictement, à l’euro près, les exonérations supportées par la sécu ; l’idée de regroupement des caisses ; un million de chômeur, c’est 7 milliards de cotisations totales (en plus ou en moins) : prévisions de surplus dans 5 ans ?
-Aucune mesure spécifique sur le médicament (18% des dépenses), pas de création d’une commission d’AMM totalement indépendante.
Attention à la gratuité totale, selon le principe psychanalytique:ce qui ne coute rien ne vaut rien !Il faut responsabiliser les patients beneficiaires de la CMU ainsi que tous les professionels de santé qui refusent ces patients.Pourquoi ne pas imaginer un contrat prevoyant un certain nombre de contraintes pour les 2 :respect des rdv,obligation de soins pour les patients et systeme de sanctions pour les praticiens refusant de jouer le jeu .Pour l’ instant les seuls pénalisés sont ceux respectant l’éthique .
Le parti socialiste peut il s’engager en cas de retour au pouvoir à rétablir le Médecin Référent et son système de tiers payant et d’incitation à la qualité ?
carte santé jeune ?
tout à fait favorable à une carte santé pour les jeunes. mon expérience de médecin référent m’a fait regretter qu’une des mutuelles étudiantes n’ait pas été au point en ce qui concerne le tiers payant coordonné, les jeunes, les étudiants, sont souvent dans l’incapacité totale d’avancer quoi que ce soit, même si leurs papiers sont en règle, alors que le besoin de soins est souvent aigu.
une petite réflexion en passant: qu’on n’oublie pas de dire aux jeunes filles que la contraception et le suivi gynécologique est dans 95% des cas une affaire de médecine générale et que les pilules de « troisième génération » non remboursées n’ont aucun avantage par rapport aux plus anciennes.
hélène baudry
présidente de l’AMedRef
chers camarades,
je suis médecin généraliste retraité depuis quelques mois,je pense qu’il est convenable d’envisager pour offrir à nos concitoyens une offre de soins correspondant à ce qu’ils sont en droit d’attendre d’une Médecine moderne ,des Centres comme ceux que nous appelions autrefois Dispensaires,regroupant dans une unité de lieu,diverses spécialités médicales,et offrant la possibilité à de jeunes retraités toujours inscrits à l’ordre des Médecins de pratiquer un bénévolat vis à vis par exemple de jeunes en situation de précarité et aussi bien entendu à des moins jeunes.
Chers Camarades je suis à votre disposition,merci d’y penser.
Amitiés Socilistes.
Je voudrai etre mis en contact ou avoir les coordonnees de Mr: CLAUDE PIGEMENT.
Te remerciant.
salut socialiste.
ALPHONSE FOUADIANGANA.
Si nous voulons maintenir les valeurs fondatrices de la Sécurité sociale avec l’état du monde actuel, la remise à plat du système de santé est en effet une nécessité, même un préalable. Notre société est sans doute assez riche pour cela, est-elle assez solidaire et civique?
Le retour à des structures pourtant anciennes type dispensaire peut constituer une réponse adaptée tant en milieu urbain que rural. C’est aussi un bon moyen pour maintenir la proximité entre les professionnels et le public.
Pour ce qui est de l’hôpital, il faudra bien un jour en parler au pluriel sauf à considérer qu’un CHU et un hôpital local rendent le même service à la population. Au-delà, il n’est pas pensable de transformer le système de soins en un gigantesque hôpital. La très grande majorité des soins ne nécessite pas – heureusement – un plateau technique avec bloc opératoire et scanner et la relation directe soignant soigné est fondamentale
Cordialement.
JYves.